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Les dossiers du Bureau Informations Presse
n° 137

août 2010

Sommaire



Palestine

Alors qu’Israël assassine et mutile, la presse s’offusque des propos prétendument « indignes » d’Helen Thomas

Chaque fois qu’Israël commet de nouvelles atrocités, les médias détournent 
aussitôt l’attention de l’opinion publique du lieu du crime.

La presse fait en ce moment de gros titres sur les propos prétendument «antisémites» de Mme Helen Thomas, la doyenne des correspondants de presse de la Maison-Blanche. Tout au travers des États-Unis, les experts clament leur indignation suite à sa déclaration impromptue de 25 secondes à un homme qui lui a braqué une caméra en pleine figure.

Helen Thomas a présenté des excuses publiques pour ses paroles, mais cela n’a pas suffi à apaiser l’indignation de ses puissants ennemis et elle a dû prendre sa retraite, après une longue et brillante carrière.

Avant d’examiner ses propos et leur éventuelle pertinence, jetons un regard sur d’autres évènements récents concernant Israël.

Le 31 mai, des commandos israéliens ont tué au moins neuf militants humanitaires non armés qui tentaient d’apporter de l’aide à Gaza.

Selon les témoins oculaires et des preuves médico-légales, la plupart de ces militants humanitaires ont été tués à bout portant. Parmi eux un jeune citoyen américain de 19 ans, tué de quatre balles dans la tête et une dans la poitrine, tirées à une distance de 45 centimètres.

Israël a immédiatement emprisonné les témoins directs et les centaines d’autres passagers, leur a confisqué caméras, ordinateurs portables, et autres effets personnels, et les a empêchés de parler à la presse durant plusieurs jours. Parmi les personnes incarcérées, il y avait des vétérans américains décorés, et un ancien ambassadeur de 80 ans qui avait été, sous l’administration Reagan, directeur adjoint de la Task Force pour la Lutte contre le Terrorisme.

Quand finalement ils ont été relâchés et qu’ils ont pu raconter ce qui leur était arrivé, beaucoup ont décrit les scènes d’horreur des commandos israéliens visant de leur tirs les humanitaires en pleine tête, de blessés au ventre, de gens en train de saigner à mort, alors même que les humanitaires agitaient des drapeaux blanc et appelaient à l’aide.

Les passagers - y compris ceux qui se trouvaient à bord des navires où, de l’avis des médias US, il n’y eut «aucune violence» - ont également dit avoir été battus brutalement, à maintes reprises, par les forces israéliennes.

Paul Larudee, un accordeur de pianos de 64 ans originaire de Californie, a décrit comment des centaines de commandos israéliens avaient pris d’assaut son navire. Comme il refusait de coopérer avec eux, les soldats l’ont roué de coups, d’abord sur le navire, puis à terre, après qu’il ait été jeté en prison. Finalement, il a été transporté par ambulance vers un hôpital israélien. Mais il a été laissé sans soin ce qui fait dire à Paul Larudee qu’il y a été transféré uniquement parce qu’Israël ne voulait pas que la presse le voie avec son œil tuméfié, ses articulations déboîtées, ses mâchoires meurtries et son corps couvert d’ecchymoses.

Le vétéran des Marines, Ken O’Keefe[1], a parlé des mêmes violences pendant sa détention par les Israéliens. Dans son cas, le public a pu voir son visage ensanglanté, meurtri, dans des clips vidéo et sur des photos, mais seulement sur Internet car les grands médias étasuniens n’ont pas couvert sa conférence de presse et se sont gardés de publier les photos de ses blessures.

D’autres photos tout aussi affreuses, à la disposition du public étasunien montraient Emily Henochowicz, une étudiante américaine de 21 ans dont l’œil venait d’être crevé par les forces israéliennes. On lui a depuis retiré le globe oculaire et posé trois plaques métalliques sur le visage; sa mâchoire est fermée par un fil.

Henochowicz, n’était pas sur la flottille; elle participait à une manifestation non violente contre l’assaut israélien quand un soldat israélien lui a lancé une grenade lacrymogène en pleine figure.

Un citoyen suédois, qui était avec Henochowicz, témoigne: «Ils ont bien vu que nous étions des internationaux et ils nous regardaient vraiment comme s’ils cherchaient à nous viser. Ils ont tiré sur nous, à un rythme accéléré, plusieurs grenades lacrymogènes. Deux grenades sont tombés de chaque côté d’Emily, et une troisième l’a frappée en pleine figure».

