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Les dossiers du Bureau Informations Presse
n° 138

octobre 2010

Sommaire



Irak — France

Il faut sauver Tarek Aziz et ses compagnons

Déclaration de Gilles Munier, Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes

Fallait-il que Nouri al-Maliki soit électoralement aux abois pour qu’il ordonne au Haut tribunal irakien de condamner à mort par pendaison Tarek Aziz (ancien vice-Premier ministre), Saadoun Chaker (ancien ministre de l’Intérieur), Abed Hamoud (secrétaire du Président Saddam Hussein), pour avoir «cherché à éliminer les partis religieux en Irak avant 2003»?

Depuis lundi dernier, les documents diffusés par WikiLeaks mettant en cause Nouri al-Maliki dans des meurtres et des tortures commis par des escadrons de la mort - notamment par la Brigade des loups, formée en 2004 par l’armée d’occupation - sont utilisés par son principal concurrent parlementaire, le pro-américain Iyad Allaoui, pour le discréditer.

Déstabilisé par ces «révélations», rejeté par ceux qui pensent qu’un Premier ministre chiite, plombé par des accusations de crime de guerre, met en danger la survie du régime, Nouri al-Maliki tente – en faisant condamner à mort Tarek Aziz, Saadoun Chaker et Abed Hamoud - de ressouder autour de lui le noyau dur pro-iranien pour se faire réélire Premier ministre. Y parviendra-t-il?

En France, c’est en leur âme et conscience que les anciens dirigeants de la Majorité qui ont bien connu Tarek Aziz - parmi lesquels Jacques Chirac, Alain Juppé, Charles Pasqua - ou la ministre de la Santé Roselyne Bachelot qui s’est entretenue à plusieurs reprises avec lui pendant la période d’embargo, ou encore le Président Sarkozy qui dit militer pour les droits de l’homme, décideront s’ils doivent intervenir pour tenter de lui sauver la vie, ainsi que celle de ses compagnons. Les partisans de la politique arabe du général de Gaulle – toutes tendances confondues – les y enjoignent instamment.

26.10.2010
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[Source : http://www.france-irak-actualite.com/article-il-faut-sauver-tarek-aziz-et-ses-compagnons-59698699-comments.html#anchorComment]


Pour mémoire: Tarek Aziz, le disparu (novembre 2003)

Tarek Aziz, le disparu

par Pierre Tarnac *

(L’Indépendance - Novembre-décembre 2003)

«Cet homme…

est aujourd’hui au secret.

Que lui reproche-t-on?…

Quel crime a-t-il commis?…

Sur les dizaines, centaines, milliers peut-être d’hommes politiques occidentaux qui l’ont reçu,

parfois flatté, parfois sollicité, personne apparemment ne se soucie de son sort ou du moins

ne manifeste publiquement une ombre d’interrogation…»

Il a été reçu dans les palais nationaux: tapis rouge, huissiers empressés, attachés de cabinets affairés, virevoltant devant, derrière. Dans les salons s’entassaient les fonctionnaires (hauts), cous tendus, oreilles écartées, doigts fébriles sur le carnet de notes où se griffonnaient au vol les échanges louangeurs. Il était reçu aux Nations Unies. Le Secrétaire Général, les délégués, hors l’américain et le britannique, croisaient les doigts: pourvu qu’il acceptât de venir, de s’asseoir, de discuter.

Certes, il était souriant mais dur, courtois mais rigoureux. Mais enfin son pays, sur sa recommandation sans doute, avait accepté le premier la résolution après sept ans de guerre avec les Mollahs, bien avant ceux-ci qui firent encore traîner douze mois les tueries. Il était reçu au Vatican. Oh certes! Sa religion affichée – qui l’inscrivait au rang des rares fidèles d’une chrétienté en peau de chagrin – devait être d’avantage de convenance que foi vécue et prodiguée. Mais enfin son pays, si vite aujourd’hui qualifié de barbare, tyrannique, était l’un des rares où celui qui n’est pas musulman respirait librement, ne se sentait ni écarté, ni toléré gentiment mais de haut en bas et le Cardinal envoyé par le Saint Père était sans doute bien heureux, quelques jours plus tard, de le revoir, de lui parler et d’obtenir par son truchement une audience du dictateur local. Que se sont-ils dit? Nul ne le saura. Mais au printemps de cette année alors que d’autres se préparaient à tuer, il reste que le Saint-Siège ne jugeait pas anormal qu’un entretien eût lieu et qu’un visiteur, le dernier des Occidentaux, fut un Prince de l’Église, français de surcroît.

Est-ce ceci qui fit bondir la collaboratrice, au doux nom de tsarine orthodoxe, d’un grand journal autrefois réputé pour ses opinions modérées, sa prose tempéré? Mais voilà que quelques semaines après le déclenchement de la guerre, cette journaliste donna dans le massacre épistolier. La haine coula à ras bord. Tout y passa, sans grande élégance: les traits physiques – vilain nez, épaisses lunettes, l’allure vestimentaire – le cigare, le tout ramené sous un titre définitif, quelque chose comme le dernier des «Caïmans». Aimable désignation pour qualifier un homme qui depuis des années plaidait la cause certes difficile, mais aussi plaidable que celle des régimes hypocrites qui l’entouraient, de son pays.

«Il prenait des risques mais il sauvait des vies»

Il le faisait pour des raisons simples qui conduisent les hommes depuis toujours à défendre leur pays parce qu’ils préfèrent pour le diriger quelqu’un de leur sol plutôt qu’un martien hurlant des borborygmes qu’il croit être un langage universel, bardé de mitrailleuses. Tremblant peut-être mais allant jusqu’au bout, il recommandait à son dictateur d’accepter en fin de compte la mise en œuvre d’exigences hautaines des Nations unies, de passer sous les fourches caudines de la résolution pétrole contre nourriture, si désinvolte pour la souveraineté et la dignité du peuple irakien. Il prenait des risques mais il sauvait des vies.

Ces vies sauvées, la France en compta aussi, grâce à lui. Le sait-elle? Cette brillante journaliste qui fut toute saisie ce dernier printemps d’une vigoureuse haine contre celui par qui des vies, la sienne pourquoi pas, innocente parisienne, furent épargnées, se souvient-elle? 1986, l’année commence mal en France. On s’épuise à libérer des otages français pris au Liban. Le gouvernement détient deux individus, deux Irakiens mais ennemis farouches de Saddam Hussein, membres d’un mouvement islamiste radical et terroriste opérant à l’extérieur de l’Irak. Le gouvernement veut se débarrasser de ces hommes dont il redoute l’activité en France. Mais il commet une lourde erreur. Au lieu de les expédier dans quelque lointaine terre d’exil, il les réexpédie à Bagdad, chez le tyran, le barbare absolu. Fureur de toutes les bonnes âmes et en premier chef du mouvement islamiste. Personne ne doute que les personnes sont torturées, tronçonnées, hachées, ou vont l’être aussitôt. Le mouvement islamiste, de sa base orientale, annonce, comme première représailles, la mise à mort d’un otage français. Toutes affaires cessantes, le gouvernement français dépêche à Bagdad deux émissaires qui implorent ce régime abominable de pouvoir, si quelque chance existe encore, rapporter la preuve que les deux extrémistes sont encore en vie. On ne donne pas cher de la mission des diplomates. Or, stupeur et tremblement… Les opposants sont montrés vivants aux émissaires qui n’en croient pas leurs yeux et publient la nouvelle… Menaces et représailles cessent. Mais reviennent, quelques semaines plus tard, pour éprouver le nouveau gouvernement français. Août 1986 n’est pas si vieux. Se rappelle-t-on la série d’attentats, les sirènes, les ambulances, les morts, à Paris, dans l’indifférence d’ailleurs complète de nos partenaires et amis atlantiques.


«Et les attentats cessèrent…»

La France était seule, bien seule face au terrorisme. Seule, mais il y avait cet homme, ce fameux «caïman» dont parle la collaboratrice d’un journal équilibré. À New York, en septembre 1986, en marge d’une rentrée des Nations unies, des Français le rencontrèrent. Ils lui demandèrent l’impossible: qu’un gouvernement souverain qui a quelque raison de garder sous contrôle deux extrémistes, membres d’une organisation étrangère terroriste qui a juré sa perte, que ce gouvernement abdique sa souveraineté, libère les deux hommes et non seulement les libère mais leur permette de trouver refuge en France; tout ceci pour tenter de mettre fin à une campagne d’attentats menée sur le sol français par la maison mère de ces extrémistes. Voilà tout bonnement ce que demandaient ces Français en tournant leurs bérets entre leurs doigts, plutôt humblement et sans se faire grande illusion. Pensez donc: l’Irak, la barbarie, la tyrannie etc… Le «caïman» aux grosses lunettes, au cuir épais de séide obtus, écouta, un peu bougon il est vrai. La demande était quand même exorbitante. Mais il répondit que malgré la dureté de son cœur, la réputation détestable bien établie de son régime, il plaiderait. Et il obtint satisfaction du dictateur sanguinaire. Et les deux opposants quittèrent l’Irak et revinrent en France (où ils s’inscrivirent, dit-on, à un cours de philosophie). Et les attentats cessèrent. Et vie fut laissée à de braves gens qui prenaient le métro, allaient au restaurant, faisaient des courses, parmi lesquels certains ou certaines qui plus tard cracheront leur venin, manière à eux d’exprimer leur reconnaissance, contre le dernier des «caïmans».

Cet homme, on l’aura reconnu, est aujourd’hui au secret. Que lui reproche-t-on depuis le jour pas si ancien où personne ne reprochait au Saint Père de la recevoir? Quel crime a-t-il commis entre le jour où il reçut lui-même à Bagdad un cardinal français et celui où il fut mis au trou? Sur les dizaines, centaines, milliers peut-être d’hommes politiques occidentaux qui l’ont reçu, parfois flatté, parfois sollicité, personne apparemment ne se soucie de son sort ou du moins ne manifeste publiquement une ombre d’interrogation. Mais il fallait que le nom de Tarek Aziz fut rappelé. Qu’en osant réclamer de Saddam Hussein qu’il fit acte de pardon, il épargna des vies françaises. Nul, semble-t-il, n’en a parlé depuis sa reddition au lendemain de l’effondrement de Bagdad. Silence.


29 octobre 2010

Source blog de Gilles Munier: http://france-irak-actualite.over-blog.org/article-pour-memoire-

*tarek-aziz-le-disparu-novembre-2003-59906419.html]

* Pseudonyme d’un diplomate français qui eut à connaître des affaires relatées ici, mais qui préfère garder l’anonymat.




Ecologie

La biodiversité au temps

du capitalisme monopolistique

A la fin de 2004 un ingénu mit une annonce dans la presse de Léon en offrant des semences d'orge et en mettant son numéro de téléphone à la disposition des intéressés. Parmi les intéressés se trouva le Seprona, le Service de protection de la nature de la Garde Civile, appelé Police verte. Comme on pouvait s'y attendre l'affaire finit au tribunal compétent.

Un an et demi plus tard une cérémonie officielle eut lieu au ministère de l’Agriculture: l’homme politique en poste délivrait le prix «Semence d’Or 2005», accordé par APROSE (l’Association professionnelle des producteurs de semences) au SEPRONA, c'est-à-dire à la Garde civile. Comme dans d’autres secteurs économiques les capitalistes producteurs de semences étaient regroupés de manière monopolistique dans une organisation corporative qui accordait un prix en utilisant le siège du ministère, une propriété publique, à des fins privées, pour promouvoir le profit capitaliste. Le bureaucrate qui donna la médaille à la Garde Civile au ministère de l’Agriculture prononça un discours typique dans lequel il notait les poursuites de la Garde Civile contre le commerce frauduleux de semences et en défense des droits des inventeurs de variétés végétales, ce qui, selon lui, contribuait à améliorer la qualité des récoltes. Il concluait en disant que la semence certifiée est la seule qui garantit à l’agriculteur la pureté, une correcte germination et des caractéristiques de salubrité et d’homogénéité face à tout autre type de grain produit «sans aucun contrôle». En octobre passé l’agence de presse [espagnole] EFE se mit au service du capital monopolistique en diffusant un communiqué d’APROSE selon lequel en 2009 la vente «frauduleuse» de semences en Espagne avait atteint les 170 millions d’euros. APROSE se plaignait que seulement 30% de l’ensemencement de céréales se faisait avec des semences certifiées. Nous voyons la force de ce type d’organisation monopolistique: ils donnent leurs prix au siège du ministère, ils ont la Garde Civile à leur disposition et les agences de presse diffusent leurs messages comme si c’était la parole de Dieu.

La SGAE* des semences

Pourquoi est-ce un crime de vendre des semences? Quel type de délit représente le commerce des semences? C’est un délit contre la propriété industrielle, le maître des semences s’appelle APROSE; les uns s’approprient de la culture et les autres de la vie. Donc il y a des capitalistes qui ont breveté les semences et, en plus, ils sont les seuls à pouvoir les vendre. Une minorité a le monopole et les autres (70%) sont des pirates. Il ne s’agit pas de vendre une semence ou une autre, qu’elle soit bonne ou mauvaise, meilleure ou pire, mais de contrôler le commerce des semences, c'est-à-dire d’exercer un contrôle capitaliste sur l’agriculture que l’État soutient au profit des monopoles qui l’exercent.

Quel type de semences vendent les monopoles? Toujours les mêmes, une variété type, pareille partout: l’homogénéité comme disait dans son discours le politicien du ministère de l’Agriculture. Les semences certifiées nuisent donc à la biodiversité. C’est pourquoi quand nous allons chez le comestible nous voyons que les pêches sont toutes semblables, qu’elles ont le même goût, la même couleur et la même forme: elles proviennent des mêmes semences.

Retournons à l’ancien temps. Ce contrôle sur le commerce des semences a-t-il toujours existé? Si non, quand cette vente a-t-elle été monopolisée? Selon l’expression de Marx quand les semences ont-elles été converties en marchandises? Si le lecteur est intéressé par les films sur l’Ouest américain il se souviendra que les caravanes de colons transportaient des boutures dans leurs charrettes et des semences dans leurs sacs. A cette époque le gouvernement des États-Unis offrait en plus des terres des semences aux colonisateurs. Les paysans s’échangeaient les semences, même par lettre. Il en était ainsi depuis le néolithique, les paysans mettaient de côté une partie de la récolte; ils ne la mangeaient pas intégralement, ils utilisaient une partie des grains comme réserve pour les semailles de l’année suivante. Le capitalisme ne s’était pas encore imposé à la campagne, le trafic des semences n’existait pas, cette division du travail me s’était pas produite, et, bien sûr, l’échange des semences n’était pas un crime.

À la fin du 18ème siècle dans les pays capitalistes les plus importants (l'Angleterre, la France et l'Allemagne) on commença à introduire un nouveau type d'agriculture capitaliste là où avait régné auparavant l'autarcie et l'autofourniture des semences. Il y eut une division en deux: une partie des paysans vendit des semences, se spécialisa dans la culture uniquement pour cette commercialisation. Elle ne garda pas les semences mais les vendit à un autre paysan, le cultivateur final sans subir aucun des risques de la culture: la pluie, le froid, les divers fléaux. Les commerçants s'emparèrent de l'agriculture et le capitalisme s'imposa dans les campagnes comme partout.

Quand cela se produisit-il? En Espagne par l’ordonnance du ministère de l’Agriculture du 10 mars 1917 et la circulaire N°286 de la direction générale de l’Agriculture du 21 octobre de la même année, récemment actualisée par la loi 30/6 du 26 juillet. Les semences sont comme les armes ou les drogues, elles reçoivent un numéro d’enregistrement. Quand quelqu’un veut vendre des semences il doit aussi se faire enregistrer dans un bureau public. Quelqu’un ne peut installer une pépinière, et si nous passons des plantes aux animaux les formalités sont encore pires, mais cela ne change rien; au lieu de semences nous parlerions d’étalons. C’est pourquoi quand nous faisons du tourisme rural les vaches que nous voyons depuis la route sont toutes marrons parce qu’elles sont de la même lignée.

La législation sur les semences imposée depuis 1917 a été étendue à tout le monde capitaliste et exprime l’introduction des monopoles dans l’agriculture, le passage d’un régime de libre circulation des semences à un contrôle strict et public. Ce qui autrefois était une activité économique libre est devenu un crime. La conséquence en est la perte de biodiversité végétale.

Aux mains des multinationales

La conséquence ultime de ce régime monopoliste agraire est, je crois, connue; c’est l’apparition de gigantesques dépôts des semences aux mains des multinationales qui deviennent de cette manière les maîtres des réserves les plus importantes de matériel vivant de la planète. C’est l’appropriation de la vie par les grands monopoles, la vie dans des mains privées. Je répète: c’est non seulement la privatisation de l’alimentation mondiale mais de la vie elle-même.

Je crois que l’on sait qui sont ceux qui contrôlent ces magasins vitaux qui sont enterrés dans la roche du Cercle polaire arctique dans des installations à l’épreuve des séismes: Bill Gates, Monsanto, Rockefeller, etc.… La multinationale qui a créé le dépôt de semences de Norvège, inauguré officiellement par Durao Barroso au nom de l’Union européenne, se déguise en ONG du nom de «Global Crop Diversity Trust». C’est dire qu’elle agit au nom du maintien de la biodiversité, pour préserver la biodiversité aux mains du capitalisme monopolistique, la voler à la nature pour l’enfermer dans ses magasins particuliers. Nous autres n’aurons qu’à déguster la nourriture rapide, bonne pour les ordures, les sandwichs chauds et les kiwis transgéniques.

Que des pays comme Israël aient aussi construit des silos souterrains de semences est une bonne preuve qu’outre les profits des monopoles il s’agit de mesures stratégiques liées à la guerre impérialiste. La biodiversité n’est pas en péril à cause de la civilisation moderne ou tout autre type de motif imprécis; sinon qu’avant elle était dans la nature à la disposition de quiconque et que maintenant elle est dans les mains privées des multinationales. La différence n’est pas dans les forces productives mais dans les relations de production. Il y a de la biodiversité mais quelqu’un se l’est appropriée pour son propre profit.

C’est pourquoi je me demande quels sont les motifs pour lesquels les éco-capitalistes nous parlent de leurs craintes sur la biodiversité sans nous dire que les multinationales l'ont séquestrée. Je me demande pourquoi ils nous parlent de la maladie: la biodiversité mais non du remède: l'expropriation des monopoles.

Ne vaudrait-il pas mieux que la biodiversité soit dans la nature, aux mains des paysans, et non cachée dans les grands magasins à la disposition de quelques-uns? La solution à ce problème ne serait-elle pas le socialisme? La solution ne serait-elle pas de mettre la biodiversité à la disposition de celui qui l’utilise?

Juan Manuel Olarieta

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[El Otro Païs, juillet 2010]
[Traduction Josette LINARES]


Amérique latine

Inquiétudes sur l'Amérique latine 
entretien avec Éric Toussaint

par Sergio Ferrari

Le Belge Eric Toussaint craint que les gouvernements progressistes latino-américains ne soient en train de laisser passer leur chance historique de changer le sous-continent.

Malgré une majorité de gouvernements progressistes et des mouvements sociaux dynamiques, l'Amérique latine émet des signaux préoccupants. La récente tentative de coup d'état en équateur, le 30 septembre passé ainsi que les résultats électoraux au Venezuela, quatre jours plus tôt, doivent être correctement interprétés, souligne éric Toussaint. Coordinateur du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM) qui a son siège en Belgique, membre du Comité international du Forum social mondial, éric Toussaint est, de plus, un analyste perspicace de la réalité latino-américaine. Entretien exclusif, réalisé cette semaine durant sa visite en Suisse. «L'étape que vit actuellement l'Amérique latine me donne de grandes inquiétudes, parce que j'ai l'impression que la situation se dégrade», déclare M. Toussaint. Dernier signe avant-coureur, la rébellion policière contre le président Rafael Correa en équateur, à la fin septembre. «Il s'agit d'une véritable tentative de coup d'état, promue par la police et un secteur de l'armée, et comptant avec l'appui de la principale force d'opposition, regroupée autour de l'ancien président Lucio Gutierrez», estime-t-il.

Faible résistance

Même si la tentative a échoué, en particulier du fait d'une très mauvaise organisation, elle a mis au jour des faiblesses politiques significatives du gouvernement. La principale, selon M. Toussaint (qui a conseillé il y a quelques années le président Correa sur le thème de la dette extérieure), «a été la faible mobilisation populaire pour s'opposer au coup». Même s'il y a bien eu une mobilisation pendant les heures durant lesquelles M. Correa a été «séquestré» par les rebelles dans l'hôpital où il était soigné, «avec 5.000 à 10.000 personnes à Quito, la réaction populaire a été beaucoup plus faible que, par exemple, lors de la tentative de coup d'état contre Hugo Chávez en 2002 au Venezuela, qui avait réunit des centaines de milliers de personnes».