Henochowicz n’est pas la première personne à avoir été frappée par de telles grenades lacrymogènes.

Un Palestinien âgé de trente ans, Basem Ibrahim Abu Rahmeh, a été tué par un soldat israélien qui lui a lancé à bout portant une de ces grenades alors qu’il participait à une manifestation contre la confiscation de terres agricoles palestiniennes par les Israéliens. Une vidéo des faits est disponible sur You Tube; les médias étasuniens ont également fait le choix de ne pas diffuser cette information.

Un Californien, Tristan Anderson, a été touché à la tête par une grenade similaire alors qu’il prenait des photos dans une autre manifestation. Une partie du cerveau d’Anderson a dû lui être enlevée, et il est resté «quasi inconscient» pendant 6 à 7 mois. Il est maintenant dans un fauteuil roulant; il ne peut presque pas bouger son bras et sa jambe gauche, il est aveugle d’un œil, et ses fonctions mentales sont très altérées. Des photos de l’agression dont il a été victime sont également disponibles sur Internet.

Depuis 2006, les forces israéliennes ont coupé la bande de Gaza du reste du monde, emprisonnant ainsi un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en les privant de denrées alimentaires, de médicaments, de matériaux de construction, comme l’ont indiqué des organisations telles qu’Amnesty International, Oxfam, et Christian Aid, qui ont déclaré qu’Israël utilise la nourriture et les médicaments comme une arme.

L’une des innombrables victimes de ce siège illégal est Taysir Al Burai, 5 ans. Taysir souffre d’un trouble neurologique aigu et a besoin de soins 24 h sur 24. Selon The Guardian de Londres, il pourrait guérir si Israël lui permettait de sortir de Gaza mais, à ce jour, les demandes répétées de ses parents ont toutes été refusées.

Une autre victime est Mohammad Khader, 7 mois, dont l’œdème au cerveau nécessitait un traitement spécialisé impossible à donner dans les hôpitaux de Gaza démunis par le siège israélien. Les demandes de ses parents, complètement désemparés, pour l’obtention d’une autorisation de se rendre à l’étranger, ont également toutes été refusées. Leur petit enfant est mort, il y a quelques jours.

De tels récits, il y en en a beaucoup d’autres…


La déclaration prétendument «indigne» d’Helen Thomas

Pourtant, la rage qui se déverse dans les médias étatsuniens n’est pas dirigée contre ce qui vient d’être dit. On assassine des êtres humains d’une balle dans la tête, on leur massacre les yeux et une partie de leurs fonctions cérébrales, on frappe des personnes âgées, on provoque la souffrance et la mort de petits enfants et de nourrissons, on jette au désespoir leurs parents, mais rien de tout cela ne suscite la moindre colère. En réalité, tout cela est considéré comme trop insignifiant pour mériter d’être signalé.

Par contre, les médias étalent leur indignation au sujet des propos «anti-israéliens» tenus par la vieille dame de 89 ans, Helen Thomas.

Au cours de la vie d’Helen Thomas, Israël a procédé au nettoyage ethnique de plus d’un million de personnes, il les a remplacées par des colons venus du monde entier, il a perpétré des dizaines de massacres, torturé des milliers de personnes, tué et mutilé un nombre incalculable d’enfants, estropié des gens, commis des outrages sur des femmes, des personnes âgées, des déficients et des infirmes.

Il a assassiné des gens dans le monde entier, envahi de nombreux pays, espionné les États-Unis, tué et blessé 200 militaires états-uniens, et emprisonné et torturé des États-Uniens. Tout cela alors qu’il a reçu plus d’argent des États-Unis qu’aucun autre pays dans le monde.

Pendant des années, bien avant de tenir ses propos, Helen Thomas a été la cible de ces haineux partisans états-uniens d’Israël ; la blogosphère sioniste regorge de calomnies nauséabondes à propos de son «look»; et son ascendance libanaise est régulièrement soulignée par les médias, bien qu’elle soit née et qu’elle ait été élevée dans le Kentucky.

Une des raisons de cette animosité féroce à son égard est le fait qu’Helen Thomas est l’une des rares journalistes de la grande presse à contester les mensonges répandus par les néocons; mensonges qui ont entraîné les États-Unis dans des guerres, semé massivement la mort, la destruction et la tragédie, et qui continuent à alimenter des politiques de violence et de cruauté.