«Nous l'avions déjà signalé à Correa, pas seulement moi, mais également quelques-uns de ses conseillers ainsi que des personnes de gauche qui l'appuient de manière critique. Il commet une erreur grave en marginalisant les mouvements populaires importants, ce qui inclut des organisations indigènes puissantes, parce qu'il les considère 'corporatistes' et manquant d'une vision globale de société.»

S'il est certain que les indices de popularité de M. Correa ont augmenté après la tentative de coup d'état – pour se situer actuellement à plus de 70% –, ces enquêtes n'impliquent pas nécessairement «une capacité de mobilisation réelle et populaire afin de défendre le processus en marche».

«Défaite» de Chavez

Le deuxième signal préoccupant, selon l'analyste, est constitué par les dernières élections au Venezuela, qui constituent la deuxième «défaite» («et j'insiste à utiliser le mot 'défaite' entre guillemets», souligne Eric Toussaint) du chavisme lors de la quinzaine de votations auxquelles il a participé.

Même si la coalition du président Hugo Chavez a obtenu 98 des 165 députés – et conserve ainsi la majorité simple au parlement –, «en termes réels cela représente 50% de l'électorat, un chiffre nettement inférieur au 60% qu'a obtenu le président en 2006». «La base la plus ferme et populaire est entrée dans une phase de déception», faisant notamment le jeu de l'abstention, affirme-t-il. Pour le président du CADTM, ces faits confirment ce «nous disons depuis deux ans: en Amérique latine, les gouvernements progressistes perdent un temps précieux».

ALBA en panne

L'ALBA (Alliance bolivarienne pour l'Amérique), traité commercial alternatif, n'a pas avancé et reste pour le moment lettre morte. Il n'existe pas de Banque de l'ALBA ni de programme d'intégration des économies de ses membres, souligne éric Toussaint.

Ce qui existe, explique-t-il, ce sont des accords bilatéraux importants, comme celui entre Cuba et le Venezuela pour l'échange de pétrole contre des services de santé et des médecins, un traité commercial entre le Venezuela et la Bolivie, ou encore la politique vénézuélienne de vente de pétrole à un prix inférieur à celui du marché aux pays qui intègrent Petrocaribe.

La Banque du Sud – qui pourrait être un instrument financier de grande importance pour la région – est resté sur le papier depuis 2007, dans l'attente de la ratification par au moins quatre parlements des sept pays participants. En attendant, le projet n'avance pas vraiment.

Les causes sont multiples. Fondamentalement, pour cause de manque d'intérêt, «comme c'est le cas du Brésil, qui possède, avec sa propre banque de développement, la Bendes, un portefeuille de prêts très important, qui sert à appuyer les investissements et les contrats des grandes multinationales brésiliennes. Le Brésil voit le projet de la Banque du Sud comme concurrent de sa propre institution, et pour cette raison ne stimule pas son avance», évalue-t-il.

L'Amérique latine semble donc vivre un printemps démocratique couvert par de croissants nuages. Plus précisément, aux dires d'éric Toussaint, «par le risque d'accumuler des frustrations. Ces processus, ces expériences en marche, ces programmes stratégiques et ces alternatives non concrétisées – comme l'ALBA et la Banque du Sud – peuvent amener à une nouvelle frustration.»

«Les dernier événements en équateur et au Venezuela, les énormes attentes populaires reléguées au Brésil durant les huit dernières années de présidence de Lula, le coup d'état au Honduras l'année passée, l'élection de la droite au Chili avec Sebastian Piñera, sont des signaux qui ne peuvent pas ne pas nous préoccuper», conclut-il.(1)

Note

(1) La coalition gouvernementale PSUV-PCV a obtenu la majorité simple, 98 des 165 sièges, bien qu’elle a perdu la majorité qualifiée des deux tiers qu’elle possédait depuis 2005. De son côté, l’opposition, regroupée dans la coalition «Table de l’Unité», a obtenu 33 députés de moins que le chavisme, bien que la différence de votes entre les deux forces a été inférieure à 1%. Il faut également souligner le bloc indépendant de «Patrie Pour Tous», ex-allié de Chavez. Il a gagné deux députés et il pourra appuyer ou empêcher l’approbation de lois qui requièrent les trois cinquièmes de l’Assemblée, c’est-à-dire, la majorité absolue de 99 députés.

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[Traduction Mathieu Glayre Collaboration E-CHANGER]
[Source: mondialisation.ca]


Argentine

G 20: Enseignement argentin sur le FMI pour des peuples souverains

par Leovani GarcÍa Olivarez

Nous publions les déclarations du ministre de l’Économie, Amado Boudou, et celles de la Présidente de la Banque centrale, Mercedes Marco del Pont, à la suite du récente sommet du Fonds monétaire international. Elles ont été publiées il y a quelques jours par le quotidien Tiempo Argentino, de Buenos Aires.

Après la clôture de l’assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI), qui s’est récemment tenue à Washington, Tiempo Argentino s’est entretenu avec le ministre de l’Économie, Amado Boudou, avant sa rencontre avec Nicolás Eyzaguirre, responsable de la zone latino-américaine du FMI, et avec John Lipsky, numéro deux de l’organisme.

T.A. Que pensez-vous des conclusions de l’assemblée, dans lesquelles on prie instamment les membres de remplir leurs obligations en vertu de l’«Article IV»?

A.B. C’est une question de forme qui ressort chaque année. Le sens que certains ont tenté de lui donner est absurde. En revanche, il y a quelque chose qui, oui, a changé c’est l’item sur le flux de capitaux, qui n’y était pas auparavant, mais ce n’est pas le problème de l’Argentine mais de la Chine et des États-Unis.

T.A. Il semble que la réforme du FMI a du plomb dans l’aile. Quelle relation pensez-vous que l’Argentine aura avec un FMI dont la politique demeure inaltérable?

A.B. L’Argentine va continuer de plaider pour la restructuration. Ici, c’est clair que le FMI est un organisme discrédité, qui ne parvient pas à la transformation nécessaire. Dominique Strauss-Kahn a mentionné l’importance de la croissance si elle génère de l’emploi, nous partageons cela. La question est comment de façon opérationnelle on y parvient. Si non, c’est une déclaration d’intentions et l’important est que le FMI et le Banque mondiale (BM) soient des instruments pour le développement des pays. Alors ce dont nous avons besoin est qu’ils soient ouverts à de nouvelles visions de la politique, qu’ils ne soient pas des simples reproducteurs du Consensus de Washington, qui est déjà dépassé, qui a déjà démontré qu’il ne sert pas au monde. De plus, qui a généré l’une des pires crises de l’histoire. Nous avons besoin d’organismes multilatéraux avec une vision plus plurielle, avec des points de vue distincts, surtout dans la gestion.

T.A. Tous les grands sujets de cette assemblée ont été abordés pour la prochaine réunion du G-20. Quel va être la position argentine?

A.B. Pourquoi sont ils abordés? Parce qu’il y a un problème sérieux sur la question de ce qu’on appelle la «guerre de monnaies»: l’euro, le dollar, le yen. Existe une quête désespérée des pays industrialisés pour que le reste de pays, nous, réévaluions nos monnaies. Nous ne sommes pas d’accord avec cela parce que c’est une manière pour qu’ils exportent leur crise de l’emploi à travers le système commercial à nos pays. Mais nos pays ont démontré qu’ils ont fait un grand effort et un grand travail pour continuer de fonctionner. Ce qui va être abordé dans la discussion lors du G-20 c’est le sujet de la valeur des monnaies et des flux de capitaux entre les pays.

T.A. Par où passe la capacité de l’Argentine de s’isoler d’une guerre de monnaies au cas où ses principaux partenaires commerciaux y soient impliqués?

A.B. Pour commencer, par le contrôle des capitaux. Un contrôle des entrées de dollars spéculatifs. En travaillant avec force avec le Brésil pour faire du commerce en monnaie locale, et aujourd’hui nous soutenons la proposition pour toute la région d’augmenter le commerce intra sectoriel et qu’il soit en monnaie locale. Le Brésil commence à faire de même avec l’Uruguay. Nous allons avancer dans l’accord avec le Venezuela. Nous proposons que cela soit aussi réalisé avec le Paraguay. C’est une occasion spectaculaire pour les réformes pro Amérique latine. Le processus d’industrialisation va permettre que le commerce intra Amérique Latine, pas seulement dans le Mercosur, soit l’une des clés de croissance, de développement et de génération d’emploi.

T.A. Cette réunion du FMI s’est terminée avec plus de problèmes non résolus et avec plus de désespoir que les précédentes. Prévoyez-vous qu’il puisse y avoir des changements dans l’économie mondiale et le commerce international qui puissent modifier les règles de croissance de l’Argentine?

A.B. La perspective de tout ce qui arrive donne de grandes opportunités à l’Argentine. La demande de produits par les pays asiatiques, spécialement la Chine, est une donnée très importante. Mais le plus important, c’est qu’est entrain de faire l’Argentine, elle même. Cette demande ne servirait à rien si nous n’ajoutons pas de la valeur, si nous ne créons pas de postes de travail, si nous ne nous impliquons pas dans la réindustralisation du pays. Si ce n’était pas le cas, ce serait seulement une question de demande externe. Le fait de générer un marché interne toutes ces années est le produit des politiques économiques.

T.A. Vous avez dit qu’il n’y aura pas de paiement comptant au Club de Paris. En cas d’accord: quel type de paiement seriez-vous disposé à accepter pour l’Argentine?

A.B. Nous souhaitons qu’il y ait une refonte de cette dette, mais que toutes les questions soient prises en compte. Une analyse de ce que l’Argentine met en jeu, les incitations fiscales, promotion de l’activité économique aux investisseurs étrangers. Nous cherchons une vision moins étroite. Il ne faut pas oublier sur le Club de Paris, que la dette commerciale est devenue une dette financière. Et alors le traitement est très différent. Nous voulons que le commercial recommence à pris en compte au moment d’analyser ce problème.

T.A. Le FMI approuve-t-il que l’Argentine remet une information économique au G-20 sans qu’elle passe auparavant entre ses mains?

A.B. C’est déjà fait de fait. La révision entre homologues existe, où nous envoyons aux pays en mars nos chiffres et cela s’est déroulé sans inconvénient.

T.A. Quelle est votre synthèse de ce voyage?

A.B. Une expérience très positive. Nous continuons d’avancer au FMI et à la BM notre vision, et il me semble que la vision latino-américaine se consolide. Il y a une reconnaissance du travail qu’a fait la région, parce qu’en plus que c’est là que se trouvent les pays qui ont le plus eu de croissance, ils l’ont plus fait par volume, que par prix. Il y a eu des mouvements des taux de change, mais ce ne fut pas seulement le produit de monnaies sous-évalués mais de l’effort productif de la région.


Tiempo Argentino

Washington, le 10.10.2010


Palestine

Le SG du mouvement du Jihad islamique:

«Israël» vit aujourd'hui une crise existentielle

Ramadan Shallah

Samedi 30.10.2010: - Commémorant la naissance du mouvement du Jihad islamique (23ème année) et le martyr de Fathi Shiqaqi (15ème), fondateur et secrétaire-général du mouvement assassiné par le Mossad, le secrétaire-général du mouvement du Jihad islamique, Ramadan Shallah, a adressé trois messages, l’un aux combattants du mouvement, l’autre aux masses de «notre peuple palestinien» et le troisième aux «masses de notre nation arabo-islamique».

Dans le premier message, il a déclaré: «nous commémorons le martyr du fondateur du mouvement, Dr Fathi Shiqaqi, en tant que pensée, voie et projet que le martyr Shiqaqi a portés et pour lesquels il est tombé martyr. Lorsque nous commémorons la naissance du mouvement, c’est la naissance d’un parcours de combat qui est né des profondeurs de la blessure, de la souffrance et de la tragédie de notre peuple et de notre nation, la tragédie de la Palestine. Le choix de Shiqaqi était clair: l’islam est la doctrine, la loi et la méthode de la vie, et la Palestine, toute la Palestine, est le but de la libération, et le jihad et la résistance sont la voie de la libération.

Commémorer la naissance du mouvement signifie concrétiser l’appartenance réelle et rester fidèles à ces objectifs, dans notre pensée, notre travail, notre comportement, notre morale, et tout ce qui nous concerne. Tout cela, nous devons le mettre en pratique en toute modestie, que ce soit dans notre relation avec nous-mêmes ou dans notre relation avec les autres…

Dans tous les cas, nous nous rappelons que Shiqaqi fut un projet de martyr sur la voie de la victoire et de la libération. Shiqaqi n’était pas, comme vous le savez tous, celui qui réclamait la vie ici-bas, il ne recherchait ni poste ni pouvoir, ni rien de tout ce qui est passager dans cette vie.

Shiqaqi fut un pensée, une voie, une ligne politique distincte.

Il ne connaissait ni la trêve, ni les concessions, ni les flatteries, ni la ruse, ni la complaisance politique au détriment des principes et des constances, car bien qu’il ait été attentif à l’unité, avec une profonde conscience et une grande maturité, il n’avait pas foi dans les solutions à mi-chemin dans notre conflit avec l’ennemi sioniste…

Aujourd’hui nous disons: notre appartenance à Shiqaqi signifie l’appartenance à ses principes, à ses idées, à sa ligne, sa voie, ses positions et sa détermination.

Le second message s’adresse à notre peuple palestinien, partout où il se trouve: il est devenu clair que le choix des négociations est arrivé à une impasse…

Nous demandons en toute sincérité et responsabilité: pourquoi cette insistance de la part de la direction de l’Autorité palestinienne à ce choix. Indiquez nous un seul peuple dans l’histoire qui ait lancé face à son ennemi qui occupe sa terre le slogan «la seule alternative aux négociations ce sont les négociations»!

Indiquez-nous un seul peuple qui ait accepté de s’emprisonner soi-même, de se poursuivre soi-même, de se réprimer soi-même pour protéger et maintenir la sécurité de son ennemi qui occupe sa terre!

Cette absurdité doit cesser, car elle bafoue la dignité de la Palestine et de notre peuple.

Sinon, nous percevons un complot énorme qui nous fait craindre ce qui peut découler de ces négociations entre l’Autorité et l’ennemi, la liquidation de la cause, l’achèvement du conflit et la reconnaissance finale et absolue du droit à l’existence de l’entité sioniste, comme une part naturelle de la région.

Nous avons vu et entendu les préliminaires de cela dans des déclarations suspectes qui font allusion à la possibilité de reconnaître la judaïté de l’état sioniste, prélude à l’expulsion de notre peuple dans les territoires de 48 et l’abandon de 5 millions de réfugiés en exil.

Aujourd’hui, nous tirons la sonnette d’alarme et mettons en garde contre une troisième nakba [catastrophe—NdR], conséquence de l’insistance sur la voie des négociations avec l’ennemi et sur le slogan qu’il n’y a aucune alternative aux négociations.

Pour affronter cette nakba prévisible, nous réclamons le retrait entier des négociations avec l’ennemi, la fin de la division de la scène palestinienne, l’unification autour de la lutte et de la résistance, oui, la résistance et le jihad pour affronter et faire échec à tous les plans de l’ennemi sioniste et les risques de son agression contre notre peuple, notamment dans la bande de Gaza.

Le troisième message s’adresse aux masses de notre nation arabo-islamique

Nous nous adressons aux peuples car nous avons cessé de compter sur les gouvernements et les régimes qui ont abandonné la Palestine et toutes les questions vitales de la nation. Nous disons que la Palestine n’est pas la cause du seul peuple palestinien, et Israël n’est pas un danger sur la Palestine et son peuple seulement, mais le projet sioniste menace toute la nation…

Si quelqu’un pense qu’en tournant le dos à la Palestine et à al-Qods [Jérusalem—NdR], il assurerait sa propre survie, il se fait des illusions. Si la Palestine est définitivement perdue et qu’«Israël» reste au cœur de la nation, personne ne pourra survivre au déluge du projet américano-sioniste pour la domination de la région et du monde.

La partition actuelle, l’esprit local et le slogan «que chacun s’occupe de soi» ne sont pas la voie du salut, mais plutôt celui de la perdition, dans ce monde et dans l’autre.

Le projet de l’ennemi consiste aujourd’hui à diviser ce qui est partagé et à partager encore plus, à faire éclater et désintégrer la nation, en déclenchant les incendies et les séditions. Regardez du côté de l’Irak et de l’Afghanistan, et ce qui se prépare pour le Liban, la Syrie et l’Iran… Regardez la grande catastrophe qui attend le Soudan avec la menace du détachement du sud du pays dont la superficie est 23 fois supérieure à celle de la Palestine, ce qui veut dire que c’est un nouvel «Israël» avec d’énormes capacités qui va naître en Afrique pour encercler les Arabes, et notamment l’égypte.

Si l’entité sioniste parvient à échapper aux conséquences de son crime en Palestine et à vivre dans cette région, au cœur de la nation des arabes et des musulmans, il faudrait dire adieu à cette nation, car la présence de cette entité ne peut apporter aucune forme de paix, mais plutôt les guerres et la ruine. C’est pourquoi il faut que le mot d’ordre de tous les sincères, les croyants, les dignes de cette nation doit être la disparition d’ «Israël». Cette entité vit aujourd’hui une crise existentielle, elle ressent le danger de sa disparition, et elle disparaîtra, par la volonté de Dieu.

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[Résistance islamique au Liban]

[http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Fadwa_Nassar.301010.htm]


Guerre monétaire

Les états-Unis reculent dans leur

dispute monétaire avec la Chine

L'administration Obama a reculé le 15 octobre dans sa dispute avec Beijing sur la valeur de la monnaie chinoise, confrontation qui aurait pu causer de nouvelles frictions entre la seule superpuissance mondiale et son plus grand créancier.

Le Département américain du Trésor a en effet reporté une décision très attendue, qui visait à décider si la Chine devait être qualifiée de manipulatrice de devise ou non, après les élections au Congrès du 2 novembre prochain et le sommet des dirigeants du G20 en Corée du Sud le 11 novembre suivant.

Washington et l'Union européenne accusent la Chine, qui est sur le point de devenir la deuxième plus grande économie du monde après les états-Unis cette année, de maintenir le Yuan artificiellement bas pour stimuler ses exportations, portant ainsi atteinte aux emplois et à la compétitivité des économies occidentales.

Les craintes se font plus grandes qu'une «guerre de la monnaie» éclate, que des grandes puissances commerciales comme les états-Unis ou le Japon tentent d'affaiblir leurs monnaies tandis que des économies émergentes comme le Brésil ou la Corée du Sud montent en puissance, ou menacent d'établir des contrôles plus stricts pour limiter les flux de capitaux.

La décision de retarder le rapport semestriel du Trésor sur les monnaies reflète un désir de l'administration Obama de continuer à utiliser la voie diplomatique pour résoudre la dispute avec la Chine plutôt que provoquer une confrontation qui pourrait avoir comme conséquence possible une guerre commerciale et affecter les taux d'intérêt sur le long terme.

En juillet dernier, la Chine détenait 847 milliards de Dollars US en dettes du Gouvernement américain.

Dans son communiqué, le Trésor semblait encouragé par la récente décision chinoise de permettre à sa monnaie d'augmenter d'environ 3% par rapport au Dollars depuis le 19 juin dernier.

«Depuis le 2 septembre 2010, le rythme de réévaluation s'est accéléré à un taux de plus de 1% par mois», dit-il. «Si cette tendance se maintient dans le temps, cela contribuera à corriger ce que le Fonds monétaire international a conclu comme étant une monnaie significativement sous-évaluée».

Mais la Chine soutient que faire des réformes monétaires trop rapidement pourrait dévaster son économie tournée vers les exportations.

Elle reproche aux états-Unis une croissance molle, une forte dette et une politique monétaire laxiste qui a inondé le marché avec des Dollars fraîchement imprimés, affaiblissant ainsi la monnaie américaine et mettant la pression sur les pays émergents pour qu'ils maintiennent leur monnaie à un bas niveau.

De son côté, Washington soutient que Beijing pourrait alléger cette pression en laissant le Yuan se renforcer.

«Le Yuan ne doit pas être un bouc-émissaire»

Le Trésor américain a dit que la réunion du G20 à Séoul donnerait aux dirigeants du monde une occasion de réfléchir à la meilleure façon de rééquilibrer l'économie mondiale. Cela n'est pas de la seule responsabilité de la Chine et des Etats-Unis, a t-il souligné.

Lors d'un autre sommet important, les dirigeants du forum de Coopération économique Asie-Pacifique se rencontreront les 13 et 14 novembre prochains.

«Le Trésor retardera la publication de son rapport sur les politiques internationales économiques et de taux de change dans le but de profiter de l'occasion offerte par ces importantes rencontres », a t-il dit.

De son côté, la Chine a laissé peu de doutes sur la rancœur qui serait la sienne si jamais elle était étiquetée comme manipulatrice de monnaie, une initiative largement symbolique des états-Unis qui aurait pour conséquence immédiate davantage de consultations avec Beijing mais aucune sanction immédiate.

« Le Yuan chinois ne doit pas servir de bouc-émissaire aux problèmes économiques intérieurs des états-Unis», a dit vendredi dernier le porte-parole du ministère du Commerce Yao Jian.

Cette décision de retarder le rapport du Trésor semble avoir été prise à la dernière minute. Certaines sources proches ont laissé entendre que cela remonte au 15 octobre à 17h GMT.

L'administration Obama, semblant anticiper les critiques des légis-lateurs américains qui insistent pour que des mesures plus fortes soient prises contre la Chine, a publié un communiqué annonçant une enquête pour savoir si le soutien de la Chine à son secteur de l'énergie propre viole ou non les règles du commerce international.

Mais cela n'a pas suffi à calmer le sénateur Démocrate Charles Schumer, qui s'est fait l'avocat d'une législation plus dure envers la Chine sur ses pratiques monétaires.

«L'administration Obama traite les symptômes, pas la maladie», a t-il dit. «Une enquête sur les subventions illégales de la Chine à son industrie des énergies propres aurait déjà dû être faite, mais cela ne doit pas empêcher non plus de traiter le sujet de la manipulation de monnaie par la Chine».

Le Congrès songe à imposer de nouveaux droits sur les produits chinois

La décision du trésor pourrait accentuer la pression sur le Sénat pour qu'il approuve une loi votée par la Chambre des Représentants permettant aux états-Unis d'imposer des droits sur les importations en provenance de pays dont la monnaie est fondamentalement sous-évaluée.

«Démocrates comme Républicains au Congrès sont prêts à orienter la législation pour réagir à la manipulation de la monnaie par la Chine dès cette année», a dit le sénateur Schumer. «Nous espérons avoir le soutien de l'administration, mais à défaut, nous avancerons de nous-mêmes sans elle si nécessaire ».

Des spéculations ont vu le jour, selon lesquelles le président Obama pourrait être tenté de qualifier la Chine de manipulatrice de monnaie pour la première fois en seize ans afin de paraître plus dur avant les élections dans lesquelles ses Démocrates risquent de laisser des plumes du fait du mécontentement généré par sa façon de gérer l'économie.

Mais certains craignent aussi que cela ne mette la Chine en colère, alors que son soutien est nécessaire dans des problèmes comme le rééquilibrage de l'économie mondiale, le changement climatique et les programmes nucléaires de l'Iran et de la Corée du Nord.

Dans un article publié le 15 octobre dernier, le Gouverneur de la Banque Centrale de Chine Zhou Xiaochuan s'est engagé à poursuivre la réforme du Yuan, mais seulement d'une façon progressive et décidée par Beijing.

«Le taux de change sera essentiellement stable, à un niveau raisonnable et équilibré», avait-il écrit dans China Finance, un magazine publié par la Banque Centrale.

Le Département du Trésor est obligé par la loi de publier tous les six mois un rapport sur le fait de savoir si tel ou tel pays manipule sa monnaie pour obtenir un avantage commercial déloyal.

Mais la dernière fois qu'une administration –qu'elle soit Démocrate ou Républicaine - a cité un pays sur le fondement de la loi sur la monnaie remonte à juillet 1994, et c'était déjà la Chine qui s'était retrouvée sur la sellette.

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[le Quotidien du Peuple en ligne, 19.10.2010

http://french.peopledaily.com.cn/Horizon/7170365.html]


Guerre monétaire

Le quotidien du peuple en ligne

Les états-Unis mènent une guerre monétaire

Zhang Monan

Chercheur en économie au Centre d'information de l'état.

Le pays le plus endetté du monde utilise la domination du dollar et ses dettes pour aspirer la richesse en provenance des économies émergentes.

Dans une guerre monétaire qu'ils ont déclenché eux-mêmes, et dans laquelle la Chine est considérée comme la cible principale, les états-Unis ont encore une fois démontré leur volonté de redistribuer la richesse mondiale à leur propre avantage.

Une guerre monétaire est par essence une guerre financière, ou encore une guerre pour posséder davantage de richesses, guerre dans laquelle le pays qui peut parler le plus fort au sujet des problèmes monétaires du monde remportera la position la plus avantageuse dans la redistribution des richesses mondiales.

Les états-Unis mettent en œuvre depuis longtemps, et avec dextérité, des politiques financières que l'on peut qualifier d'«égoïsme économique». La seule superpuissance mondiale dépend des émissions surabondantes de dollars et de sa dette nationale, qui sont les deux principaux moteurs qui soutiennent sa croissance économique. Avec pour résultat que le «système de l'étalon dollar» a évolué en une sorte de «système étalon de la dette», à l'avantage des états-Unis.

Exemple typique, l'attitude de Washington envers sa dette fiscale croissante. Afin d'alléger sa dette gouvernementale financière, qui est astronomique, et qui est passée à 12.000 milliards de dollars en 2009, soit 82,5% de son PIB la même année, la Réserve Fédérale américaine a adopté une Politique monétaire d'aisance monétaire dans l'espoir d'étendre le bilan des comptes du pays et monétiser ses déficits fiscaux, afin de réduire le coût de la dette. En ce sens, l'inflation ne devrait causer aucun mouvement de panique chez les décideurs politiques américains. Au contraire même, il s'avèrera sans doute que Washington sera le plus grand gagnant de la guerre monétaire qu'elle a déclenchée.

La Chine et d'autres économies émergentes, cependant, seront les victimes de ce «petit jeu» bien mené par les états-Unis. En raison de leur reprise économique plus rapide au sein d'un ralentissement économique mondial, les capitaux internationaux disponibles ont envahi les économies émergentes sur une plus grande échelle et à une vitesse plus rapide qu'on ne l'avait connue avant la crise financière mondiale. On estime que, entre avril 2009 et la fin de juin 2010, la quantité de capitaux financiers internationaux qui se sont déversés dans les vingt principales économies émergentes du monde a atteint 575 milliards de dollars US, et plus de la moitié est allée vers les marchés asiatiques émergents. L'afflux sur une grande échelle de capitaux liquides internationaux a augmenté la pression pour que les destinataires réévaluent leurs monnaies et a semé les graines de l'inflation. Les statistiques indiquent que presque deux-tiers de ces 20 économies émergentes souffrent maintenant d'un taux d'intérêt négatif et sont sous une pression énorme pour relever les prix.

Merrill Lynch, une des principales sociétés de gestion financière et consultants, estime que la Chine aura un taux d'inflation de 3,2% en 2010, l'Inde 7,9%, la Russie 6,1% et le Brésil 5,0%. Dans le même temps, l'afflux de capitaux internationaux a accentué la pression pour une réévaluation monétaire dans ces pays dont l'économie repose sur les exportations ou est dépendante des ressources.

Dans ses récents efforts ininterrompus pour faire monter la pression sur la Chine pour qu'elle réévalue le yuan, Washington espère atteindre plusieurs objectifs. Un yuan plus fort est censé aider à accroitre les exportations américaines, à favoriser une re-structuration économique dont elle a tant besoin et à aider son économie à récupérer plus rapidement à un moment où la demande intérieure demeure toujours molle. En outre, car la Chine est le plus grand créancier de la dette nationale des états-Unis, une réévaluation rapide de la devise chinoise ferait s'évaporer une partie de la dette des états-Unis libellée en Dollars et favoriserait la redistribution des richesses entre le créancier et le débiteur.

Au cours du demi-siècle passé, le système fermement établi de l'étalon dollar s'est avéré être un outil efficace qui a aidé les états-Unis, favorisant la circulation internationale de son énorme dette. Washington est également parvenu à augmenter sensiblement sa richesse nationale en monétisant sa dette nationale ou en dévaluant le dollar.

Les statistiques montrent que 48% du commerce international courant et 83,6% des transactions financières internationales ont actuellement leur prix libellé en dollars. Environ 61,3% des réserves mondiales en devises sont également libellées en dollars. En tant qu'émetteur de la principale devise du monde, les é-U peuvent réduire leur dette nationale en augmentant les émissions de dollar par sa dévaluation. De 2002 à 2006 seulement, une valeur d'environ 3.580 milliards de dollars de la dette des états-Unis a disparu de cette façon.

La Chine et d'autres créanciers de la dette nationale des états-Unis sont maintenant obligés d'entrer dans une guerre financière, car les états-Unis sont fortement tentés de déprécier le dollar. Pour empêcher le dollar de baisser, ce qui ferait diminuer la valeur de leurs capitaux libellés en dollars, beaucoup de créanciers des états-Unis, particulièrement les économies émergentes, doivent continuer d'acheter du dollar, mettant de ce fait leurs capitaux en danger d'être davantage dépréciés.

Cependant, fermer les yeux sur le renchérissement de leurs devises face au dollar ferait également fortement souffrir leurs exportations et attirerait plus d'argent de l'étranger, faisant ainsi augmenter les prix de l'immobilier et alimentant les bulles économiques et l'inflation.

La Chine doit rester particulièrement vigilante face à l'insistance de Washington qui essaye de la forcer à réévaluer le yuan à un moment où le pays fait face déjà à des pressions inflationnistes énormes et quand les prix de l'immobilier ont atteint un niveau dangereux. La Chine devrait retenir l'amère leçon du Japon dans les années 1980, lorsque la réévaluation forcée du Yen dans sa guerre monétaire avec les états-Unis avait plongé une économie alors florissante dans une récession de dix ans.

En tant qu'économie émergente à croissance rapide dont la monnaie est sur le chemin de l'internationalisation, la Chine devrait prendre en considération ses intérêts à long terme et à court terme dans n'importe quelle «guerre des taux de change» avec les états-Unis et être psychologiquement équilibrée en vue d'une épreuve qui va durer.

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[le Quotidien du Peuple en ligne, 21.10.2010,

http://french.peopledaily.com.cn/Horizon/7173207.html]


Chine: la seconde sonde lunaire devrait avoir suffisamment de combustible pour retourner sur Terre

La seconde sonde lunaire inhabitée chinoise, Chang'e-2, devrait avoir suivant les prévisions, suffisamment de combustible pour retourner sur Terre, a déclaré mardi le concepteur en chef adjoint du Centre de contrôle aérospatial de Beijing (CCAB).

Chang'e-2 a été placée en orbite lunaire par une fusée, et n'a corrigé sa trajectoire qu'une fois en passant de l'orbite terrestre à l'orbite lunaire. Il restera donc une grande quantité de combustible disponible après sa mission, a expliqué Zhou Jianliang, le concepteur en chef adjoint du CCAB.

Zhou a expliqué qu'il y avait trois «destins» possibles pour Chang'e-2 après la fin de sa mission de six mois: alunir, voler vers l'espace profond ou retourner sur Terre. Le destin de Chang'e-2 sera décidé selon son état lorsque la mission est terminée.

La fusée porteuse Longue Marche-3C a envoyé le 1er octobre la sonde Chang'e-2 dans l'espace depuis le sud-ouest de la Chine. La sonde a achevé sa décélération finale le 9 octobre et opère actuellement autour de la Lune une orbite placée à 100 kilomètres d'altitude.

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[Source: Xinhua : http://french.peopledaily.com.cn/Sci-Edu/7165922.html]


États-Unis 8/11/2010  - endettement en trillions (1012)

 
La population étant de 305 millions et la dette publique étant aujourd’hui de $13,739.463.287.144 ce qui représente $44,399,72, par habitant. Cette dette augmente de $4,16 milliards par jour depuis le 28 septembre 2007.

Les produits dérivés représentent: approximativement:

$623 trillions

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[Source: http://www.brillig.com/debt_clock/] et http://www.usdebtclock.org/]


Union soviétique

L’Art soviétique et l’«Art» contemporain

Ce 24 juin le canal «culture» du réseau public de télévision a diffusé un programme intitulé; «La révolution culturelle». Comme toujours l’écrasante majorité des participants étaient des «démocrates nationaux». Et, comme toujours, on a fait entendre à qui mieux mieux le disque plus qu’usé sur notre «épouvantable passé soviétique». Le thème en discussion était le réalisme socialiste, même s’il n’y a pas eu de discussion réelle. Tout le monde a chaudement stigmatisé le «soc-réalisme», «ce boa constrictor étranglant la personnalité créatrice», étouffant son souffle, éteignant les étincelles du talent, taillant les tendres pousses du génie. On a dénoncé le pouvoir soviétique qui a propagé un art univoque, primitif, médiocre.

Deux personnages se sont exprimés de manière particulièrement haineuse, dont M. Dounaïevski qui nous a informé avec émotion des tourments de son père à qui, en 1948, on a réclamé des musiques en mode majeur alors qu’il était évidemment attiré par le mode mineur et le décadentisme. Il n’est pas venu à l’esprit de ce contempteur du réalisme socialiste qu’un peuple qui avait connu une guerre effroyable, qui dans un effort incroyable relevait son pays en ruine avait réellement besoin d’une musique optimiste, vivifiante, qui élève son âme et renforce sa confiance dans ses forces.

Personne n’a oublié qu’après la Grande révolution socialiste d’Octobre, il a existé en Russie de nombreuses tendances artistiques différentes: les Futuristes, les Imaginistes, les Symbolistes, les Acméistes et d’autres. Mais ces courants, en niant l’héritage classique, en mettant en avant l’esthétisme, le formalisme, la «libération du mot par rapport au sens», n’ont plus été compris par les simples gens mais même par la partie cultivée de la population. Inadaptés aux besoins de la société, ils déclinèrent puis disparurent.

Les courants réalistes remportèrent la victoire et dominèrent, attirant dans leurs rangs les représentants le plus talentueux des autres courants artistiques. Ce fut le cas par exemple de S. Essenine, sorti de l’Imagisme car il répugnait «aux minauderies de bouffons faites au nom des minauderies» - ou encore de V. Maïakovski affirmant que «le Futurisme et la construction du monde soviétique ne peuvent pas aller ensemble».

Mais qu’est ce monstre effroyable qui a si cruellement tourmenté les acteurs de la culture, ne leur donnant pas la possibilité de déployer toutes leurs forces? Quelles exigences «fanatiques» le réalisme socialiste a-t-il eu envers les maîtres des mots, des pinceaux et des archets? Tous les téléspectateurs n’ont pas une représentation de sa réalité et de ses principes. De cela il ne sera pas soufflé un mot. Et non sans raison. Parce que le réalisme socialiste n’est pas aussi effrayant qu’on le dépeint. L’un de ses principaux principes était le principe du rapport au peuple, du besoin pour l’artiste de liens étroits avec la vie de son peuple afin de l’exprimer avec toute la complexité et la diversité de ses manifestations.

Les principes du réalisme socialiste ont orienté les auteurs de productions artistiques vers l’expression des conflits vitaux, de la lutte du nouveau contre l’ancien, vers la concentration de l’attention sur les évènements, les faits typiques exprimant les tendances majeures de l’époque que V. Brioussov appelait «l’époque de la création». L’attention pour le travail de l’être humain, l’affirmation de l’humanisme, du patriotisme, de la paix et de l’amitié entre les peuples.

Les principes du réalisme socialiste ont donné des repères à des auteurs nouveaux tout en ouvrant un large espace aux recherches créatrices, à la diversité des styles, des manières et moyens artistiques.

À noter que les participants à la discussion ont été obligés de reconnaître que dans le cadre de cette méthode ont été produites de grandes œuvres et que beaucoup d’acteurs culturels se sont inscrits dans le cadre du réalisme socialiste. Le principal accusateur de cette méthode, K. Charkhnazarov, a même déclaré que «l’art et la culture soviétiques ont eu une influence très grande dans la culture mondiale»!

Vers quelle liberté les personnalités créatrices se dirigeaient elles? Que le pouvoir soviétique leur a-t-il interdit? Nous pouvons en juger par l’art contemporain: proférer des injures à tue-tête, se promener tout nu sur les scènes et écrans, s’accoupler comme des nobliaux devant les yeux de millions de spectateurs de la télévision et du cinéma, faire la propagande de la débauche et de toutes les perversions. De plus ces serviteurs des Muses envoient sauvagement leurs collègues étrangers qui perçoivent des cachets pharaoniques et qui possèdent des villas aux Canaries et dans d’autres îles. Ils rêvent de vivre ainsi. Ce n’est pas poussés par quelque impulsion idéaliste mais pour leurs intérêts égoïstes qu’ils ont mené la lutte contre le pouvoir soviétique t qu’il ont aidé à détruire le pays.

Faisant le bilan du débat, Chvydkoï a émis une sentence selon laquelle «l’artiste n’œuvre pas pour le pouvoir ni même pour le peuple mais pour l’éternité». C’est la vérité aujourd’hui. Qu’est que le peuple? Les «anti-démographes» le conduisent à sa disparition de la surface de la terre. Mais l’éternité persistera et admirera les œuvres de Malevitch et de Kandinsky, les génies dont le peuple n’a pas su reconnaître le mérite.

Chvydkoï a même attiré l’attention sur le vice principal de la culture artistique soviétique: elle essayait d’améliorer l’être humain! En vérité la littérature et l’art soviétique ont eu pour objet d’éduquer l’homme, de fortifier l’humanité dans l’homme. Les actuels «révolutionnaires culturels» du type Chvydkoï, défenseurs des «goûts occidentaux et de l’obscurité russe» se sont donné un but contraire: déshumaniser l’homme, le conduire à l’état animal!

Les participants de l’émission «Apocryphe», dirigée par Erofieeva sont encore allés plus loin dans la critique du pouvoir soviétique. Parmi eux, un certain Sarnov s’est exprimé avec la plus grande franchise. La grande faute du pouvoir soviétique a-t-il dit, est qu’il soutenait que «l’art doit appartenir au peuple». Un tel cynisme et une telle impudence ont fini par troubler la meneuse du débat elle-même. Mais en réalité Sarnov a exprimé la pensée secrète de tous les libéraux. Dès l’époque de la «perestroïka» ils répétaient sans cesse: «nous ne sommes pas tous pareils, nous sommes différents et par conséquent on ne peut pas prétendre donner à tous les mêmes conditions de vie. Nous, pourrait-on dire, avons la peau blanche et vous la peau noire. Et vous n’avez pas à fourrer vos groins de porcs dans les galeries de peinture et les théâtres. De toutes façons vous ne comprenez pas tout le progressisme de notre art». Aujourd’hui beaucoup d’institutions culturelles sont devenues inaccessibles à un peuple appauvri et qui lutte pour sa survie. Maintenant, ce peuple, on veut non seulement l’écarter de l’enseignement supérieur mais aussi de l’enseignement moyen. Aujourd’hui en Russie un million d’enfants ne sont pas scolarisés. [Note de la rédaction: En Ukraine il se produit la même chose avec en plus l’imposition d’un nationalisme moyenâgeux et féroce]. Après l’adoption de la loi sur la commercialisation des écoles, il y en aura encore plus.

Pour vous ce n’est pas là une «puissance totalitaire» mais un «gouvernement de droit libre et démocratique».

V. Ivantchenko, G. Lougansk

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[Rabotché-Krestianskaïa Pravda, N°8-2010][Traduction Jean-Louis GLORY]


Extrait de la rubrique «Bloc-notes» de Marianne du 16-22 octobre,

par Jean-François Kahn

[…] À la Cité de la musique à La Villette, on peut voir actuellement une exposition intitulée «Lénine, Staline et la musique». Ce qui a donné lieu, dans les médias, à une dégoulinante de commentaires convenus. Or, n'importe qui s'aviserait de faire fonctionner les lobes les moins conventionnels de son cervelet devrait se poser cette question traumatisante: comment se fait-il que les seuls musiciens du mi-temps du XX° siècle qui soient non seulement régulièrement joués, mais qui rencontrent un large public, soient précisément ceux, Chostakovitch, Prokofiev, et même Khatchatourian, à qui le stalinisme, en effet, imposa de tourner le dos à toute radicalité innovatrice? Et pourquoi ceux qui, en Occident, à la même époque, purent, eux, sans limite, profiter de la liberté de création que leur assuraient les régimes démocratiques, sont, y compris sur les radios a dominante musicale, cent fois moins diffusés que ceux-là?