Alors que ces mêmes groupes et individus qui avaient poussé les États-Unis à attaquer l’Irak ont, ces dernières années, multiplié leurs efforts pour qu’ils détruisent de la même manière les Iraniens au prétexte que l’Iran pourrait développer l’arme nucléaire, les questions qu’Helen Thomas posait à Obama visaient à obtenir qu’il reconnaisse qu’Israël possédait déjà l’arme nucléaire. Alors que le reste de la presse conspirait pour ignorer ce fait, et bien d’autres, Helen Thomas s’attachait à le souligner.

Sans surprise, ce sont les nombreuses personnes complices de ces manipulations, comme l’ancien porte-parole de Bush, Ari Fleisher, qui ont mené la charge contre elle.

Il convient de regarder la vidéo et le contexte dans lequel Thomas a tenu ses propos prétendument «antisémites».

Un homme, tenant visiblement sa caméra droit sur son visage, lui demande de prononcer quelques mots sur Israël. Elle dit, «Dites-leur [aux juifs israéliens] de foutre le camp de la Palestine. Rappelez-vous, ce peuple est occupé. Et c’est sa terre...». Ici, il l’interrompt et lui demande où ils devraient aller. Helen Thomas répond: «Qu’ils rentrent chez eux, en Allemagne, en Pologne, en Amérique, et partout ailleurs».

Bien que Thomas ait présenté depuis ses excuses, et partant de l’idée que beaucoup d’Israéliens ont le droit de vivre là où ils sont, il n’en demeure pas moins que les colons israéliens, viennent effectivement d’ailleurs. En réalité, ils occupent illégalement la terre palestinienne - un fait reconnu même par le département d’État des États-Unis - et le droit international exige qu’ils partent.

Comme si Hitler était toujours au pouvoir et prêt à bondir, de nombreux commentateurs ont exprimé tout particulièrement leur colère parce qu’Helen Thomas a inclus l’Allemagne et la Pologne parmi les endroits où les colons israéliens devraient retourner.

Pourtant, le fait heureux est que la Deuxième Guerre mondiale et l’holocauste nazi ont pris fin il y a plus d’un demi-siècle. Dans la Pologne d’aujourd’hui, il y a un renouveau juif dynamique avec une Menorah haute de dix pieds éclairée dans le centre de Varsovie durant la fête de Hanoukah, et l’Allemagne est devenue, selon le New York Times, «un pays où les juifs veulent vivre». En réalité, ces dernières années, les juifs ont préféré immigrer en Allemagne plutôt qu’en Israël.

Quant à l’appel d’Helen Thomas à ce que les colons retournent aux États-Unis (cette destination a été omise dans bien des articles), il est loin d’être scandaleux étant donné que de nombreux colons de Cisjordanie viennent effectivement des États-Unis.

Dans l’ensemble, la couverture de l’incident s’est largement écartée de la pratique journalistique normale qui veut que, dans un différend, l’on cite également les deux côtés. En effet, ceux qui soutiennent Helen Thomas sont complètement ignorés, même si la page de You Tube montrant la vidéo infâme contient de nombreux commentaires qui lui apportent un soutien. En revanche, les détracteurs d’Helen Thomas - presque tous des sionistes - sont omniprésents et se gardent en général de révéler les conflits d’intérêts, fréquents chez ceux qui se sont exprimés.

Par exemple, Howard Kurtz du Washington Post, cite Jeffrey Goldberg, sans mentionner que Goldberg est un citoyen israélien qui a servi comme geôlier dans une prison israélienne qui a maintenu en détention, sans inculpation, des centaines de Palestiniens, dont certains ont été tués de sang-froid par le commandant de la prison.

Les grands groupes de presse ne semblent pas non plus avoir enquêté sur les rapports révélant que l’homme qui a pris Helen Thomas en vidéo, le rabbin David Nesenoff, a fait une autre vidéo, très offensante, qui le montre lui en compagnie d’un autre homme personnifiant un prêtre catholique bouffon, avec des immigrants mexicains.

De même, des bulletins d’informations qui nous apprennent qu’un lycée a annulé son invitation à Helen Thomas en qualité de conférencière pour une cérémonie de remise de diplômes, ont omis de dire à leurs lecteurs que de nombreux parents d’élèves de ce lycée, et de nombreux lycéens, avaient exprimé le souhait qu’Helen Thomas vienne donner sa conférence; alors même que ce groupe passé sous silence représentait une majorité dans l’école. Les gens de ce groupe ont créé une page Facebook, «Helen Thomas aurait dû être notre conférencière» dans laquelle ils notent:

«Le but de notre groupe est de protester, sereinement mais fermement, contre le fait qu’une petite minorité ait eu le pouvoir d’imposer sa volonté à un groupe plus large en se lançant, ou en menaçant de se lancer, dans un discours perturbateur. Notre groupe affirme sa croyance dans un débat raisonnable et son sentiment que, ici, une nette minorité a pu l’emporter sur une grande majorité en dénaturant les questions et le débat.»