Pourquoi le jeune Stravinsky classique, celui de l’Oiseau de feu ou de Petrouchka, bénéficie-t-il d’une ferveur qui semble avoir déserté le Stravinsky de l’extrême maturité qui s’essaya à un «au-delà» du dodécaphonisme? […]


Livre

Seconde Guerre Mondiale, sur quelques controverses, par J. SIQUIER

Je suis un historien. C'est pourquoi j'aime la vie, écrivait l'historien-résistant Marc Bloch, fusillé le 16 juin 1944.

Je n'ai pas la prétention d'être un historien, mais j'ai la passion de l'histoire, de cette histoire passionnée qui avait la préférence d'un autre grand historien : Georges Duby.

Lisez, écoutez, regardez : l'histoire, récente ou non, est toujours présente dans votre journal, à la radio ou à la télé.

Mais elle est trop souvent réduite à des légendes, à des clichés inlassablement ressassés, sans souci du réel. Elle sert d'illustration ou de justification pour le journaliste qui se contente de surfer sur l'air du temps, de conforter une opinion dominante soigneusement façonnée.

L'histoire, la vraie? Elle occupe de moins en moins de place dans les programmes d'enseignement. C'est qu'elle risque d'être dangereuse pour l'ordre établi — car comprendre le passé permet d'agir sur le présent.

Alors, cette histoire du XX° siècle, on la falsifie, on la calomnie, on la nie. De la Révolution d'Octobre à l'effacement de l'URSS, c'est désormais le silence ou la négation de la réalité. Et les récits de la Seconde guerre mondiale — origines et conséquences — participent de cette réécriture réactionnaire.

C'est pourquoi, du Pacte germano-soviétique à la naissance de la guerre froide — et ses prolongements jusqu'à aujourd'hui — j'essaie, sans prétendre faire du neuf, d'établir ou de rétablir des faits dans leur contexte et leur complexité, et de signaler les interprétations fallacieuses qui en ont souvent été déduites.

Libre a chacun, ensuite, de choisir sa vérité.

Ce livre va souvent à contre-courant de l'opinion qu'«on» voudrait nous imposer. S'il suscitait la réflexion ou la discussion, mon but aurait été atteint.

Un livre de 400 pages, 17x24: 25€ (port offert), chez l'auteur : Joseph SIQUIER, Montlogis, 15120 LADINHAC

Disponibles chez l'auteur :

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Seconde Guerre mondiale…» Un grand merci pour ce passionnant et si utile nouvel ouvrage qui, comme tes livres précédents, aidera tous ceux à qui tu t’adresses à trouver la vérité dans ce monde ou tout est fait pour s’égarer. Encore une fois toute ma gratitude pour ton magnifique travail, 4 août 2010 – Henri ALLEG (auteur de La Question, le grand bond en arrière, Mémoire algérienne, etc.)


Amnésie

Avant propos

Le texte qui suit ne manque pas d’étonner: il y est question de 1931
et on pourrait croire qu’on parle des années 2010….

André Marty qui fut un des meneurs de la révolte des marins de la mer Noire – que le gouvernement français avait envoyés à la fin du conflit de la Première Guerre mondiale pour aider les capitalistes russes à reprendre le dessus sur les révolutionnaires de 1917 – s’adresse ici aux membres du Conseil municipal de Paris, à propos des graves problèmes de chômage qui touchent les travailleurs et des «solutions» proposées, qui accableront davantage encore ceux qu’il appelle «les travailleurs immigrés», cible privilégié dès qu’il y a une crise – d’ailleurs, tout au long de cette année 1931 la crise économique et sociale ne fera qu’s’approfondir, comme c’est le cas actuellement.

Gardons en mémoire que le 27 janvier 1931 c’est la premier ministère d’un homme politique de sinistre mémoire, Pierre Laval, devenu Président du Conseil et ministre de l’Intérieur.

L’Histoire ne se répète pas à l’identique, et pourtant…

André Marty a raison de tout formuler en termes de lutte de classes et en ce moment, pour mieux comprendre ce que nous vivons et le rôle du grand capital, il est nécessaire d’utiliser cette analyse. La lutte des classes masquée, manipulée, niée même, ne fait que s’aiguiser: ce texte en est une preuve.

Anne-Marie PISAPIA


Amnésie?

LES COMMUNISTES ET LE CHôMAGE

Intervention d’André Marty à l’Hôtel de Ville 

[9 décembre 1931]

Notre camarade André Marty est intervenu au Conseil Municipal au nom de notre Parti communiste pour défendre les revendications des chômeurs.

Nous donnons ci-après l’essentiel de son intervention qui fut littéralement hachée d’interruptions, exprimant la haine féroce du communisme qui anime tous les bourgeois et leurs alliés, les chefs socialistes et pupistes [Parti d'unité prolétarienne (PUP), fusion de deux petits partis issus de scissions droitières du PCF - NdlR].

Seul contre tous, voilà la position affirmée de notre parti. André Marty défendant pied à pied la classe ouvrière contre toute la meute bourgeoise et socialo-bourgeoise, voilà ce que la lecture montrera.

Les ouvriers se convaincront que les chefs socialistes comme Fiancette, Levillain, Schnitzer et les renégats Sellier, Garchery, Joly, Salom, Castellaz en insultant Marty, les insultaient eux-mêmes, et que leur attaque crapuleuse, en tous points identique à celle des réactionnaires, souligne leur étroite collaboration et leurs efforts communs dans le but de tenter de sauver le régime capitaliste ébranlé par la crise.

Car il ne s’agit pas de querelle de boutique et de personnalités, mais d’une opposition fondamentale entre deux idées, deux classes et deux systèmes. Les chefs socialistes et «pupistes» fraternellement unis aux réactionnaires, ont lâchement insulté et tenté de ridiculiser Marty quand il opposait l’État Soviétique construisant victorieusement le socialisme aux États capitalistes bouleversés par la crise et jetant des millions d’êtres humains dans le chômage, la famine et la misère noire.

Ce qui a particulièrement déchaîné le larbin Louis Sellier contre Marty, c’est quand ce dernier dénonça une des propositions de Sellier: Que l’État mette d’abord à la disposition des industries françaises les crédits qui leur font défaut. Sellier s'efforcera vainement de cacher aux ouvriers et aux chômeurs, victimes du capitalisme, sa proposition de fournir à ceux-ci des capitaux pour les aider à surmonter la crise, car cela est écrit en lettres de feu au Bulletin Municipal officiel, du 9 décembre, pages 4997 et 4998.

On verra plus loin comment André Marty a tenacement rappelé cette proposition du renégat Louis Sellier pour montrer que les propositions des «pupistes» recevaient le meilleur accueil des chefs du socialisme aux conseillers les plus réactionnaires.

D’ailleurs, l’unité de vue des «pupistes» avec les socialistes et les bourgeois, apparaît éclatante dans la conclusion de Louis Sellier; celui-ci a déclaré que ses propositions n’étaient pas le fruit de ses conceptions personnelles, mais qu’elles étaient basées sur deux documents: i. Une brochure d'un industriel; Elie Bitau; ii. Le manifeste de la C.G.T.

Or, la brochure de l’industriel Elie Bitau qui est le document de chevet du renégat Louis Sellier, vise par-dessus tout à sauver le régime capitaliste grâce à une exploitation renforcée et rationalisée de la classe ouvrière et elle exprime le mépris et la haine de toute la bourgeoisie envers la classe ouvrière et le bolchevisme.

«…Personnellement, je n’aime pas le bolchevisme, écrit Elie Bitau.. Il me semble impossible d’envisager que notre pays puisse être un jour dirigé par des ouvriers et des paysans….» Plus loin: «Devons nous laisser Staline, dans sa chemise kaki, railler l’impuissance des hommes en habits noirs?» Et, après avoir souligné les responsabilités de la bourgeoisie dans la crise, Elie Bitau déclare, superbement «C’était à nous (bourgeoisie), qui restons la classe dirigeante, qu’il appartenait de la lui épargner».

Voilà la première «référence» du renégat Louis Sellier! À la tribune du Conseil Municipal il s’est fait l’ardent défenseur de cette classe dirigeante, en «habits noirs» qui tremble devant Staline à la «chemise kaki», c'est-à-dire devant l’Union Soviétique!

Quant à la seconde «référence» du renégat, c’est le programme de collaboration des classes de la C.G.T. réformiste que Jouhaux, dans le même temps «défendait» en séance du Conseil National Économique, aux côtés de Gignoux représentant du gouvernement Laval-Tardieu; de De Peyerimhof, président du Comité des Houillères; de Duchemin, président de la confédération de la Production française; de Margot, président du Conseil des réseaux, etc.., etc..

Est-il besoin de souligner davantage l’attitude de trahison des renégats «pupistes» et leur passage dans les rangs de la bourgeoisie aux côtés des chefs du parti socialiste?

Alors lisez l’intervention d’André Marly!

Pierre SEMARD

André Marty à la tribune

M. le Président- La parole est à M. Marty. (Exclamations et bruit).

La crise

M. André Marty –Messieurs, le parti communiste entend marquer ici, lui aussi, sa position sur le chômage. Je le ferai très brièvement, mais aussi très nettement. Brièvement, parce que la situation est telle que la question du chômage reviendra certainement encore devant cette Assemblée comme devant les autres; nettement, parce que, parlant au nom du parti communiste, j’entends développer très exactement, le plus exactement possible, son point de vue. Tout d’abord, où en sommes-nous de la crise? S’accentue-t-elle? Se stabilise-t-elle? Ou au contraire, est-elle en régression? Sans entrer ici dans de longues considérations, il est incontestable qu’elle n’en est encore qu’à son début. Si nous prenons les derniers faits, non pas même de la crise mondiale qui, de l’aveu de tout le monde, ébranle les pays industriels les plus importants, les plus développés, comme l’Allemagne, l’Angleterre ou les États-Unis et dont la production est l’origine, mais si nous prenons la France seulement, l’aggravation de la crise apparaît dans la fermeture rapide du débouché extérieur, aggravée encore par les dernières mesures douanières prises par l’Angleterre. La balance commerciale d’après les derniers chiffres, en octobre, accuse un déficit de 10 milliards et demi. La France qui avait mis longtemps à entrer dans la crise, la France qui, grâce à la reconstruction des régions du Nord et grâce surtout au Traité de Versailles, avait pu retarder son entrée dans la crise, y est maintenant en plein. Quant au budget, quel est son déficit? 5 milliards? Peut-être 6 milliards? Peut-être 7? On ne sait pas. Le gouvernement est tellement inquiet qu’il cherche tous les moyens d’éviter le vote du budget avant les élections prochaines. Si on considère la production, nous pouvons ne prendre que deux chiffres: En octobre 1930, on a produit, en France, 807.000 tonnes de fonte. En octobre 1931, 637.000 tonnes. En octobre 1931, nous avons 103 haut-fourneaux allumés, 109 éteints, c'est-à-dire que l’industrie lourde est déjà arrêtée pour plus de moitié de sa production.

La crise de crédit? Certains orateurs l’ont évoquée ici avec prudence. Mais voici trois jours que M. le ministre des Finances Flandin déclarait lui-même devant la Chambre que depuis janvier il ne se passe pas de semaines sans que le Gouvernement soit obligé d’aller au secours de quelques banques. Et cela nous devons le souligner parce que le même gouvernement qui va chaque semaine au secours de quelques banques, et le déclare publiquement, se garde bien d’aller au secours des chômeurs de la même manière.

On parle même, à la suite de conférences entre le Gouvernement et la Banque de France, de faillites retentissantes qui seraient dans l’air et menaceraient des valeurs françaises dont l’indice moyen en Bourse était de 487 en 1930 et n’est plus que de 239 en 1931.

C’est le journal l’Avenir, de M. Billet, qui écrivait: «pour nous, Français, cette crise n'a pas encore atteint son point culminant, et les plus graves difficultés sont devant nous et non derrière».

Je pense donc qu’il est parfaitement établi et incontestable que la crise économique qui frappe ce pays non seulement n’est pas à son déclin, non seulement n’est pas stabilisée, mais qu’elle n’en est qu’à son début et qu’elle va encore considérablement s’aggraver.

Or, qui est frappé par cette crise? Incontestablement, ceux qui n’en sont pas responsables, c'est-à-dire les ouvriers. L’ampleur de la crise est telle, d’autre part, l’inquiétude, l’effervescence des masses ouvrières son telles qu’on voit des assemblées comme celle-ci discuter pendant des heures, de même que la Chambre des députés, de même qu’à l’heure présente toutes les assemblées élues de tous les pays. Cela, c’est l’indice que tout le monde sent l’inquiétude le gagner devant l’effervescence de cette classe ouvrière qui est de plus en plus affamée.

Quelles solutions présente-t-on ici? Je ne veux pas les reprendre toutes. Je veux reprendre celles qui me paraissent les plus essentielles.

Les travaux publics et l’emprunt

Tout d’abord des travaux publics. Bien, nous sommes d’accord, en principe, mais nous voulons qu’on précise de quels travaux publics il s’agit. Je ne parle pas de l’ensemble du pays puisque nous n’avons à nous occuper que de Paris. Si je parlais de l’ensemble du pays, je dirais tout d’abord qu’il n’y a plus rien à faire que pour les constructions bétonnées auxquelles on travaille depuis la frontière belge jusqu’à la Méditerranée. Mais, en ce qui concerne Paris, il y a d’abord un point que nul orateur n’a éclairci à ma connaissance. Aucun orateur n’a dit où prendre les fonds pour ces travaux publics. Vous avez indiqué l’emprunt. Vous n’arriverez pas à le couvrir. Parce que nous sommes dans une période de crise. Par conséquent, en ce qui concerne l’idée de lancer un emprunt, je répète que nous continuons à être sceptiques sur les résultats d’une telle opération en période de crise, à un moment où, précisément, le crédit est tout à fait ébranlé.

La diminution des heures de travail

On a apporté comme solution la diminution des heures de travail. Bien! Mais là encore nous demandons à préciser. Tout d’abord, suppression des heures supplémentaires. D’accord; mais en s’y prenant de telle sorte que l’ouvrier ne perde pas un centime. Réduction de la journée de travail, d’accord. Nous allons peut-être moins loin que M. Louis Sellier: nous disons sept heures. Mais nous précisons ce que nous disions il y a déjà un an, ce que nous avons toujours dit: journée de travail de sept heures, sans diminution de salaire. J’ai parfaitement entendu les orateurs dire aujourd’hui: «sans diminution de salaire». Mais il y a quatre mois, on ne le disait pas. Le manifeste de la Fédération syndicale internationale déclarait: diminution de la journée de travail, mais ne précisait pas, sans diminution de salaire. Nous sommes heureux de voir que notre point de vue a eu une telle répercussion dans la classe ouvrière qu’il a été adopté aujourd’hui.

Par conséquent, journée de travail: sept heures. Nous demanderons six heures ensuite – cela concerne en partie les ouvriers de la Ville de Paris – pour les travailleurs des industries insalubres comme les égoutiers, par exemple et les mineurs, les ouvriers travaillant à la fabrication des produits chimiques, etc.

Par conséquent, nous sommes d’accord sur la diminution de la journée de travail à la condition expresse que cela ne diminue pas d’un centime le salaire hebdomadaire ou journalier de l’ouvrier.

Les ouvriers immigrés

On a parlé ensuite d’une mesure qui a rallié l’unanimité de cette Assemblée, le Préfet de la Seine et le Préfet de police, et qu’en ce qui nous concerne, nous considérons comme très dangereuse: c’est l’expulsion des ouvriers étrangers. C’est la réduction du pourcentage des ouvriers dans les usines. L’expulsion en est toujours la conséquence.

M. Gaston Pinot – On empêche l'entrée de nouveaux ouvriers; on n'expulse personne. J'ai demandé que le travail fût réservé par préférence aux Français. Je ne voudrais pas voir expulser les ouvriers étrangers qui, pendant des années, nous ont rendu des services, mais j'aime d'abord les ouvriers français.

M. André Marty – Je suis plus près de l'ouvrier allemand, de l'ouvrier russe que de vous, c'est certain. Il y a deux catégories de Français, ne l'oublions jamais.

Je poursuis mon exposé:

Réduction à 10% ou à un chiffre quelconque des ouvriers immigrés qui sont dans les entreprises; tous les membres de cette assemblée ont été d’accord sur cette mesure, y compris M. Castellaz. J’entendais tout à l’heure M. le Préfet de police donner à M. Castellaz l’assurance que ses désirs seraient réalisés, en particulier en ce qui concerne les chauffeurs de taxis. Malheureusement, on ne nous a pas donné de précisions, on ne nous a pas dit quels sont les ouvriers immigrés auxquels on cherche des difficultés.

À propos des chauffeurs de taxis, M. le Préfet de police disait qu’on exigerait d’eux pour les garder, qu’ils soient en France depuis six ou huit ans.

M. le Préfet de la Seine – Monsieur Marty, si vous étiez plus assidu à nos séances, vous sauriez qu’à maintes reprises, M. le Préfet de police a déclaré à cette tribune que le droit d’asile est l’honneur d’un pays et que la France ne pense pas à l’abolir. (Très bien! Très bien!)

M. André Marty – Le reproche que me fait M. le Préfet de la Seine de ne pas être assidu aux séances du Conseil municipal ne m’atteint pas: il y a à cela une raison majeure.

Au mois de juillet, je devais venir ici parler du chômage. Malheureusement, la chambre des députés s’est séparée le 3 juillet. Or, M. le Préfet de la Seine sait bien que, si j’étais venu ici après cette date, en sortant de l’Hôtel de Ville, j’aurais été emmené à la Santé parce qu’il me reste treize mois de prison à faire. Sans cette raison, je n’aurais pas manqué de venir assister aux séances de l’assemblée. Mais revenons, si vous le voulez bien, à la question des ouvriers immigrés. J’ai soulevé le cas des chauffeurs de taxis, et nous savons ce qu’a déclaré M. le Préfet de police à ce propos: pas d’expulsions à l’égard de ceux qui ne se mêlent pas à la politique intérieure du pays.

Mais, Monsieur le Préfet de la Seine, vous ne pouvez pas ignorer que, l’année dernière, des Russes blancs ont défilé en armes sous l’Arc de Triomphe. Ceux-là ont bien fait une manifestation; ils étaient armés, alors qu’aucun autre citoyen n’a le droit de défiler en armes. Cependant, ils n’ont pas été expulsés, ils sont toujours à Paris. Un certain nombre d’entre eux sont chauffeurs de taxis et ne seront pas expulsés, parce qu’ils sont en France depuis plus de huit ans, c'est-à-dire depuis que les ouvriers russes ont chassé leurs exploiteurs.

Mais s’il s’agit d’un ouvrier italien ou polonais qui dit: «Je suis sur un chantier du bâtiment, les ouvriers français touchent tel salaire et moi, ouvrier italien ou polonais, je reçois un salaire inférieur; je ne puis pas accepter cela, j’organise mes camarades pour qu’ils luttent et arrachent aux entrepreneurs les mêmes salaires que ceux qui sont payés aux ouvriers français», cet ouvrier, on l’expulse, en prétextant qu’il se mêle des affaires intérieures du pays.

Voilà le danger des interventions qui se produisent ici et qui tendent à légaliser le débauchage des étrangers. Aussi bien, à quoi aboutit ce débauchage des ouvriers immigrés? On ne débauche pas n’importe qui. Tout à l’heure, M. Loyau, je crois, parlait des tâcherons italiens qui disaient: «Nous n’embauchons que des Italiens». C’est exact. Ils vont même plus loin, ils disent: «Nous n’embauchons que des Italiens, mais pas tous les Italiens». L’ouvrier qui veut lutter pour le salaire syndical, le tâcheron italien ne l’embauche jamais. Pourquoi? Parce que ce tâcheron est un fasciste.

Nous sommes d’accord pour lutter contre le tâcheronnat. Mais ce qui est dangereux, c’est de dire qu’on veut limiter l’immigration de la main-d’œuvre; cela aboutit à limiter le nombre des ouvriers italiens, espagnols ou polonais qui entendent lutter consciemment pour l’égalité des salaires. C’est pour créer cette inégalité des salaires que le patronat fait venir des ouvriers étrangers. D’autre part, on a fait tuer tellement d’ouvriers français pendant la guerre qu’il faut bien les remplacer.

Mais, en 1892, lorsque Jules Guesde écrivait ses articles magnifiques dans l’Égalité, il mettait les ouvriers français en garde contre la situation créée par les ouvriers immigrés. La question était la même qu'aujourd'hui. En 1885 et en 1892, il y avait une main-d'œuvre française suffisante, mais le patronat faisait venir des ouvriers étrangers afin de faire baisser le salaire de l'ouvrier français.

Dans ces conditions, déclarer officiellement qu’il faut débaucher les ouvriers immigrés pour réduire cette main-d’œuvre à 10%, cela aboutit à faire chasser des usines l’ouvrier révolutionnaire, conscient, syndiqué, et à y laisser uniquement des fascistes, des jaunes, des gens qui travaillent à bas salaires et qui sabotent le travail des ouvriers français. Voilà le danger.

À la Chambre des députés, il y a trois jours, M. Reibel posait une question à M. Flandin, ministre des Finances, précisément au sujet de l’application du pourcentage de ces 10% à la main-d’œuvre étrangère. Il a été combattu par le ministre des Finances lui-même. M. Flandin disait: «Je ne peux accepter, Monsieur Reibel, cette résolution dans la forme où vous la présentez». Parbleu! parce que M. Flandin, ministre des Finances, sait que dans les mines du Nord il y a des quantités d’ouvriers polonais, travaillant à bas prix, groupés en organisations fascistes, dirigés par des curés polonais, et séparés du mouvement français. Peu importe au patronat que le mineur français ne mange pas, puisqu’il a le mineur polonais qui travaille à bas prix. Quand le ministre des Finances disait à M. Reibel: «Je ne peux pas vous suivre», il pensait à cela.

Voilà pourquoi je ne peux pas suivre non plus les conseillers qui ont apporté cette proposition.

Les crédits aux capitalistes

Je veux répondre à un autre argument qui a été formulé ici par M. Fiancette et par M. Louis Sellier. M. Fiancette nous a dit: «L’allocation chômage est improductive». (C’est exact.) «Alors donnez des subventions à la production». D’autre part, M. Louis Sellier a repris la même thèse sous la forme suivante: il faut mettre des crédits à la disposition des industriels et non des banquiers. M. Louis Sellier justifie sa thèse en parlant de la construction des maisons à bon marché. Il nous a dit: donnez des crédits aux entrepreneurs pour construire des maisons à bon marché.

Nous aussi, nous sommes partisans de la construction des maisons à bon marché, à condition qu’elles soient vraiment à bon marché et non pas comme celles que vous avez faites où aucun ouvrier ne peut aller habiter. (Protestations.)

Nous sommes partisans de la construction de véritables maisons à bon marché, mais nous ne comprenons pas la thèse de M. Louis Sellier qui consiste à donner des crédits aux entrepreneurs. Tout à l’heure, je dirai, au point de vue théorique, en parlant de la thèse de M. Fiancette, pourquoi nous ne pouvons pas l’admettre. On peut ne pas être d’accord….

M. Fiancette – Je suis sûr que vous ne pouvez pas admettre les thèses que je soutiens. Vous savez que nos doctrines sont si différentes!

M. André Marty – Nous vous dirons pourquoi. M. Fiancette disait tout à l’heure: «Je fais ici abstraction de toute doctrine politique». À ce moment, il émettait une idée que j’ai lue dans un article de M. Déat. Je ne lui reproche pas d’être d’accord avec M. Déat, puisque M. Déat est aussi du parti socialiste. Nous ne comprenons pas pourquoi M. Louis Sellier veut donner des crédits aux entrepreneurs.

M. Louis SellierC’est pour empêcher les travailleurs du bâtiment de crever de faim!

M. André Marty – Ce n’est pas suffisant. Il y a d’autres moyens. Il y a les Offices d’habitations à bon marché; ne peut-on leur avancer des fonds?

M. Louis Sellier Mais les entrepreneurs travaillent pour les Offices!

M. André Marty – Ce n’est pas du tout la même chose. Entre donner l’argent directement à des entrepreneurs et le donner à l’Office, il y a une différence, et c’est pourquoi nous faisons toutes réserves. Si M. Louis Sellier avait proposé d’ouvrir des crédits aux Offices dans la même forme qu’aux entrepreneurs, je dirais toujours non. Quant à faire démarrer la machine de l’économie bourgeoise et capitaliste, c’est bien difficile, elle tombe en morceaux. Aussi pensons nous qu’il ne s’agit plus de la faire démarrer, mais de donner un coup de pioche dedans pour achever de la faire tomber en miettes.

Je m’expliquerai là-dessus tout à l’heure. Je vais aborder la solution même si cela ne vous plait pas.

La canaille réactionnaire déchaînée contre Marty

M. Roéland – Vous n'avez pas de convictions. Vous devriez être en place de Grève et j'espère que vous y passerez un jour.

M. André Marty – Et j’espère moi que les ouvriers vous chasseront d’ici un jour.

M. Noël Pinelli – Taisez-vous, Monsieur Marty! Vous avez voulu empoisonner vos camarades. Vous êtes un criminel de droit commun.

M. André Marty. – Je comptais développer ici la question du chômage, mais il s’est produit un incident personnel. Et je dois répondre. L’évènement dont vous parlez a fait ici l’objet d’une discussion. Des conseillers étaient présents. Ils ont répondu, preuves en mains, sans distinction entre communistes et socialistes. Quelques-uns d’entre eux sont encore dans cette salle. J’affirme qu’ils ont eu les pièces en mains et ils savent que jamais Marty n’a proposé d’empoisonner des officiers. Je précise que j’étais chef mécanicien. En second lieu, il y avait là-bas bien des choses que vous cachez, et sur lesquelles je m’expliquerai peut-être un jour plus longuement!

Il y avait, par exemple, des ouvriers qu’on pendait dans les rues d’Odessa, par ordre de l’état major français: exemple, ces deux cheminots qui ont été pendus à la gare d’Odessa, sans rime ni raison, avec une pancarte sur la poitrine: «Avis aux bolcheviks!»

Il y a encore autre chose, la ville de Kherson qu’on a bombardée à coups de canon…. (Interruptions.) La ville de Kherson, bombardée à coups de canon: 300 femmes et enfants tués. Il y a également Odessa que j'ai vu bombarder. (Interruptions).

M. Charles des Isnards Vous avez été condamné!

Il fallait fusiller Marty!

M. André Marty.- J’en suis fier!

M. Charles des Isnards – Nous ne regrettons qu’une chose, c’est que vous n’ayez pas été fusillé! (bruits).

M. André Marty – Me fusiller! Ah! C’était trop difficile à ce moment là. Ceux qui auraient bien voulu le faire ont eu peur pour leur peau et c’est la raison pour laquelle on ne m’a pas fusillé! Ils ont craint la vague révolutionnaire. Et je conclus: il fallait pouvoir rendre aux capitalistes les actions des mines du Donets; il fallait pouvoir rendre aux exploiteurs français les millions qui étaient là-bas. Il fallait pouvoir leur rendre les puits de pétrole et les dividendes. (Bruits). C'est alors qu'on a vu, non pas Marty, mais des milliers et des milliers de soldats, de matelots et d'ouvriers dire «Tirer sur des ouvriers comme nous! Jamais! La révolte, l'insurrection, tout plutôt que cela». Recommencez demain et vous verrez ce qui se passera. (Vives interruptions).

M. André Marty – Je n'en ai plus que pour quelques minutes, et j'aurais déjà terminé depuis longtemps sans toutes ces interruptions. Je reviens à la solution que préconisait M. Fiancette. Allocations de chômage improductives, subventions aux producteurs.

Si vous parlez des petits artisans, des petits commerçants et des petits industriels, c’est une affaire entendue, mais j’avais précisément bâti ma réponse sur l’article de M. Déat, que vous n’avez pas lu, et qui s’est inspiré de vous. M. Déat va beaucoup plus loin! Le danger de votre thèse, c’est qu’elle risque de s’élargir et d’aboutir à ceci: aide au capitalisme, au lieu de l’aide aux ouvriers.

Or, quel est le but du capitalisme? C’est évidemment le profit, je n’ai pas la prétention de vous l’apprendre. En période de crise, le capitalisme cherche à conserver ses profits. Tant pis si la classe ouvrière paye! Et alors, l’aide au capitalisme, l’aide à l’industriel aboutit à lui conserver son profit. Vous me direz: mais l’ouvrier travaillera. Nous verrons. Il travaillera, mais partiellement et à quel salaire? Puisque maintenant l’attaque sur les salaires est générale. Le chômeur aura peut être du travail, mais il verra son salaire baisser.

Le développement de votre thèse aboutirait à assurer leur profit aux capitalistes sans que l’ouvrier soit assuré de conserver son salaire. Je ne reste pas sur ce terrain et je conclus. Quelles sont nos conclusions? Je vous les aurais déjà données depuis une demi-heure si je n’avais pas été interrompu sans cesse.

C’est d’abord un vœu que nous déposons sur le bureau du président. Nous communistes – parce que ce n’est pas André Marty qui parle en ce moment, il ne faut pas oublier que nous avons un million d’ouvriers qui on voté pou nous en 1928 – voici ce que nous proposons à l’assemblée.

Les propositions communistes

M. André Marty – Je lis ce projet de vœu pour ne pas prolonger le débat, et au surplus, parce que déjà notre camarade M Marane a développé au Conseil général, il y a quelques mois, nos principaux arguments:

«Le Conseil émet le vœu:

Que le Parlement examine et voie dans le plus bref délai, et en tout cas avant la fin décembre, les propositions de loi sur les assurances sociales déposées à la Chambre par la fraction communiste, instituant entre autres l’assurance chômage pour tous les chômeurs sans distinction de pays d’origine, assurance chômage dont les crédits seront constitués par des prélèvements sur le budget de la guerre, la marine militaire, l’aviation militaire, le ministère de l’Intérieur (sûreté générale);

Que le gouvernement dépose immédiatement un projet de loi instituant la journée de 7 heures et la semaine de 40 heures, étant bien entendu qu’aucune diminution de salaire hebdomadaire n’en devra résulter;

Que les allocations de chômage soient maintenues à tous les chômeurs sans limitation de durée;

Que ces allocations soient portées à un minimum de 20 francs par jour (il s’agit uniquement de Paris);

Que les chômeurs partiels reçoivent une allocation égale au salaire perdu;

Que tout chômeur soit exonéré du paiement de son loyer; (nous ne demandons par le moratorium mais l’exonération);

Qu’aucune expulsion de chômeur ne puisse avoir lieu;

Que sur présentation de sa carte de chômage tout chômeur ait droit au transport gratuit sur les lignes de la Société des transports en commun de la région parisienne et du Métropolitain»(Exclamations!)

Vous avez bien votre carte de transport gratuit, pourquoi les chômeurs n’y auraient-ils pas droit? Il y a des conseillers qui protestent ici contre ma proposition et qui, cependant, bénéficient de la gratuité des transports. Je demande pour nos camarades chômeurs le même bénéfice. Enfin, nous demandons que soit envisagé, sans délai, un grand programme de travaux portant sur la construction d’habitations ouvrières à bon marché, l’assainissement, la création d’écoles et de moyens de transport dans les quartiers ouvriers les plus populeux et les plus déshérités. Certains conseillers ont fait observer que ce projet était modéré. Ce n’est pas, en effet, la solution de la crise du chômage: c’est un tout petit remède pour essayer de diminuer un peu la misère ouvrière. Nous pensons d’ailleurs que, malgré son extrême modération, ce projet ne sera pas voté par cette Assemblée, pas plus qu’il n’a été pris en considération au Parlement, tant que l’ensemble des chômeurs et des ouvriers n’auront pas donné la mesure de leur puissance; tant qu’ils ne se seront pas groupés pour la lutte organisée, et qu’ils n’auront pas montré leur force dans la rue.

De même qu’en avril 1919 la loi de 8 heures a été votée en huit jours, sous la pression des ouvriers, il faut que nous obtenions, par l’action de la masse, les secours auxquels les chômeurs ont droit, parce qu’ils ne sont en rien responsables de la crise. Ils ont commencé le 12 novembre… Ils continueront. J’ai toujours été à la tête des ouvriers qui se battent, et tout le monde sait comment j’ai été traité le 31 mai au Mur des Fédérés.

Une voix – On vous a donné le fouet.

M. André Marty – Je ne me plains pas. Mais tout le monde sait que j’ai été attaqué et le médecin légiste a constaté que j’avais reçu 40 coups sur la tête. (Interruptions à droite).

C’est le fait d’ordres donnés. Nous discuterons cela quand vous voudrez. Mes camarades et moi nous sommes là où le devoir nous place. C’est une question que je ne permets à aucun d’entre vous de discuter. Je disais que la solution si modérée que je préconise, les chômeurs ne l’obtiendront que lorsqu’ils l’imposeront par la force, et c’est à l’action de masse que nous les appelons. Tout à l’heure, j’ai entendu M. Louis Sellier commencer son exposé en évoquant la misère des ouvriers du quartier de la Goutte d’Or. Je l’ai entendu dire: «J’ai lu attentivement tous les débats de la Chambre et je n’y ai trouvé d’indication d’aucune solution». Je lui fais tout d’abord remarquer que s’il a lu le discours que notre camarade Doriot a prononcé au nom de la fraction communiste, il a pu y trouver quelques solutions. Tout à l’heure M. Louis Sellier a dit: «C’est la voie qui mène de la gêne à la misère; c’est la voie vers la mort par inanition». la thèse présentée par M. Sellier est tout à fait claire. On pourra la relire et y réfléchir: c’est la thèse du désespoir. Aux ouvriers qui l’auraient entendu, il ne resterait plus qu’une chose que beaucoup font malheureusement; c’est d’aller se jeter dans la Seine.

La vraie solution

M. André Marty – Or, nous apportons la vraie solution, et non pas la solution du désespoir. Nous disons aux chômeurs les plus malheureux, à ceux qui meurent de faim «camarades, pas de désespoir. La solution, nous l’avons trouvée nous-mêmes.». Ce ne sont pas des paroles, ce sont des faits. Il existe un pays de 160 millions d’hommes, où il n’y a pas de chômage, depuis deux ans et demi. C’est un fait que personne ne peut discuter. Vous pourriez peut-être faire appel au témoignage de M. Albert Thomas, qui est membre du parti socialiste.

M. le Président – Monsieur Marty, bornons-nous à parler du chômage.

M. André Marty – C’est du chômage dont je parle. M. Louis Sellier a émis des opinions qui aboutissent au désespoir pour les chômeurs.

M. Louis Sellier – Ce n’est pas vrai, je ne vous permets pas de déformer la pensée que j’ai exprimée. J’ai conclu en disant qu’il fallait que la classe ouvrière fasse masse pour obtenir par la force ce que les gouvernants responsables ne leur accorderaient pas de bon gré. Qu’est-ce-que vous opposez à cela?

M. André Marty – Je vais vous le dire. J’ai apporté un programme de revendications qui n’est pas le mien, qui n’est même pas celui du Parti communiste, mais celui des comités de chômeurs de la région parisienne. Eh bien! Ce programme c’est l’action ouvrière qui l’arrachera. Mais ce n’est pas le seul remède à la crise, ce n’est qu’un moyen d’atténuer très légèrement la misère des ouvriers. À la différence de M. Louis Sellier, qui apporte la thèse du désespoir.

M. Louis Sellier – C’est faux.

M. André Marty – Vous viendrez le dire à la Goutte-d’Or, dans quelques jours.

M. Louis Sellier – Bien entendu, je ne me gênerai pas.

M. André Marty – Vous viendrez le dire à côté de moi.

M. Louis Sellier – Et je ne me gênerai pas pour parler à côté de vous, Monsieur Marty.

M. André Marty – De même que j’ai le droit de parler à côté de vous, Monsieur Sellier. Je dis que personne n’a apporté de solution définitive.

Une voix – Pas même vous!

M. André Marty – J’ai montré tout à l’heure combien la crise était profonde. J’ai montré comment, non pas seulement à notre avis, mais de l’avis même des économistes bourgeois, de l’avis de M. Billiet, dirigeant le journal l’Avenir, du Comité des Forges, nous ne sommes qu'au commencement de la crise. J'ai montré comment la crise allait s'approfondir, et nous devons constater, malheureusement, que, maintenant, la crise est chronique, que maintenant la France est, elle aussi, entrée dans la période du chômage permanent. Nous voulons, nous, apporter aux ouvriers une solution qui ne soit pas la solution du désespoir. Nous leur disons: Regardez! Voilà un pays de 160 millions d'habitants où il n'y a plus de chômeurs depuis deux ans et demi, où le chômage est liquidé, complètement enterré. (Dénégations). Oui, ce n'est pas moi qui l'ai dit. Il est venu, là-bas, des délégations ouvrières. des délégations allemandes, en grande majorité socialistes; des délégations espagnoles, comprenant seulement 1% de communistes. Et il n'est pas venu que des délégations ouvrières; il est venu un socialiste, membre de la 2ème Internationale, qui s'appelle Bernard Shaw; il est venu même des économistes bourgeois. Et tout ceux qui ont eu devant leurs yeux l'Union des Soviets, ce pays en pleine transformation, hésitent et disent eux-mêmes: «Nous sommes perdus, parce qu’on peut de moins en moins cacher aux ouvriers que là-bas le chômage est liquidé».

Je disais qu’il y a là-bas un pays qui a fait disparaitre le chômage, où l’ouvrier travaille sept heures.

M. Le Provost de Launay – Restez-y donc.

M. Roéland – Allons-y!

M. André Marty – Pas vous! Il y a une corde pour vous. Les ouvriers, oui, mais pas les gens de votre espèce. (Bruit).

M. Roéland – Puisque c'est le paradis, et qu'il y a ici des ouvriers qui crèvent de faim, emmenez-les donc là-bas.

M. André Marty – Là-bas, il y a les ouvriers qui travaillent sept heures, qui dans l'immense majorité des usines, travaillent quatre jours et se reposent le cinquième. Il y a un essor inouï du bien-être de la classe ouvrière, un essor culturel inouï. (Rires et exclamations). Il y a l’ouvrier qui n’est plus un esclave comme ici, l’ouvrier qui devient un intellectuel, la classe ouvrière qui a entre les mains tous les moyens de production et d’échange.

M. Le Provost de Launay – Vous vous moquez de nous avec vos boniments.

M. André Marty – Ah! vous avez peur que je dise cela; vous craignez que cela passe par-dessous les murs.

M.de Fontenay – Ce n'est pas la question.

M. André Marty – Mais ce n’est pas nous qui disons cela, ce sont des ouvriers socialistes qui sont venus là-bas, des membres de la 2ème Internationale, et même des ingénieurs qui n'ont rien de communiste, ni rien de socialiste, qui disent: «C'est un monde nouveau qui naît». Il y a aussi ce que j'ai vu de mes yeux: une usine qui, en décembre 1924, comptait 800 ouvriers, qui en compte aujourd'hui 10.000, qui en comptera 15.000 dans un an; des régions où il n'y avait rien que la steppe, où il y a pour eux des maisons, des maisons modernes, propres, confortables. Là-bas, on a résolu la crise par le seul moyen possible. Pour résoudre la crise, oui, les chômeurs doivent lutter; mais ils ne doivent jamais perdre de vue que cette crise, c'est le régime capitaliste qui chaque jour l'aggrave. Il n'y a donc qu'une solution: c'est la lutte révolutionnaire, le renversement de la bourgeoisie, la dictature du prolétariat et les Soviets.

Après les réactionnaires  de droite les réactionnaires de gauche.

Les pupistes à la  rescousse de la bourgeoisie

 
Au début de la séance du 11 décembre, Castellaz intervient sur le procès-verbal, en particulier sur l’intervention de notre camarade Marty, qui l’avait mis en cause à propos des ouvriers immigrés. Il s’attire de la part de notre camarade la réponse cinglante suivante:

M. André Marty – Et maintenant, j’en reviens à la leçon que M. Castellaz prétend que j’ai voulu lui donner. Oh! je ne suis pas grand professeur et je ne me pose pas en donneur de leçons. Je précise ceci: M. Castellaz a cité textuellement ce qui figurait au Bulletin Officiel au sujet des ouvriers immigrés. J'ai déclaré devant cette Assemblée, au nom de mon parti communiste, que nous combattons vigoureusement toute mesure contre eux. Une confusion s'est produite à propos des paroles prononcées par M. le Préfet de Police. Lorsque M. Salom a soulevé la question, j'ai précisé et j'ai rectifié sur ce dernier point.

En ce qui concerne la première affirmation de M. Castellaz, celle dans laquelle il demande qu’on réglemente ce qu’il appelle la main-d’œuvre étrangère, et que nous appelons, nous, les ouvriers immigrés, je maintiens exactement ce que j’ai dit. J’ajoute une chose. M. Castellaz déclare que je l’ai mis seul en cause. Au cours du débat, j’ai été si souvent interrompu qu’il m’était assez difficile d’en refaire la synthèse. Mais il y a une chose précise. C’est que son collègue qui a soulevé la question, M. Salom, a dit, mercredi 9 décembre:

«Nous ne sommes pas partisans de refouler en bloc tous les ouvriers étrangers; mais s’il y a une loi, nous voudrions qu’elle fût appliquée, lorsqu’elle est à l’avantage des travailleurs. Nous rappelons à M. le Préfet de Police ses promesses, en lui demandant de bien vouloir appliquer intégralement, dans tous les chantiers qui travaillent, soit pour le département, soit pour la ville de Paris, le décret de 1818, et faire en sorte que les entrepreneurs ne profitent pas du malaise, qui s’aggrave tous les jours.»