Le remplaçant d’Helen Thomas à la prochaine cérémonie de remise de diplômes sera Bob Schiefer, de CBS, qui a des liens familiaux étroits avec George W. Bush, et qui a rarement – voire jamais – contesté les mensonges d’une administration qui a précipité la nation dans la guerre et qui l’y maintient encore.

En ce qui concerne ses articles sur la question israélo-palestinienne, l’observatoire des médias Fairness and Accurate In Reporting (FAIR) a publié une alerte en 2006 contestant «la couverture superficielle et dédaigneuse d’événements complexes et tragiques» fournie par Schiefer.

On ne sait pas qui prendra le siège du premier rang qui était celui d’Helen Thomas lors des briefings de la Maison-Blanche. Vu l’état actuel de la presse, il est probable que les partisans d’Israël poussent en ce moment un ouf de soulagement.

Alison Weir

Le 9 juin 2010.

Alison Weir est directrice de «Si les Américains savaient» (If Americans Knew
(http://ifamericansknew.org)

[Traduction de l’anglais par JPH. Version française publiée sur le site de Silvia Cattori].
http://www.israel-palestinenews.org/2010/06/as-israel-kills-and-maims-outrage-is.html
Source: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19988

Note:

[1] Dans les vidéos (en anglais) présentées sous le lien http://www.gilad.co.uk/writings/kenneth-okeefe-says-it-all-must-see-video.html on peut voir une présentatrice de la BBC justifier à sa façon la version israélienne officielle de l’opération meurtrière contre la flottille. Elle veut sans aucun doute se faire l’avocat du diable, mais elle n’y parvient pas : réplique après réplique, Ken O’Keefe lui enseigne - et nous enseigne - ce que sont la bonté et l’humanité.  


Israël

Un chanteur «pécheur» condamné

par des rabbins à 39 coups de fouet

pour avoir chanté devant une «audience mixte»

Une cour autoproclamée de rabbins a condamné mercredi, un chanteur à 39 coups de fouet pour s’être produit devant une audience mixte d’hommes et de femmes.

Le rabbin Amnon Yitzhak, fondateur de l’organisation Shofar qui œuvre pour le retour des juifs à la religion» (hazara betshuva), s’est récemment donnée pour mission de combattre les concerts musicaux devant des publics mixtes.

Son «tribunal», qui comprenait le rabbin Ben Zion Mutsafi et un autre membre, a condamné Erez Yechiel à 39 coups de fouet pour «le livrer de ses pêchers»

Dans un clip vidéo que ce tribunal à mis sur son site internet, Ben Zion disait que dans le monde à venir, il n’y avait pas de place pour ceux qui entrainent d’autres dans le péché (mahtiei rabim), tels les artistes aux concerts auxquels participent ou dansent ensemble des hommes et de femmes.

Il a montré une lanière de cuir faite de peaux d’âne et de taureau fabriquée par son père, avec laquelle Yechiel devait être fouetté.

Après qu’Yechiel ait prononcé: «J’accepte d’être fouetté pour mes péchés», il a été sommé à se mettre à côté d’un pôle en bois, la tête tournée vers le Nord («c’est de la que provient la tentation du malin»), ses mains ont été attachées avec une corde azure («symbole de miséricorde») et c’est ainsi qu’il s’est soumis à sa sentence».

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Jerusalem Post 27 août 2010

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Palestine-Allemagne

Déclaration du Parti communiste allemand (bolchevik) sur l'attaque criminelle israélienne
contre les bateaux d'aide humanitaire

Chargé de biens humanitaires pour les Palestiniens souffrant du blocus imposé en dépit du droit international et de tout esprit humanitaire, l'armée israélienne, dès les premières heures du 31 mai 2010, a en zone de mer ouverte, effectué une attaque barbare sur une flottille dont le seul but était d'apporter aide et secours humanitaire à la population palestinienne de Gaza nécessiteuse et indigente. Là-bas depuis de nombreuses années, en toute illégalité la population est soumise à une guerre criminelle de la soldatesque israélienne qui tue quotidiennement un grand nombre de Palestiniens y compris femmes et enfants et détruit systématiquement l'ensemble de l'infrastructure lors de bombardements continuels qui, en raison du blocus interdit toute reconstruction réduisant la population palestinienne à vivre dans des conditions les plus lamentables.