Et M. Le Provost de Launay ajoutait: «Vous voyez bien que les lois bourgeoises ont quelquefois du bon, puisque vous en demandez l’application».

Je précise, pour M. Castellaz, que ce n’est pas moi qui ai voulu lui donner une leçon: c’est un homme que tous les ouvriers vénèrent et qui, parlant des ouvriers immigrés s’exprimait ainsi: «Il ne s’est jamais agi de proscrire qui que ce soit. Jamais les «ouvriers socialistes» n’ont demandé le renvoi des frères de travail, jetés par la misère hors de leur pays, ou leur taxation à l’entrée du territoire. Ils ne demandent même pas que, dans les travaux de la Ville ou de l’État le nombre en soit limité, ainsi que l’ont proposé les Dreyfus du Conseil Municipal.»

Il s’agissait des radicaux de l’époque. (Interruptions).

«Ce qu’ils veulent, c’est qu’ils se tuent à réclamer, ce que les sous-Fouquier trouveront inscrit dans tous nos programmes électoraux, depuis 1880, c’est un tarif de la main-d’œuvre au-dessous duquel il soit interdit de faire travailler, protecteur, par suite – et non oppresseur – des ouvriers étrangers, dont l’isolement et la faiblesse ne pourraient plus être exploités par ‘le patriotisme’ de nos employeurs pour affamer leurs compatriotes».

«Ce qu’ils réclament encore, c’est l’abrogation de la loi du 3 décembre 1849, qui, en tenant leurs camarades étrangers sous le coup d’une expulsion administrative, les transforme malgré eux en instruments dociles – et préférés – des patrons».

L’homme qui écrivait cela, et qui donne une belle leçon à M. Castellaz, - je ne voudrais pas dire à tous les membres de l’Assemblée, mais, tout au moins, aux membres socialistes – publiait ces paroles dans le Cri du Peuple, le 28 avril 1885, et s'appelait Jules Guesde. Cela me suffit. (Applaudissements dans les tribunes du public).

M. Charles des Isnards – Je demande à M. le Président de faire évacuer les tribunes.

M. le Président – Je prie les personnes qui occupent les tribunes de garder le silence. Je les avertis que si une nouvelle manifestation de ce genre se produit, j’ordonnerai l’évacuation immédiate.

La parole est à M. Louis Sellier.

Le chef de la fraction pupiste à l’Hôtel de Ville, Louis Sellier est ensuite intervenu, lui aussi, à propos du procès-verbal. Il en a profité pour déverser sur notre Parti et sur notre camarade Marty les pires canailleries. Il nous est impossible ici de reproduire ces ordures. On en saura la mesure en lisant la conclusion de l’intervention de Sellier, qui est celle-ci:«………Et voici l’étiquette que je place au veston de M. Marty 1931, la seule qu’il mérite: M. André Marty n’est qu’un salaud!» (Applaudis-sements -à gauche).

Voici la réponse de notre camarade Marty:

M. André Marty – Tout d’abord, je tiens à protester contre le fait que, tout à l’heure, M. Louis Sellier a pu, pendant vingt minutes d’horloge, me traiter dans la boue, alors qu’on ne me donne que cinq minutes pour répondre. Mon intervention de l’autre jour a été celle du Parti communiste et non pas celle de M. Marty. Il faut croire qu’elle a touché juste M. Louis Sellier, entre autres, pour qu’il se soit mis si fort en colère et qu’il n’ait trouvé, pour me répondre, que des attaques personnelles.

Il a dit qu’il voulait faire une brochure. À son aise! Il en a déjà fait une et les ouvriers l’ont jugée. Qu’il en fasse une seconde et ils la jugeront également. Nous irons devant eux en bonne compagnie. On m’a accordé cinq minutes et j’entends en user. Je n’ai pas interrompu M. Louis Sellier…….

L’autre jour, un de vos collègues nous a dit… (Bruits).

L’autre jour c’était la droite qui m’empêchait de parler et aujourd’hui, c’est la gauche.

Tout ce qu’a avancé ici M. Louis Sellier est un tissu d’infamies. Lorsque M. Louis Sellier en vient à dire que j’ai demandé à quitter la Santé parce que les camarades emprisonnés avec moi me gênaient, ce sont eux qui répondront et non pas moi; ils pourront dire que j’ai toujours été à leurs côtés et comment nous avons lutté ensemble, à la Santé et à Clairvaux pendant les sept ans et demi de prison que j'ai faits. M. Louis Sellier est venu dire: «Nous avons fait campagne pour l'amnistie sous le nom de Marty pour tirer de prison ceux qui étaient derrière lui»; il a oublié de dire dans quel esprit il a fait son intervention. J'aperçois ici M. Garchery, qui dira si c'est vrai.

En effet quand on a fait sortir de prison en juillet 1922 tous les mutins de la mer Noire, M. Louis Sellier oublie de dire qu’il n’y en a eu qu’un d’exclu de l’amnistie: celui-là, c’était moi. Je ne suis sorti qu’un an après. Je constate que les faits, pour montrer comment M. Louis Sellier raconte l’histoire. D’autre part, tout le monde sait, en France, que, quand le parti communiste a commencé sa campagne, en 1921, sous l’impulsion de camarades qui avaient lutté à côté de nous, il y avait déjà dix huit mois que le Comité de défense des marins avait engagé la campagne, malgré tout le monde, en particulier contre la volonté du parti qui, à ce moment, ne voulait pas s’engager parce qu’il avait à sa tête M. Frossard et M. Louis Sellier, qui résistaient. Mais quand la volonté de la masse a été assez forte, tout le monde s’y est mis.

M. Louis Sellier raconte qu’il a été expulsé trois fois de la salle des séances; mais je connais, moi, des camarades ouvriers qui n’ont pas été expulsés, mais qui ont été assommés à coups de trique dans la rue pour avoir manifesté en faveur de notre libération. Oui, nous reprendrons cette histoire, nous n’en n’avons nullement peur. M. Louis Sellier a essayé, ici, de semer la division entre Marty et son parti. Cela est impossible. Lorsque les pupistes actuels ont commis un acte grave contre la discipline de notre parti, je savais que, parmi eux, il y avait des camarades qui pouvaient encore, pendant quelque temps, lutter parmi nous. Trois jours après cet acte d’indiscipline, après un acte tel que chez nous on n’en tolère pas, car on ne veut pas que les élus soient les maîtres du parti; on veut, au contraire, que la discipline du parti soit établie par tous les militants et suivie par tous les militants….(Interruptions).

J’attendrai le calme.

Lorsque ces Messieurs ont commis dans notre parti leur acte d’indiscipline, j’ai pensé qu’il était peut-être possible d’en retenir quelques-uns et, à ce moment, trois jours après leur premier acte, et bien que je fusse à la Santé, j’ai réussi, malgré les risques que comportait cette attitude, à faire insérer en la transmettant par un avocat, une déclaration dans l’Humanité. Dans cette déclaration, je disais textuellement ceci: quelle que puisse être l'amitié qui me lie à certains des élus de l'Hôtel de Ville, du moment qu'ils se dressent contre la discipline du parti, du moment qu'ils se dressent contre notre Internationale communiste, ces liens d'amitié n'existent pas. Cela a été écrit dans l'Humanité pendant que j'étais en prison. C'est après la date à laquelle j'avais écrit cela à leur propos, que ces Messieurs écrivaient encore que Marty était au-dessus des autres, que Marty ne pouvait pas être attaqué. Mais si j'écrivais cela, trois jours après leur acte d'indiscipline, c'était d'abord parce que je le pensais et, ensuite, parce que j'espérais que, parmi eux, quelques-uns ne se laisseraient par entraîner dans la voie qu'ils ont prise et qui les a conduits là où ils sont aujourd'hui.

C’est également pour cela que j’écrivais ce que j’ai dit dans cet article et M. Louis Sellier n’a pas à s’en étonner. J’ai donné là le point de vue du parti communiste, et ce qui était vrai quand j’étais en prison, il y a deux ans, est encore vrai aujourd’hui. J’ai écrit: quels que soient les liens d’amitié qui me lient à un homme, quand cet homme se dresse contre notre parti, contre sa discipline, quand il se dresse contre le prolétariat révolutionnaire, je n’ai plus rien à faire avec lui. Je suis même allé plus loin. J’ai, dans ma famille, des gens qui me touchaient de très près. Du jour où ils ont abandonné l’action révolutionnaire, ils n’ont plus été de mes parents, j’ai rompu avec eux. C’est là la règle même de notre parti, et M. Louis Sellier n’a pas à s’étonner qu’à cette tribune, je défende le point de vue du parti communiste. Tout à l'heure, l'un de vous, à chaque minute, me criait: «lâche». Je ferai simplement remarquer que je suis aujourd'hui tout seul dans cette Assemblée. Peut-être tout à l'heure pourrez-vous m'assommer. (Exclamations).

Peu importe, cela ne m’effraie pas.

Aujourd’hui, si M. Joly m’a traité de lâche à chaque minute, c’était certainement dans l’espoir de déclencher la bagarre. Vainement. Ce que j’ai dit, je le maintiens. Nous mènerons la lutte en dehors de cette Assemblée. Nous n’accepterons rien de ce qu’a dit M. Louis Sellier.

M. Louis Sellier a parlé pendant vingt minutes, il m’en faudrait autant pour lui répondre. Mais l’affaire n’est pas finie. Nous nous retrouverons. M. Louis Sellier a déclaré aussi – et c’était une véritable infamie- que notre parti communiste, notre Internationale communiste avaient livré à la police des militants du parti italien.

M. Salom – C'est prouvé.

M. André Marty – Je vous mets au défi de le prouver. Tout le monde sait que le parti italien doit résister ici, dans ce pays, non seulement à l'attaque de la police française, mais aussi à celle des fascistes. Tout le monde sait que, de temps à autre, il se glisse des fascistes parmi nos camarades italiens, qui vivent dans des conditions terribles, et chassent ces fascistes de leurs rangs. Or, c'est quelques-uns de ceux-là que M. Louis Sellier a pris pour des militants du parti communiste italien. Il a, par infamie, accusé notre parti communiste, dont les adhérents meurent tous les jours par centaines et par milliers dans les prisons et sous les balles, en particulier sous les balles du préfet de police socialiste de Berlin. Il ose nous accuser ainsi. Nous nous en expliquerons longuement devant la classe ouvrière. M. Louis Sellier a prétendu également que je falsifiais l'histoire. Je vais lui répondre en laissant de côté M. Salom, auquel j'ai répondu par avance. M. Salom a lu un article en disant que j'avais défendu ici les tâcherons italiens. Jamais je ne l'ai fait. Je l'ai dit ici, ces lâcherons italiens sont des fascistes et, ceux là, jamais la police ne les expulsera. Ceux que j'ai défendus ici, ce sont les ouvriers italiens et espagnols. Ceux-là, nous les défendrons jusqu'au bout, alors que vous, vous demandez la limitation de la main-d'œuvre étrangère.

M. Sellier prétend que j’ai falsifié l’histoire. Il est commode de faire dévier le débat sur le terrain personnel. Il me serait d’ailleurs facile de répondre en me plaçant sur le même terrain, ce que je ferai une autre fois. En ce moment, le débat est purement politique. M. Sellier a lu une partie de mon intervention. Il n’a pas lu la sienne, que l’Humanité a incriminée. Membre de la direction du parti communiste, je suis entièrement solidaire avec elle, malgré les tentatives de M. Sellier, et je déclare que je prends la responsabilité, comme tous les membres du parti communiste, de tout ce que publie l’Humanité.

M. Sellier a oublié de lire au Conseil ce qu’il disait l’autre jour à cette tribune: «l’État devrait d’abord mettre à la disposition des industries françaises, et surtout des moyennes et des petites industries, les crédit qui leur font défaut». C’est cela que nous avons critiqué.

M. Henri Schnitzer – Puisque vous parlez des petits industriels et des petits commerçants, dites-nous donc le régime que vous leur appliquez en Russie.

M. André Marty – Ne faites pas dévier le débat; je discute avec M. Sellier. Vraiment, je ne sais s’il a adhéré au parti socialiste; en tout cas, il semble bien près d’y adhérer. Je disais que M. Sellier, qui m’accuse de falsifier l’histoire, a oublié de rappeler la phrase qu’il prononçait récemment devant le Conseil. Il demandait qu’on donnât des crédits aux industries françaises. Or si dans l’industrie française il y a le petit artisan de Belleville dont nous sommes les amis, il y a aussi Citroën, Renault, Schneider. C’est à ces gens-là que vous voulez avancer des crédits!

M. Louis Sellier – Ce n'est pas vrai!

M. André Marty – Je vais relire les phrases de M. Louis Sellier, un peu plus loin, pour préciser sa pensée! «Lorsque nous aurons pris cette décision, croyez-vous que les entrepreneurs auxquels vous allez donner le mandat ferme de déclencher à plein leurs constructions sont à même de le faire?» L’autre jour, j’ai polémiqué avec M. Louis Sellier sur la proposition tendant à accorder des avances aux entrepreneurs. Je lui disais que jamais on ne doit offrir d’avances à un entrepreneur. J’en ai fait alors la démonstration et je ne veux pas revenir sur cette thèse et établir une fois de plus qu’une pareille proposition est antimarxiste, contraire aux intérêts de la classe ouvrière. Nous reprendrons cette démonstration devant des auditoires ouvriers.

M. Louis Sellier – Ce que vous voulez, c'est que les travailleurs du bâtiment continuent à «crever» de faim pour fournir des adhérents au parti communiste.

M. André Marty – Conservez votre calme!

M. Louis Sellier –Je suis calme.

M. André Marty – Il faut croire que vous êtes bien touché pour que vous interrompiez ainsi. Cela vous ennuie que nous défendions M. Cachin que vous traînez dans la boue! Après lui, c'est moi, mais cela ne nous gêne pas! C'est un honneur d'être traîné dans la boue par vous.

En terminant, je répète, une fois de plus que vous, Monsieur Louis Sellier, vous avez fait ici la proposition d’avancer de l’argent aux industriels français plutôt qu’aux chômeurs. De cela, les ouvriers se souviendront.

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[Source: Brochure du PCF, 1931]


FSM—France

Fédération syndicale mondiale

Solidarité avec la lutte des travailleurs français
Coordination de tous les travailleurs en Europe

Le capitalisme a pourri! Il a vieilli!

Athènes, le 23.10.2010: - La Fédération syndicale mondiale, fondée à Paris en octobre 1945, a mené un parcours historique de soixante cinq ans caractérisé par des luttes de classe significatives. Elle a toujours été aux côtés du mouvement ouvrier et des droits ouvriers, partout dans le monde, contre l'exploitation et l'impérialisme. Aujourd'hui, en représentant quatre vingt millions de travailleurs de plus de cent vingt pays, elle salue la lutte grandiose des travailleurs, des jeunes travailleurs, des lycéens en France, qui se renforce jour après jour, et elle exprime sa solidarité internationaliste et profonde avec cette lutte. La FSM soutient les revendications des manifestants dans les rues de la France.

Le mouvement ouvrier en France, les travailleurs, les jeunes, les licenciés récents, les milliers de chômeurs qui manifestent en masse dans les rues à l'encontre du projet de loi anti-retraite du gouvernement, ont à leur côté des centaines de millions de travailleurs du monde entier qui, avec l'internationalisme prolétarien, sont solidaires et espèrent le renforcement de la lutte et l'approfondissement de son caractère de classe.

La classe ouvrière française a une histoire de luttes profondes et glorieuses et ces luttes doivent être les guides pour l'avenir. Le passé récent a démontré que les luttes à caractère de classe, massives et coordonnées peuvent avoir des résultats notables, elles peuvent ajourner les mesures antipopulaires, elles peuvent bloquer la politique antipopulaire:

En 1995, Jacques Chirac a été forcé de retirer une série de réformes qui font partie du cadre européen de Maastricht (notamment sur la Sécurité Sociale).

En 2006, Dominique de Villepin a été obligé de retirer le projet de loi de «Contrat première embauche» qui prévoyait la précarité de l’emploi et des relations de travail pour les jeunes travailleurs.

En 2005, lors du référendum pour la Constitution européenne, les simples citoyens et la base du mouvement syndical ont dépassés les obstacles que mettaient les directions syndicales.

Les travailleurs du monde tournent leurs yeux vers les grèves et les manifestations actuelles en France, massives et grandioses. Les travailleurs ne doivent en aucune manière craindre les actions des médias et du gouvernement qui veulent intimider et effrayer les luttes. L'image d'un pays dont le peuple ne baisse pas la tête, gêne seulement ceux qui veulent que les travailleurs soient opprimés. Cette image est pour les autres peuples un message d'optimisme et d'espoir qui signale que cette politique peut être renversée et qu’elle va être renversée.

Cette lutte porte des enseignements pour la classe ouvrière mondiale puisque la politique appliquée par le gouvernement de Sarkozy et les mesures contre les systèmes de retraite et de Sécurité sociale se retrouvent dans de nombreux pays.

Les partis, néolibéraux et sociaux-démocrates, avec le capital international, forment au travers des institutions impérialistes, comme l'Union européenne et les états-Unis, des mesures de gouvernement avec une stratégie commune. Ces mesures servent exclusivement la rentabilité des multinationales et des capitalistes et se tournent contre les intérêts des travailleurs et notamment des jeunes et des femmes. Toutes les fois que les travailleurs sont confrontés au dilemme «néolibéralisme ou social-démocratie», ils ne se sont pas trouvés dans une situation caractérisée par le «moindre mal» mais ils se sont trouvés avoir une défense affaiblie qui est suivie d’une plus grande agression antipopulaire.

Les réformes - les politiques antipopulaires approuvées et appliquées en commun par les gouvernements en Europe, en France, en Grande Bretagne, en Grèce, en Roumanie, en Allemagne, en Italie etc. ont toujours comme objectif central la réduction du prix de travail. C’est une obligation posée par la compétition internationale entre les centres de l’impérialisme: ils réduisent les salaires, ils augmentent l'âge de la retraite, ils diminuent les pensions, ils réduisent des droits de la santé, ils privatisent le système de l'éducation et de la santé, ils essaient de supprimer la sécurité sociale. Le patronat se dispense de la plupart de ses engagements et les travailleurs travaillent plus dur, ils reçoivent moins, ils paient plus pour la reproduction de leur force de travail, pour leur survie, pour l'éducation de leurs enfants.

Pour l'application de ces politiques, les gouvernements cherchent des alliés. Leurs alliés les plus utiles sont ceux qui peuvent convaincre les travailleurs, la force motrice de la société. Ainsi, les meilleurs assistants des gouvernements sont les directions du mouvement syndical qui servent les intérêts des gouvernements et des patrons et qui constituent ainsi un grand danger pour les travailleurs. Bien des fois, ils s’adressent aux travailleurs en utilisant un discours militant et sympathique mais ils conduisent la lutte des travailleurs de manière à ne pas empêcher de fait l'objectif final de la politique anti populaire. Ils exigent des compromis, des réformes, de telles directions syndicales cosignent souvent via le «dialogue» les mesures anti populaires, ils collaborent avec le FMI et la Banque mondiale.

Ces syndicats patronaux, bureaucratiques et compromis, ont aussi établi leur organisme international, la Confédération syndicale internationale. La CSI prétend parler au nom des travailleurs mais elle a de l'animosité contre les travailleurs et leurs intérêts véritables. Elle discute et s'entend avec le FMI et la Banque Mondiale, elle corrompt les consciences et elle tient le mouvement ouvrier enchaîné aux chimères, aux actions menées dans l’impasse, à la collaboration de classe. Elle fait la lutte pour la survie du système capitaliste, un système pourri et vieilli.

Le mouvement ouvrier n'a jamais rien gagné sans la lutte. Les droits ne sont pas offerts. Les travailleurs les ont payés de leur sang et ils les ont acquis par des grèves dures contre le patronat et ses gouvernements. Cependant, les conquêtes du mouvement ouvrier sont toujours sous la menace. Les capitalistes veulent sans cesse supprimer des droits. Ainsi, le mouvement ouvrier doit former les demandes qui tiennent compte de cette situation. La meilleure défense est l'attaque.