Avec leur convoi humanitaire des citoyens de beaucoup de pays en plus de l'aide à la population souffrante et démunie de Gaza, voulaient également faire passer une marque de solidarité avec le peuple de Palestine soumis à l'oppression israélienne.

Par cette attaque militaire sanglante du convoi civil humanitaire où de nombreuses personnes furent tuées et blessées, Israël, a commis un nouveau crime dans la longue lignée des crimes de guerre et violations du droit des peuples.

Le KPD(B) condamne de façon la plus cinglante cette acte de piraterie meurtrier contre le convoi d'aide internationale pour Gaza. Il condamne également les complicités impérialistes en particulier des états-Unis, d'Allemagne et d'autres états qui avec leurs livraisons d'armes et leur aide financière, économique et politique permettent depuis des dizaines d'années que soient perpétués des crimes permanents contre le peuple palestinien et l'occupation de la terre palestinienne.

Également, comme à leur habitude, après leur récent crime barbare Israël et ses complices procèdent d'après le même scénario. «Les assassins et les coupables deviennent des victimes, Israël ayant l'insolence de déclarer l'attaque sanglante sur les bateaux humanitaires et la mort de nombreuses victimes comme étant un geste «d’auto défense». Mais aucun des bateaux du convoi humanitaire n’a en aucune façon attaqué un bateau israélien, au contraire les bateaux de guerre israéliens ont pris d'assaut les bateaux humanitaires. Ainsi et pas autrement est la vérité.

Également d'usage le simulacre des alliés impérialistes d'Israël «Nous regrettons concernant les victimes» «Nous attendons des eclaircissements2 ». Ainsi essayent-ils de maquiller ce qu'ils sont, peut être en désaccord avec les actions criminelles d'Israël mais responsables et complices pour ce genre d'actions. En cela il est notoire que l'alliance de l'impérialisme des États-Unis et d'autres pays dont l'Allemagne bon second, poursuivent le même but : Avoir Israël comme pilier potentiel de l'impérialisme au Moyen-Orient, et comme bastion rempart contre les tentatives anti-impérialistes en particulier celles des peuples arabes.

Le KPD(B) déclare de nouveau sa complète solidarité avec le peuple palestinien opprimé par Israël et appelle tous les hommes et femmes qui se sentent attachés à la paix et la condition humaine de se rallier à cette Solidarité.

Nous exigeons la levée de tous les blocus et entraves d'Israël contre la Palestine. La libération immédiate des membres du convoi humanitaire pour Gaza arrêtés par Israël.

Le retrait complet d'Israël de tous les territoires occupés y compris l'évacuation des colonies israéliennes.

La liberté et l’autodétermination pour le peuple palestinien dans son propre État souverain y compris sa capitale Jérusalem!

Le droit au retour des Palestiniens expulsés dans leur patrie.

Kommunistische Partei Deutsclands (Bolschewiki)

Berlin 1.6.2010 Bild winessgaza. com/

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[Traduction Robert HULO]


Iran

Des navires étasuniens et des sous-marins
nucléaires israéliens dans le Golfe Persique

Immédiatement après l’accord Iran-Pakistan
qui ouvre un couloir énergétique vers l’Est

Israël déploie des sous-marins armés de missiles nucléaires au large des côtes iraniennes: c’est ce que titrait le 22 juin le journal israélien Haaretz, en rapportant une enquête du britannique Sunday Times. Selon ce qu’a déclaré un officier israélien, un des quatre sous-marins Dolphin, fournis par l’Allemagne, se trouve déjà dans le Golfe et, avec ses missiles de croisière à tête nucléaire (portée 1 .500 Kms), il peut atteindre n’importe quel objectif en Iran. À la fin de la semaine dernière, une imposante escadre navale, composée de plus de 12 bateaux de guerre étasuniens et d’au moins une unité lance-missiles israélienne, avait traversé le Canal de Suez, en se dirigeant elle aussi vers le Golfe Persique: ceci afin d’augmenter la pression militaire contre l’Iran. La raison n’est pas seulement celle, déclarée ici, d’empêcher Téhéran de pouvoir un jour se doter d’armes nucléaires.

Il y en a une autre plus pressante: aux débuts de la semaine dernière, Téhéran a signé avec Islamabad l’accord d’une valeur de 7 milliards de dollars, qui lance la construction d’un gazoduc allant de l’Iran au Pakistan. Un projet qui remonte à 17 ans, jusqu’ici bloqué par les Etats-Unis. Malgré cela, l’Iran a déjà réalisé 900 des 1.500 Kms de gazoduc, du gisement de South Pars jusqu’à la frontière avec le Pakistan, qui en construira 700 autres. C’est un couloir énergétique qui, à partir de 2014, ferait arriver chaque jour au Pakistan depuis l’Iran, 22 millions de mètres cube de gaz. Le projet initial prévoyait qu’une branche du gazoduc arrivât en Inde ; mais New Delhi s’est retirée du projet par crainte que le Pakistan ne puisse bloquer l’approvisionnement.

La Chine est par contre disponible pour l’importation du gaz iranien: la China Petroleum Corporation a signé avec l’Iran un accord de 5 milliards de dollars pour le développement du gisement de South Pars, en prenant la place du français Total à qui Téhéran n’a pas renouvelé son contrat (tandis que l’italien Eni - Ente nazionale idrocarburi, NdT- continue à opérer dans les gisements de South Pars et de Darquain). Pour l’Iran c’est donc un projet d’importance stratégique: le pays possède les plus grandes réserves de gaz naturel après celles de la Russie, et elles sont en grande partie encore à exploiter; à travers le couloir énergétique vers l’est, l’Iran peut défier les sanctions voulues par les États-Unis. Il a cependant un point faible: son plus gros gisement, celui de South Pars, est offshore, situé dans le Golfe Persique. Il est donc exposé à un blocus naval, comme celui que les États-Unis peuvent exercer en s’appuyant sur les sanctions décidées au Conseil de sécurité de l’ONU.

À Washington, le torchon brûle du fait que le Pakistan, son allié, a signé l’accord avec l’Iran quelques jours à peine après les sanctions décidées par le Conseil de sécurité. D’où le mouvement militaire, en accord avec les alliés européens, et en particulier avec la France. La porte-avions Truman, qui commande le groupe naval en direction du Golfe Persique, a d’abord fait escale à Marseille, en effectuant une manœuvre en Méditerranée entre le 4 et le 7 juin : avec ses 80 avions d’attaque, une manœuvre d’interopérabilité avec l’aviation embarquée à bord du porte-avions français Charles De Gaulle. Et tandis qu’il était en route vers Suez, le Truman a reçu le 14 juin la visite du ministre de la Défense allemand, accompagné du chef d’état major de la marine.

Le moment le plus exaltant a eu lieu le 13 juin quand, dans la chapelle du porte-avions Truman, un prêtre catholique (français) et un rabbin juif ont officié ensemble un service religieux permettant «aux deux nations alliées de s’unir au niveau spirituel».


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[Il manifesto, 23.6.2010 - www.ilmanifesto.it/archivi/fuoripagina/anno/2010/mese/06/articolo/2954/

[Traduction Marie-Ange Patrizio]

Manlio Dinucci: Géographe et géopolitologue.



Belgique-H1N1

Actualité du scandale

Grippe porcine: une plainte pénale déposée en Belgique

Quoiqu’ayant significativement contribué à l’échec du plan vaccinal concocté par le gouvernement belge à l’initiative des lobbies, le groupe Initiative citoyenne a d’abord été débouté par la Justice de toutes ses demandes.

D’emblée dénoncées et documentées Grippe porcine: joyeux anniversaire!*, cependant, la mystification et l’imposture ont été confirmées partout où l’on s’est avisé d’enquêter. De l’alerte «pandémique» à la pharmacovigilance en passant par un développement bâclé, une autorisation de mise sur le marché proprement défectueuse et des contrats scandaleusement léonins, les dysfonctionnements sont désormais documentés à tous les niveaux.

Il ne s’agit pas de rejouer éternellement le match, mais simplement de comprendre que ce qui s’est passé n’est que l’épisode le plus caricaturalement documentable du processus pervers qui, depuis la directive 65/65/CEE, asphyxie la santé publique sous l’étreinte terrible des lobbies pharmaceutiques: la grippe H1N1 n’est qu’un exemple parmi bien d’autres.