Les revendications de chaque lutte indiquent la dynamique de la lutte, son orientation de classe, sa perspective. Les travailleurs dans les conditions actuelles du progrès technologique et de la fabuleuse richesse accumulée, ne peuvent qu’exiger la couverture absolue de leurs besoins modernes. Rien de moins. Ils doivent exiger: le travail stable, les salaires conformes aux besoins, la gratuité et la qualité de la santé, de l'éducation, de la sécurité sociale, des pratiques sportives et culturelles, des loisirs qui soient gratuits et publics. Le mouvement ouvrier conscient doit être constamment contre les projets de l’impérialisme, contre les organismes et les mécanismes impérialistes.

Les travailleurs ont des intérêts communs sans distinction de nationalité, de couleur, de race, de genre. Ils sont des frères, ils doivent lutter ensemble, être camarades et solidaires.

L'agression récente du gouvernement Sarkozy contre les Roms témoigne qu'une attaque contre une partie des pauvres et des couches populaires signale une attaque globale plus dure contre toute la classe populaire. Ce sont les immigrants qui constituent la partie la plus vulnérable et la plus exploitée de la classe ouvrière de tous les pays. Mais ils restent toujours une partie de la classe ouvrière. Les travailleurs ont un intérêt unique contre les divisions: l'unité de leur classe et la lutte commune contre l'origine commune des problèmes, contre l'exploitation et l'impérialisme.

Nous apportons nos salutations militantes à vos luttes et nous vous confirmons que le mouvement syndical mondial qui appartient à la famille de la FSM va analyser et discuter au 16ème Congrès syndical mondial, qui se tiendra du 6 au 10 avril 2011 à Athènes, les conclusions des luttes militantes partout dans le monde.

Vive l'internationalisme prolétarien!

Vive la classe ouvrière de la France!

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[http://www.wftucentral.org/?language=fr]

[édité par Alexandre MOUMBARIS]


Syndicalisme

La Confédération syndicale internationale cache son visage et son objectif

«Fonctionnaires du FMI»

Le 2ème Congrès de la Confédération syndicale internationale - CSI a eu lieu du 21 au 25 Juin 2010 à Vancouver, Canada, avec la participation de 692 délégués. Certains se sont demandés:

Pourquoi les dirigeants de la CSI ont-ils choisi Vancouver, probablement la ville la plus chère du monde? Pourquoi ont-ils choisi le Canada, un pays sans luttes syndicales ni mouvement syndical de classe? Voulaient-ils vraiment un Congrès de bureaucrates loin des travailleurs? Voulaient-ils un Congrès ouvrier ou du tourisme syndical? Comment se fait-il que le même jour, dans la même ville et en même temps le G20, l'outil capitaliste dominant, tenait sa réunion?

Que signifie le mot d'ordre central du Congrès «Maintenant les peuples»? C'est que maintenant les peuples doivent s'enrichir ou être pauvres? Que maintenant ils doivent payer la crise ou profiter de la crise? La direction de la CSI se cache derrière des mots vagues, des généralités. Chacun peut faire l'interprétation qu’il veut, parce que la direction de la CSI croit que les idéologies c’est fini! Que signifie «justice globale»? RIEN.

Du point de vue social et de classe, qu’est-ce qu’on entend par PEUPLE? Quand on parle du peuple Allemand par exemple, qu’est-ce qu’on comprend? Tous les Allemands, les pauvres, les riches, les indépendants, les sans-abri, les travailleurs, les chômeurs, etc. Tous. Ainsi, la généralisation «Maintenant les peuples» ne dit rien de précis. C’est tous ensemble, les travailleurs et les capitalistes. C’est autre chose quand on dit: «Vive la lutte du peuple espagnol contre le FMI». Ce qu’on veut dire est clair. Encore une fois, donc, la CSI cache son visage. Pourquoi?

L'ouverture officielle du Congrès a été faite par le Président du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, bourreau des droits des travailleurs en Argentine, en Irlande, en Hongrie, en Roumanie, en Grèce,... partout. Avec le Président social-démocrate du FMI le Premier ministre social-démocrate grec, né, élevé et éduqué aux états-Unis, qui a supprimé les droits des travailleurs grecs et qui a mis en esclavage son pays pour les 50 prochaines années. Sont intervenus aussi Pascal Lamy, le directeur-général de l'OMC et le bien-connu ancien Premier ministre du Danemark, l'initiateur de la flexisécurité et maintenant président du «Forum mondial réformateur»!!! Aucun participant n’avait le droit de répondre à tous leurs monologues. Voilà leur démocratie ... le monologue.

Pourquoi n’y avait-il pas d’élections pour élire les dirigeants? Qui a décidé à l'avance? Où ont-été prises les décisions? Quels ministères des Affaires étrangères ont réglé toutes ces questions? L'indignation des participants au Congrès a été très grande, il était à nouveau clair que la stratégie et la tactique de la CSI sont décidées par les états-Unis, le Japon, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, Israël. Les autres sont là pour la photo, pour avoir un salaire, pour demander un poste de travail, comme le Palestinien qui demanda sa nomination à un poste de Vice-président, comme la nomination promise après le Congrès d’un Secrétaire-adjoint de COSATU, comme le syndicaliste du Népal qui mendia un poste de direction etc. Ils savent tous qu’ils n’ont aucun pouvoir sur la politique et la direction de la CSI. C’est certain. À quel poste va maintenant être nommé l'ancien Secrétaire général de la CSI-CISL? Suivra-t-il l'ancien président de la CISL, Monsieur L. Trotman, qui maintenant codirige l'Organisation internationale du travail? Quels sont les salaires qu’ils reçoivent de l'OIT?

Pourquoi ont-ils refusé la demande de l'Afrique du Sud de voter une résolution en faveur des Palestiniens? C’était seulement une réprimande à l’égard de l’Afrique du Sud? NON. Lorsque la CSI dit aux «Palestiniens et Israéliens de vivre ensemble» c’est intelligent. C’est ce que le Président Obama et l’UE demandent aussi: qu’ils vivent ensemble dans le même état qui possédera une armée israélienne, une frontière israélienne, une l'économie israélienne, avec seulement 2-3 cantons palestiniens entourés par les troupes israéliennes. Voilà les positions de la CSI et les positions du vice-président de la CSI M. Ofer Eini qui est un dirigeant important en Israël. Mais le peuple Palestinien lutte pour son propre état indépendant, avec ses propres frontières avec sa capitale, sa propre économie, avec son propre gouvernement. Et pourquoi ont-ils refusé une décision sur le Sahara occidental?

Les positions de la CSI sur les privatisations, l'économie de marché, les relations de travail, la santé, l'éducation, le rôle des organisations internationales, sont les mêmes que les positions du G20, de la Commission européenne de l'UE, du FMI. Ceux ci veulent un «capitalisme avec un visage humain». Mais le capitalisme par nature est impitoyable et brutal vis-à-vis de la classe ouvrière. La CSI considère les multinationales et le capital comme ses partenaires pour les changements sociaux, ce qui reflète son caractère et ses objectifs. Les débats sur les décisions finales ont été profondément antidémocratiques. La démocratie et le débat de fond brillent par leur absence.

Toute cette situation montre que les théories vendues pendant des années par les dirigeants des Commissions ouvrières en Espagne, la CGT en France, la CUT au Brésil, la CGIL en Italie et tous les pays scandinaves qui parlent de «changement de l'intérieur de la CISL(CSI)» ne sont que de la rhétorique et de l'hypocrisie. Ce n’est pas la CSI qui a changé, mais ce sont eux qui ont changé et maintenant, ces dirigeants sont des partenaires du système capitaliste et des ennemis de la classe ouvrière. Telle est la vérité et ils devraient se demander qui a changé. Certains d'entre eux maintenant afin de cacher leurs propres responsabilités proposent que la FSM et la CSI fusionnent. Ces gens ne sont pas sérieux, ils ne veulent pas faire une analyse théorique pour voir que la FSM et la CSI ont deux points de vue complètement opposés du mouvement syndical. La FSM lutte contre le capitalisme alors que la CSI lutte pour le capitalisme. Alors pourquoi se rejoindre? Ceux qui défendent de telles idées sont dépourvus de compétences idéologiques ou cachent leurs propres responsabilités. Il leur manque l'analyse marxiste des classes sociales.

Conclusion: La CSI n'est pas une organisation syndicale ouvrière. C’est un rouage puissant du système capitaliste international. Cela est démontré par ses positions pro-capitalistes, ses pratiques, son anticommunisme et la haine de sa direction contre Cuba, le Venezuela, le socialisme, comme le démontre son rôle antidémocratique dans l'OIT.

Par conséquent il n’y a pas moyen de se le cacher. Nous sommes tous au courant, nous nous en rendons compte; c’est pourquoi que chacun prenne conscience de ses responsabilités.

20 octobre 2010


QUIM BOIX y LLUCH

vétéran syndicaliste espagnol


Roumanie

Les Roumains disent que le communisme

était mieux que le capitalisme

Selon un récent sondage effectué en Roumanie, une grande majorité de ceux qui ont été interrogés ont déclaré que la vie était meilleure quand le Parti communiste était au pouvoir, que ce qu’elle est maintenant sous le régime capitaliste. La plupart des personnes interrogées avaient une opinion favorable à l’égard du communisme dans le principe, 60% disant que c’était une «bonne idée». Les enquêteurs ont constaté que depuis le dernier sondage, il y a quatre ans, la sympathie allant aux idées communistes avait progressé de manière significative.

Conduite en août et en septembre de cette année par l’institut de sondage CSOP, cette enquête a constaté que plus de 49% des personnes interrogées convenaient que la vie sous le régime communiste de Nicolae Ceausescu était meilleure, alors que 23% estimaient que la vie était meilleure aujourd’hui. Les autres personnes ont donné une réponse neutre ou répondu «je ne sais pas».

Les raisons invoquées par les participants qui ont donné des évaluations positives de la période communiste étaient principalement économiques, citant la disponibilité d’emplois 62%, les conditions de vie 26%, les logements pour tous 19%.

Cette enquête avait été commandée par le l’organisation IICMER (Institut pour l’investigation des crimes du communisme et la Mémoire de l’exil roumain) et financée par le gouvernement afin de l’aider dans son travail «d’éducation» de la population sur la nocivité du communisme. Les réponses à la question «avez-vous, vous ou votre famille, souffert sous le système communiste?» a représenté une des plus amères déceptions de cette institution.

À peine 7% des personnes interrogées ont répondu avoir souffert sous le communisme, 6% de plus ont dit que bien qu’ils n’aient pas personnellement souffert, un membre de leur famille avait souffert. De nouveau les raisons données étaient surtout économiques - avec un petit groupe qui soit directement, soit à travers un membre de sa famille, avait souffert sous le régime communiste - faisant référence à des pénuries des années 80, quand la Roumanie avait imposé un programme d’austérité pour solder ses dettes extérieures. La petite fraction de cette minorité ayant déclaré avoir souffert pendant cette période, a déclaré avoir été lésée par la nationalisation de sa propriété, et une poignée (6% parmi ceux qui ont déclaré avoir souffert sous le communisme) ont évoqué un membre de leur famille qui avait, à un moment ou un autre, été arrêté quand les communistes étaient au pouvoir.

Voulant donner une tournure plus digeste au résultat de l’enquête, IICMER à noté que dans deux sous-ensembles, un bon nombre de ceux qui avaient été interrogés (soit 41% et 42%) respectivement approuvaient l’affirmation que le régime communiste était criminel ou illégitime. En même temps une minorité importante (soit 37% et 31%) était en désaccord explicite avec cette suggestion alors que le reste était neutre ou sans opinion.

Aussi, alors que la plupart des participants avaient une bonne opinion du communisme, seulement 27% exprimèrent leur désaccord avec le principe communiste. La plupart de ceux qui ont donné une opinion définitive étaient de l’avis que les idées communistes n’avaient pas été bien mises en pratique avant le changement du régime en 1989 alors que 14% ont répondu sans équivoque que le communisme était une bonne idée et bien mise en pratique en Roumanie.

Ainsi une large proportion des Roumains indécis, par rapport à la question «oui ou non le communisme était-il une forme de gouvernement légale ou légitime?», et une grande majorité de ceux qui disent que le communisme était mal pratiqué, sont néanmoins clairs dans leur esprit avec le fait que le régime sous le Parti communiste roumain – avec toutes ses verrues – offrait des meilleures conditions de vie pour les gens que le capitalisme actuel.

Les réussites communistes

Avant que les communistes aient prit le pouvoir en Roumanie, la plupart de la population était illettrée et n’avait pas accès aux soins de santé. Peu de gens de la campagne, là où vivait la majorité de la population, avaient des sanitaires ou de l’électricité. Le taux de mortalité infantile était parmi les pires en Europe, la plupart de gens mouraient de faim ou de maladie avant l’âge de 40 ans. La Roumanie avait un régime de droite qui lors de la Seconde Guerre mondiale s’était rallié à Hitler, et qui pour cette raison à vue son administration capitaliste expédier la plus grande partie de sa population juive dans les camps de la mort nazis.

Après avoir pris le pouvoir suite à la victoire soviétique contre l’Allemagne nazie en 1945, les communistes roumains - qui jusqu’alors étaient un groupe clandestin combattant le gouvernement profasciste et les nazis – n’était forts que de quelques milliers seulement. Cependant ils ont réussi à mobiliser l’enthousiasme de la population pour reconstruire le pays détruit par la guerre. L’illettrisme a été quasiment éradiqué, les services de santé ont été massivement améliorés et étendus, et comme les participants à l’enquête de CSOP le font remarquer, des habitations et des conditions de vie décentes avaient été mises à la disposition de tous.

Entraîné par ces succès, le gouvernement communiste roumain, dans les années 1970, s’était endetté suite à l’achat auprès de l’Occident d’équipements industriels onéreux afin d’augmenter le taux de croissance économique en attendant que les pays occidentaux augmentent leurs importations de Roumanie.

Cette stratégie a échoué, le programme d’austérité mis en place pour payer la dette externe a donné lieu à un ressentiment croissant.

Nicolae Ceausescu et sa femme Elena ont été fusillés à Noël 1989, déclarés coupables de crimes contre le peuple roumain par les nouveaux dirigeants réformistes lors d’un bref procès.

%, Slovaquie Cependant malgré cette condamnation et bien que le sentiment général reflété dans l’enquête du CSOP, ait établi que le système communiste comme pratique en Roumanie avait des défauts, une petite minorité seulement de ceux qui ont été consultés (15%) a estimé que l’ancien dirigeant communiste Nicolae Ceausescu était un mauvais dirigeant. La plupart des gens sondés étaient neutres ou indécis sur cette question, bien que 25% d’entre eux aient déclaré que la direction de Ceausescu avait été bénéfique pour le pays. Dans son analyse des résultats de l’enquête, IICMER a noté que les Roumains sont loin d’être les seuls à avoir une évaluation généralement positive du communisme au 20ème siècle. Selon le rapport de l’enquête; le pourcentage des populations des anciens pays socialistes qui considèrent que la vie sous le capitalisme est pire que ce qu’elle a été pendant la période du pouvoir communiste est comme suit:

Pologne: 35%, République tchèque: 39: 42%, Lituanie: 42%, Russie: 45%, Bulgarie: 62%, Ukraine: 62% Hongrie: 72%.

Ce qui est particulièrement significatif dans les résultats du sondage CSOP/IICMER de 2010 en Roumanie est que plus la population vit sous «l’économie de marché» plus elle devient négative à l’égard du capitalisme et positive envers le communisme. Dans le sondage précédent fait en 2006, 53% avaient exprimé une opinion favorable au communisme, alors que dans celui de 2010 ils étaient 61%.

Les résultats de cette enquête du CSOP ne sont pas entièrement surprenants compte tenu de ce qui s’est passé depuis la réintroduction du capitalisme – augmentation de la pauvreté, montée du chômage et de l’insécurité, crise du système roumain de la santé, la réduction des salaires des travailleurs du secteur public de 25%.

Information sur le sondage: Ont été interviewés 1133 personnes de plus de 15 ans entre le 27 août et le 2 septembre 2010. Les interviews ont été conduites sur la base sur d’un questionnaire standardisé, en tête à tête au domicile des personnes.

La marge d’erreur est de 2,9%.


James CROSS

17.10.2010

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[Traduction Alexandre MOUMBARIS]

[http://21stcenturysocialism.com/article/romanians_say_communism_
was_better_than_capitalism_02030.html]


La Terre

Arrêtons l’accaparement des terres en Asie, Afrique et Amérique Latine que la Banque mondiale promeut

Disons NON aux principes promus par la Banque mondiale en vue d’investissements «responsab-les» de la part des entreprises agro-alimentaires!

En réponse à la nouvelle vague d’accaparements de terres, par laquelle des états et des investisseurs privés, de Citadel Capital à Goldman Sachs, louent ou achètent des dizaines de millions d’hectares de bonnes terres agricoles en Asie, Afrique et Amérique latine pour produire de la nourriture ou des agro-combustibles, la Banque mondiale (BM) est en train de promouvoir un ensemble de sept principes afin d’assurer le succès de ces investissements. La FAO [Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture], le FIDA [Fonds international pour le développement agricole] et la CNUCED [Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement] ont accepté de rejoindre la BM pour, ensemble, faire avancer ces principes.[1] Leur point de départ est que la course actuelle du secteur privé pour l’acquisition de terres agricoles est risquée.

La BM vient tout juste de finaliser une étude montrant l’importance de cette tendance qui vise principalement le transfert à des investisseurs étrangers de droits sur des terres agricoles des pays en développement. La BM semble convaincue que tout flux de capital privé visant à l’expansion de l’agro-négoce transnational là où il n’a pas encore pénétré est bon et doit pouvoir avancer afin que le secteur industriel puisse retirer plus de richesses du milieu rural. Comme ces investissements sont liés à une privatisation massive et un transfert de droits sur la terre, la BM veut mettre en application un certain nombre de critères afin de réduire les risques d’explosions sociales : «respect» des droits des utilisateurs actuels de la terre, de l’eau et d’autres ressources (en les indemnisant), protection et amélioration des conditions de vie au niveau des familles et des communautés (en fournissant des emplois et des services sociaux), et respect de l’environnement. Ce sont les idées centrales qui se cachent derrière les sept principes de la BM pour permettre un accaparement de terres «socialement acceptable».

Ces principes n’atteindront pas leurs objectifs annoncés. Ces principes sont plutôt un écran de fumée pour tenter de légitimer l’acquisition de terres à grande échelle. Faciliter le contrôle à long terme par des acteurs étrangers sur des terres agricoles appartenant à des communautés rurales est totalement inacceptable, quels que soient les principes suivis. Les principes de la BM, qui seraient totalement volontaires, visent à détourner notre attention du fait que la crise alimentaire actuelle, marquée par un milliard de personnes en manque de nourriture, ne sera pas resolue par l’agriculture industrielle à grande échelle, ce que toutes ces acquisitions foncières cherchent à promouvoir.

L’accaparement de terres a commencé à s’intensifier dans de nombreux pays déjà au cours des dix ou quinze dernières années, avec l’adoption de politiques de dérégulation, d’accords commerciaux et d’investissements, et des réformes de gouvernance tournées vers le marché. Les récentes crises alimentaire et financière ont fourni le prétexte à cette vague d’accaparement de terres par les gouvernements et les investisseurs financiers pour essayer de garantir la capacité de production agricole et les futurs stocks alimentaires, ainsi que des actifs qui, à coup sûr, leur fourniront de grands dividendes. Les gouvernements riches cherchent à louer des terres agricoles pour de longues périodes afin de nourrir leurs populations et leurs industries.

Parallèlement, les firmes sont à la recherche de concessions de longue durée pour y établir des plantations où elles produiront des agro-carburants, du caoutchouc, de l’huile, etc. On observe la même tendance dans les régions côtières où la terre, les ressources marines et hydriques sont vendues, louées ou cédées à des promoteurs de tourisme et aux élites locales au détriment des pêcheurs artisans et des communautés locales. D’une manière ou d’une autre, les terres agricoles et les forêts sont soustraites au contrôle des petits producteurs – femmes et hommes -, des pêcheurs et des éleveurs à des fins commerciales, ce qui conduit à leur déplacement, à la faim et à la pauvreté.

Avec cet actuel accaparement de terres agricoles à grande échelle, le paradigme de la mondialisation a franchi une nouvelle étape qui sapera l’autodétermination des peuples et leur souveraineté alimentaire. La BM voit la terre et les droits à la terre comme un atout crucial pour les entreprises à la recherche de gros dividendes sur leurs capitaux. Pour eux la terre n’est pas seulement la base pour produire de la nourriture et des matières premières nécessaires aux nouvelles formes d’énergie, c’est aussi la pierre angulaire pour exploiter les réserves d’eau. Il est donc plus important que jamais de protéger ses ressources de la convoitise des entreprises et des états, afin de les laisser à ceux qui en ont besoin pour se nourrir eux-mêmes et nourrir les autres de manière durable, et leur permettre de continuer à exister en tant que communautés et sociétés.