Il existe aujourd’hui une convergence d’éléments clairs, précis, concordants qui permet à Initiative citoyenne de revenir devant la Justice pénale, civile et administrative par souci de la santé citoyenne – justement… Adressée au Procureur du Roi, leur plainte vise les chefs de coalition de fonctionnaires et de corruption de fonctionnaires (cf. l’article du journal Le Soir en PJ)…

C’est aussi l’occasion de revenir sur la question cruciale: qu’y a-t-il de si actuel dans ce scandale dont on voudrait nous faire croire qu’il appartient désormais au passé?

L’actualité du scandale lié à la fausse pandémie grippale se reconstitue aisément d’une relecture tridimensionnelle: l’expertise, la pharmacie, le politique.


L’expertise

Alors que les politiques ne cessent de déléguer aux «experts» l’essentiel de leurs prérogatives décisionnelles, en contestant aux citoyens leur droit de regard eu égard à la complexité présumée des problèmes posés, la grippe porcine offre désormais une histoire paradigmatique permettant de documenter que les experts ne sont en fait que les hommes de paille des lobbies Ethique scientifique et crise de l’expertise*. Si les grands problèmes politiques du moment (crise bancaire, relance économique, développement durable...) renvoient effectivement - au moins en surface - à une certaine complexité (encore parasitée par l’idéologie), la grippe porcine a offert le spectacle d’experts qui n’ont pas craint de se mouiller très précisément («au moins 30.000 morts en France; nécessité de vacciner 90% des enfants pour faire barrage à la pandémie) et qui se trouvent, par le fait même, littéralement ridiculisés aujourd’hui. Plus grave: loin de pouvoir s’abriter derrière leur droit à l’erreur, les experts se sont constamment trompés dans un sens favorable aux intérêts de leurs sponsors inavoués. Or, par contraste avec l’erreur aléatoire, qui peut tomber d’un côté ou de l’autre de la vérité, cette erreur systématique correspond à ce qu’on appelle un biais: elle est d’autant plus éloquente qu’en parallèle, elle s’est appuyée sur une rhétorique de dissimulation des conflits d’intérêts - contradictoire tant avec l’éthique scientifique traditionnelle qu’avec la législation en vigueur. Bref et pour le dire simplement: les citoyens ont pu voir que les experts sont tous nus - et qu’ils ne sont pas beaux. L’actualité de ce constat se renforce que de ce qui s’est depuis lors passé dans le Golfe du Mexique…


La pharmacie

Dans la vie d’un médicament, la phase de développement (avant la mise sur le marché) est incontournable. C’est le seul moment où l’on peut soumettre un nouveau produit à des évaluations contraintes par un minimum de rigueur: contrôle du processus de fabrication, tests chez l’animal, essais cliniques, etc. Même si ces exigences peuvent être contournées (comme attesté par les affaires cérivastatine ou Vioxx), elles ne sauraient en aucun cas être remplacées par une promesse de pharmacovigilance une fois le produit sur le marché. En l’espèce, alors que l’EMEA (l’agence européenne) reconnaissait sans fard que le rapport bénéfice/risque des vaccins antigrippaux n’avait pu être évalué au cours du développement, l’administration sanitaire ne rougit pas de clamer, une fois le produit sur le marché, que les données de la pharmacovigilance «ne modifient en rien» le rapport bénéfice/risque du produit, lequel n’avait justement pas été évalué: c’est dire, avec un parfait cynisme, que ce rapport bénéfice/risque n’a été et ne sera jamais évalué et que ces produits, pour lesquels on a un temps envisagé une obligation vaccinale, sont proprement défectueux au sens légal du terme. Or, cette séquence – développement bâclé sur la fallacieuse promesse d’une pharmacovigilance qui ne viendra jamais – est exactement celle qui sous-tend la proposition de directive modifiant la directive 2001/83/CE qui est actuellement en discussion à Bruxelles: ce projet est proprement effrayant, et la récente histoire des vaccins contre la grippe porcine est l’éloquent prélude de la caricature technico-réglementaire que les lobbies pharmaceutiques cherchent désormais à mettre en place. Cette directive scélérate, faut-il le préciser, ne se limite pas aux seuls vaccins contre la grippe: elle concerne tous les médicaments.