L’accaparement de terres à grande échelle – même quand il n’est pas accompagné d’expulsions forcées – prive les communautés locales de terre, détruit des modes de vie, donne moins de place aux politiques agricoles orientées vers les paysans/paysannes, et entraîne une distorsion des marchés en favorisant la concentration toujours plus grande de l’agro-négoce et du commerce global, plutôt que de promouvoir une agriculture paysanne durable, tournée vers les marchés locaux et nationaux et les générations futures. Cela accélérera aussi la destruction des écosystèmes et la crise climatique. Promouvoir ou permettre l’accaparement de terres à grande échelle est une violation du Pacte international relatif aux Droits économiques sociaux et culturels. C’est en contradiction avec la Convention des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes. L’accaparement de terres à grande échelle ignore les principes adoptés par la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR) en 2006 et les recommandations faites par l’Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles au service du développement (IAASTD en anglais).

L’accaparement de terres à grande échelle doit cesser immédiatement. Les principes de la BM essaient de faire croire que les accaparements de terre peuvent ne pas avoir de conséquences désastreuses. Les organisations paysannes et des peuples indigènes, les mouvements sociaux et des groupes de la société civile reconnaissent largement que ce qu’il faut plutôt, c’est :

 1. maintenir la terre entre les mains des communautés locales et mettre en œuvre une véritable réforme agraire afin d’assurer un accès équitable à la terre et aux ressources naturelles ;

 2. soutenir fortement l’agriculture paysanne agro-écologique, la pêche et l’élevage à petite échelle, des programmes de recherche agronomique participative et des programmes de formation, afin que les petits producteurs puissent produire en abondance des aliments, de qualité pour tous et toutes;

 3. changer en profondeur les politiques agricoles et commerciales en vue d’adopter la souveraineté alimentaire et soutenir les marchés locaux et régionaux auxquels les gens puissent accéder pour en tirer profit;

 4. promouvoir des systèmes agricoles et alimentaires basés sur le contrôle par les communautés de ressources telles que la terre, l’eau et la biodiversité. Mettre en œuvre des régulations strictes et obligatoires qui limitent l’accès des entreprises et autres acteurs publics et privés aux terres agricoles, aux zones côtières et humides, aux pâturages et aux forêts.

Aucun principe au monde ne peut justifier l’accaparement de terres.

Déclaration sponsorisée par:

Afrique: African Biodiversity Network; Anywaa Survival Organisation, Éthiopie; Association Centre Écologique Albert Schweitzer, Burkina Faso; Coordination Nationale des Usagers des Ressources Naturelles du Bassin du Niger au Mali, Mali; Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux, Sénégal; Collectif pour la Défense des Terres Malgaches TANY, Madagascar; Confédération Paysanne du Congo, Congo RDC; Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain; East African Farmers Federation; Eastern and Southern Africa Small Scale Farmers’ Forum; Economic Justice Network of FOCCISA, Afrique australe; Food Security, Policy and Advocacy Network, Ghana; FORA/DESC, Niger; Ghana Civil Society Coalition on Land, Ghana; Haki Ardhi, Tanzanie; Inades-Formation; Indigenous People of Africa Co-ordinating Committee; London International Oromo Workhshop Group, éthiopie; Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs de l’Afrique de l’Ouest; Synergie Paysanne, Bénin. Asie: Aliansi Gerakan Reforma Agraria, Indonésie; All Nepal Peasants’ Association, Népal; Alternative Agriculture Network, Thaïlande; Alternate Forum for Research in Mindanao, Philippines; Andhra Pradesh Vyvasaya Vruthidarula Union, Inde; Anti Debt Coalition (KAU), Indonésie; Aquila Ismail, Pakistan; Asian Human Rights Commission; Bantad Mountain Range Conservation Network, Thaïlande; Biothai, Thaïlande; Bridges Across Borders Southeast Asia, Cambodge; Centre for Agrarian Reform, Empowerment and Transformation, Inc., Philippines; Centro Saka, Inc., Philippines; CIDSE, Lao PDR; Daulat Institute, Indonésie; Delhi Forum, Inde; Focus on the Global South, Inde, Thaïlande, Philippines; Foundation for Ecological Recovery/TERRA, Thaïlande; Four Regions Slum Network, Thaïlande; Friends of the Earth Indonesia (WALHI), Indonésie; HASATIL, Timor Leste; IMSE, Inde; Indian Social Action Forum, Inde; Indonesian Fisher folk Union (SNI), Indonésie; Indonesian Human Rights Committee for Social Justice, Indonésie; Indonesian Peasant’s Union, Indonesie; International Collective in Support of Fishworkers, Inde; Kelompok Studi dan Pengembangan Prakarsa Masyarakat/Study Group for the People Initiative Development, Indonesie; KIARA-Fisheries Justice Coalition of Indonesia, Indonésie; Klongyong and Pichaipuben Land Cooperatives, Thaïlande; Land Reform Network of Thailand, Thaïlande; Lokoj Institute, Bangladesh; MARAG, Inde; Melanesian Indigenous Land Defense Alliance; My Village, Cambodia; National Fisheries Solidarity Movement, Sri Lanka; National Fishworkers Forum, Inde; National Forum of Forest Peoples and Forest Workers, Inde; Northeastern Land Reform Network, Thaïlande; Northern Peasant Federation, Thaïlande; NZNI, Mongolia; PARAGOS-Pilipinas, Philippines; Pastoral Peoples Movement, Inde; PCC, Mongolia; People’s Coalition for the Rights to Water (KruHA), Indonésie; PERMATIL (Permaculture), Timor-Leste; Perween Rehman, Pakistan; Project for Ecological Awareness Building,Thaïlande; Roots for Equity, Pakistan; Sintesa Foundation, Indonésie; Social Action for Change, Cambodia; Solidarity Workshop, Bangladesh; Southern Farmer Federation, Thaïlande; Sustainable Agriculture Foundation, Thaïlande; The NGO Forum on Cambodia, Cambodia; Village Focus Cambodia, Cambodia; Village Focus International, Lao PDR; World Forum of Fisher Peoples, Sri Lanka. Amérique Latine: -Asamblea de Afectados Ambientales, México; BIOS, Argentina; COECO-Ceiba (Amigos de la Tierra), Costa Rica; FIAN Comayagua, Honduras; Grupo Semillas, Colombia; Red de Biodiversidad de Costa Rica, Costa Rica; Red en Defensa del Maiz, Mexique; REL-UITA; Sistema de la Investigación de la Problemática Agraria del Ecuador, Ecuador. Europe: Both Ends, Pays-Bas; CADTM, Belgique; Centre Tricontinental, Belgique; CNCD-11.11.11, Belgique; Comité belgo-brasileiro, Belgique; Entraide et Fraternité, Belgique; FIAN Autriche; FIAN Belgique; FIAN France; FIAN Pays-Bas; FIAN Norvège; FIAN Suède; FUGEA, Belgique; Guatemala Solidarität, Autriche; SOS Faim – Agir avec le Sud, Belgique; The Slow Food Foundation for Biodiversity, Italie; The Transnational Institute, Pays-Bas; Uniterre, Suisse. Amérique du Nord: Agricultural Missions, Inc., États-Unis; Columban Center for Advocacy and Outreach, É-U; Cumberland Countians for Peace & Justice, É-U; Grassroots International, É-U, National Family Farm Coalition, É-U; Network for Environmental & Economic Responsibility, United Church of Christ, USA; Pete Von Christierson, É-U; (Partners for the Land & Agricultural Needs of Traditional Peoples, É-U; Raj Patel, Visiting Scholar, Center for African Studies, University of California at Berkeley, É-U; The Institute for Food and Development Policy (Food First), É-U; Why Hunger, É-U. International: FIAN International; Friends of the Earth International; GRAIN; La Vía Campesina; Land Research Action Network (LRAN) ; World Alliance of Mobile Indigenous People (WAMIP); World Rainforest Movement (WRM)

La Vía Campesina – FIAN – Land Research Action Network – GRAIN

16.9.2010

Notes [1] Voir: «Principles for Responsible Agricultural Investment that Respect Rights, Livelihoods and Resources», disponible en anglais uniquement.

France

LES GENS robert hulo dans le cortège aujourd'hui à metz

Un Marx et il repart...

Robert Hulo, 90 ans, croit toujours au marxisme-léninisme. Son parcours de communiste, entamé en 1934 à la boulonnerie d'Ars, se poursuit sur tous les fronts, toutes les manifs.

«Travailleurs de tous les pays, unissez-vous» le slogan de Karl Marx sous-titre la revue allemande KAZ, que Robert Hulo tient dans ses mains. Il en traduira des articles pour le Bureau information de presse, Il traduira du russe, aussi. Revues de militants, travail de bénédictin, pour un homme doté d'un seul certificat d'études.

À 90 ans, armé de ses idéaux marxistes et de ses dictionnaires de langues. Robert Hulo ne s'arrête pas. Il était aux deux manifs de septembre, à celle du 1er octobre. Il sera encore au rendez-vous aujourd'hui. Avec son drapeau rouge, marqué de la faucille et du marteau.

Plus personne, ou presque, ne vit de la faucille et du marteau, mais on ne change pas les symboles «des ouvriers et des paysans». La lutte des classes est perpétuelle.

Dans l'univers de Robert Hulo, né le 19 mai 1920, les convictions se sont forgées dans les ateliers de la boulonnerie d'Ars-sur-Moselle. Il avait quatorze ans. Sa mère était décédée un an plus tôt. «Très croyante, elle voulait faire de moi un avocat ou un curé. Mais à l'école laïque, l'instituteur nous avait appris que, lors de la colonisation, les missionnaires suivaient les soldats. J'ai compris que toutes les religions reposaient sur l'exploitation du peuple, elles amènent les gens à ne pas rechercher le fond des choses». Ce «fond des choses», il l'a trouvé dans le marxisme-léninisme.

Dès la fin des années 30, Robert Hulo adhère au Parti communiste. Après l'Armistice, il s'engage dans l'armée. Le voici à Lyon. Là-bas, avec un camarade, «On faisait des tracts dans la cantine de La Part-Dieu. On avait créé un noyau de résistants dans l'armée.». En novembre 1942, l'armée est dissoute. À Nancy, Robert Hulo est rattrapé par le STO, Service du travail obligatoire. À Vienne, en Autriche, «au bout de deux mois, on faisait des faucilles et des marteaux, je piochais dans les langues».


«Thorez m'a félicité!»

Au garage Opel, il recrute quinze gars, prêts comme lui à faire le coup de feu aux côtés des Rouges. Lorsque les Soviétiques sont aux portes de la ville, Robert part au-devant d'eux. C'était des charrettes avec des chevaux!» Après moult péripéties, Vienne tombe et notre homme est chargé de réunir les STO, «Ils étaient 2000. La plupart étaient pressés de rentrer chez eux. Politiquement, seule une dizaine sont restés, décidés à fonder le Parti communiste autrichien.»

Pendant un mois, en mai 1945, Robert sera chargé de traquer les collabos français. Il rentre en France en juin: «J’ai envoyé mon compte-rendu à Maurice Thorez, qui m'a félicité».

Devenu représentant en trousseaux, il vend L'Humanité, reprend sa carte du PC après le drame de Hanoï et crée une cellule à Arnaville, Il sort une photocopie usée: «En 1949, nous avons fait une collecte pour l'anniversaire de Staline».

En 1957, Khrouchtchev abandonne l'internationalisme prolétarien. C'est le début de la rupture. Avec sa seconde femme, émilienne, Robert ouvre un restaurant à Homécourt. Il y recevra Leonov*, le piéton de l'espace! Grande époque du communisme ouvrier. Quand l'industrie décline, le couple tient, à Metz, la quincaillerie Interménager, rue Mazelle.

Plus le PCF devient un parti réformateur et plus Robert s'en écarte. Il rendra sa carte en 1995. Il milite au PRCF, Pôle de la renaissance communiste en France. Avec ses noyaux de camarades de Metz. Paris et d'ailleurs, il en changera peut- être le nom. Mais pas l'esprit. Même veuf — depuis six mois —, même âgé, pour lui, la lutte continue. Dans la rue, dans les urnes et dans les revues. «Les médias font en sorte d'emporter les gens sur des choses banales ou sur le terrorisme, qui est le fruit du capitalisme. La solution n'est pas ailleurs que dans le marxisme-léninisme».

Olivier JARRIGE

[Est Républicain

* Voskhod 2

Ce vol le fit rentrer dans l'histoire en lui permettant de réaliser la première marche dans l'espace.

Le 18 mars 1965, relié à la capsule spatiale Voskhod 2 par un cordon, il flotta pendant douze minutes et 9 secondes dans l'espace. La mission fut difficile et le retour dans la cabine épuisant. Le scaphandre (classe Berkut) s'était dilaté et ne permettait pas à Leonov de rentrer pour rejoindre son coéquipier Pavel Beliaïev. Alekseï Leonov garda son sang froid et réussit en dépressurisant un peu son scaphandre à s'introduire dans le sas la tête la première alors qu'il devait rentrer les pieds en avant pour pouvoir rejoindre son siège, il a alors dû se retourner à l'intérieur du sas pour reprendre sa position et pouvoir le fermer. Enfin, le retour sur Terre fut une épreuve de plus pour l'équipage car la cabine ne se posa pas à l'endroit prévu et les secours mirent plusieurs heures à récupérer les deux hommes.

Ces péripéties ne furent révélées que beaucoup plus tard, le secret entourant les vols spatiaux étant de rigueur en pleine guerre froide. Leonov fut surnommé le «premier marcheur de l'espace». […] Alekseï Leonov raconte: «Je m’avançais vers l’inconnu et personne au monde ne pouvait me dire ce que j’allais y rencontrer. Je n’avais pas de mode d’emploi. C’était la première fois. Mais je savais que cela devait être fait [...]. Je grimpai hors de l’écoutille sans me presser et m’en extirpai délicatement. Je m’éloignai peu à peu du vaisseau [...]. C’est surtout le silence qui me frappa le plus. C’était un silence impressionnant, comme je n’en ai jamais rencontré sur Terre, si lourd et si profond que je commençai à entendre le bruit de mon propre corps [...]. Il y avait plus d’étoiles dans le ciel que je ne m’y étais attendu. Le ciel était d’un noir profond, mais en même temps, il brillait de la lueur du Soleil… La Terre paraissait petite, bleue, claire, si attendrissante, si esseulée. C’était notre demeure, et il fallait que je la défende comme une sainte relique. Elle était absolument ronde. Je crois que je n’ai jamais su ce que signifiait «rond» avant d’avoir vu la Terre depuis l’espace.»

[Wikipedia, octobre 2010]


Grèce

Ma seconde patrie, l’Union soviétique

là où mon cœur fut brisé

Ilias Metallidis

J’ai pensé utile d’écrire cet article à l’occasion de l’anniversaire des événements dramatiques qui se sont déroulés il y a 55 ans, le 9 septembre 1955 dans la ville de Tachkent de la lointaine République soviétique d’Ouzbékistan, afin d’informer les plus jeunes et exposer les conséquences. Non pas que je fais quelque chose de formidable, mais simplement pour honorer mes camarades de combat dans les montagnes de Grèce. Je ne peux pas faire la lumière sur ces crimes sur quelques feuilles de papier. Je tacherai, dans la mesure de mon possible, expliquer aux lecteurs, comment, les raisons pour lesquelles les marxistes-léninistes grecs ont fait l’objet de deux pogroms: en septembre 1955 et en 1962, pourquoi ont été rayés 7.500 sur les 8.000 membres du parti et pourquoi des milliers d’entre eux ont été maltraités alors que des dizaines de cadres du PCG ont été emprisonnés ou exilés en Sibérie. Une des cibles du révisionnisme moderne, qui avait pris le contrôle au PCUS après la mort du camarade Staline, en mars de 1953, était le PCG et l’organisation locale de Tachkent. Ils ont pensé qu’en soumettant les communistes de Tachkent ce serait facile après de retourner le PCG. Ainsi, sont-ils partis à la conquête des cadres, imposant des dirigeants qui leur convenaient, qui pour la plupart avaient des «comptes à fournir» au parti à cause de leurs positions. Les Soviétiques estimaient qu’une fois cela fait ils se démêleraient facilement avec le «petit peuple».

La sape du PCG par les Soviétiques et l’impositions d’un bureau à l’organisation locale de Tachkent a évolué en lutte fractionnelle contre le PCG et en attaques contre les communistes grecs. Avec la révocation du bureau de Tachkent par la délégation du Comité central venu pour calmer la situation, les fractionnistes ont trouvé l’occasion qu’ils recherchaient. Près de 400 d’entre eux ont attaqué les bureaux du parti. La majorité des membres du parti qui a couru pour défendre les bureaux a été traité par les soviétiques de hooligans et bon nombre d’entre eux ont été expulsés et emprisonnés.

Le 20e Congrès révisionniste de février 1956, avec les thèses qu'il a adoptées, conforta la clique antiparti et favorisa ses plus profonds objectifs. Ceux qui ne se soumettaient pas à ce qui était dit au 20ème Congrès du PCUS, lors du 6ème plénum du «PCG», désigné par Khrouchtchev lui-même, étaient rayés au 8ème Congrès du «PCG» et déclarés voyous, antisoviétiques, éléments corrompus etc. Ils ont isolé le camarade Zakhariadis et l'ont banni. Des dizaines de communistes ont été jugés et condamnés à des diverses peines. Voilà ce que furent les premières persécutions de 1955-56. Les marxistes-léninistes grecs et slavo-macédoniens à Ouzbékistan travaillaient illégalement en Union soviétique, parce que Khrouchtchev et sa clique ne nous reconnaissaient pas comme organisation et parti. Ils reconnaissaient le «PCG» de la clique de Partsalidis, Stringou, Ionannidis, Koligiannis etc. Khrouchtchev avec ses pions, prenaient des dures mesures pour soumettre les Zakhariadistes (c'est ainsi que je les appelle): emprisonnements, bannissements, licenciements, refus de logements et de bourses d'études etc. Ces mesures ont amené avec elles davantage de haine. Le schisme entre nous est devenu infranchissable. Des frères, des parents des amis ne se parlaient plus. Leur ignominie atteignait un point à faire divorcer des couples. La camaraderie et la solidarité disparurent.

Le pogrom de 1962 contre les marxistes-léninistes de Tachkent a eu pour prétexte le rassemblement qui se préparait pour le soutien des communistes bannis [aux îles—NdT] en Grèce. L’argent de la collecte a été confisqué, le comité d’organisation expulsé et battu – pour ma part j’ai eu ma mâchoire déchirée par des soldats soviétiques et me suis trouvé aux urgences. Finalement le rassemblement a été interdit pour voiler ainsi son splendide succès, et qui aurait ouvert le chemin pour le rétablissement des rapports entre les communistes de Tachkent mais aussi pour casser le climat de haine que cultivaient les «conseillers» mis en place par les Soviétiques. Je tiens à noter que la campagne a eu une grande résonance parmi les communistes hors du parti, et même parmi les adeptes du 6ème Plénum. Pour cette campagne des dizaines de camarades ont été convoqués à s'expliquer par les soviétiques, ils ont eu leur statut de réfugié politique retiré et ont été renvoyés en bannissement et en prison, leurs positions étant jugées hostiles à l'Union soviétique. Les prisonniers et les bannis par la clique traitresse de Khrouchtchev et celle des révisionnistes Koligiannis-Patslidis-Ioannidis, ont préféré la prison, le bannissement, plutôt que devenir esclaves. Ils ont refusé d'enterrer la vérité et de renier le marxisme-léninisme, refusé de fouler aux pieds les traditions révolutionnaires de notre peuple et de notre parti, ils ont refusé de rabaisser leur honneur révolutionnaire.

Chers lecteurs, personne ne peut exprimer sur cette feuille blanche tout ce qui s’est passé lors des événements qui ont marqué la première scission du mouvement communiste, dans ma seconde patrie, l’Union soviétique, là où mon cœur fut brisé.

Je remercie le journal Dromos (La Voie de la gauche) qui m'a offert la possibilité d'écrire cet article.

*Ilias Metallidis a vécu 25 ans comme réfugié politique.


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[Δρόμος, 25 septembre 2010]

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Prisonniers politiques en France

Organisation de révolutionnaires internationalistes

RAMÍREZ SÁNCHEZ Ilich (Carlos), écrou 11542, Poissy


Front populaire pour la libération de la Palestine

ABDALLAH, Georges Ibrahim, écrou 1680 – bât. B, Lannemezan



Prisons

MC de Poissy

17, rue de l’Abbaye,
78303 – POISSY

MC Lannemezan,
rue des Saligues, BP 66
65300 – LANNEMEZAN