Le politique

Dans la «Préface à l’édition française», datée de février 2009, de son récent ouvrage L’état prédateur, l’économiste américain James Galbraith admettait que sa réflexion portait d’abord sur les états-Unis tout en postulant qu’elle touchait à une dynamique bien plus universelle. Il n’aura pas fallu plus de deux mois pour le confirmer. Car, ce qui frappe le plus, dans cette histoire grippale dont les enjeux financiers ne sont même pas niés par ceux qui en profitent, c’est qu’à aucun moment, on n’a entendu la voix promotionnelle des fabricants: la publicité de ces produits a été assurée par la voix du Ministre et de ses conseillers, au moyen d’arguments qui, dans n’importe quelle autre situation, eussent été sanctionnés par les instances nationales chargées de contrôler la publicité pharmaceutique. Bien pis: en France, le gouvernement n’a pas craint de recourir à la réquisition, authentifiant ainsi de la façon la plus extrême une mystification sanitaire dont les déterminants lucratifs sautaient pourtant aux yeux. Se trouve dès lors illustrée de la façon la plus éloquente la thèse de l’Américain que la déréglementation, ce n’est pas la loi de la jungle au profit de lobbies: c’est l’appropriation par les lobbies de l’autorité et de la puissance de l’état au bénéfice de leur prédation. En l’espèce, on les a donc vus capables de détourner à leur profit la plus extrême des prérogatives de l’état dans un pays qui a banni la peine de mort: son pouvoir de contrainte sur les corps – mais au seul bénéfice de la liquidation des stocks.

Dr Marc Girard

30.6.2010

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[Source http://www.rolandsimion.org/spip.php?article146]


Note

* Articles sur le même cite


Mémoire

Pierre SEMARD

ALGER, le 22 août 1944.

Le 7 mars 1942, les Hitlériens ont fusillé Pierre Sémard, Secrétaire général de la Fédération des Cheminots, membre de la Commission Administrative de la Confédération Générale du Travail, membre du Comité Central du Parti Communiste Français.

Son nom rappelle plus de 30 années entières qu'il a consacrées à la défense des intérêts de la classe ouvrière et du Peuple français, plus de 30 années de lutte et de sacrifices.

Sémard était connu et aimé, non seulement dans son pays natal, le département de Saône-et-Loire, fief des puissants Schneider du Creusot et l'une des plus anciennes régions métallurgiques et prolétariennes françaises ; toute la classe ouvrière de France le connaissait et l'aimait.


L'ORGANISATEUR DES CHEMINOTS

Sémard était cheminot, fils de cheminots. Son père était un travailleur du rail, un cantonnier. Sa femme était garde-barrière. Sa femme est la fille d'un mécanicien, qui perdit les deux jambes dans un accident de chemin de fer.

Pierre Sémard commença sa vie de labeur à l'âge de 15 ans, comme cheminot.

Toute sa famille travaillait à la même gare, à Valence.

En 1906, alors qu'il n'avait que 19 ans, il aida puissamment à l'unification des syndicats de cheminots dans le département de la Drôme.

De là, date le début de sa lutte pour un mouvement syndical uni, puissant et combatif. Il fut un des syndicalistes qui, en 1915, parvinrent à unifier les différents syndicats de cheminots de Saône-et-Loire.

Dès 1916, il était à la tête du syndicat unifié des cheminots de Valence, c'est là en pleine guerre mondiale et après les conférences de Zimmerwald et de Kienthal qu'il adhéra au Parti Socialiste, au moment donc où il y avait des coups à recevoir et non des sinécures à prendre.

En 1917, il fut élu membre de la Commission executive de l'Union des Syndicats de Cheminots du P.-L.-M.

À partir de cette époque, grâce à la remarquable énergie de Pierre Sémard et d'hommes de sa trempe, les travailleurs des chemins de fer constituèrent la force la mieux organisée de la classe ouvrière française. En 1921, au 4me Congrès de la Fédération des Cheminots, qui comptait déjà 120 000 membres, Sémard fut élu Secrétaire général.

Véritable leader ouvrier, Pierre Sémard professait les plus nobles principes. Il mena une lutte incessante contre les traîtres et les renégats de la direction fédérale et réussit à les battre.

Mais ces renégats ne voulurent pas se soumettre à la démocratie syndicale et firent la scission, cependant ils ne furent suivis que par une faible minorité, de sorte que Pierre Sémard resta Secrétaire général de la Fédération Unitaire des Cheminots qui groupait les trois-quarts des cheminots organisés.

En 1931, les travailleurs du rail réélurent Sémard à la direction de la Fédération Unitaire.

En 1936, après que l'unité du mouvement syndical français eut été reconstituée en pleine bataille contre le fascisme, Sémard fut élu Secrétaire de la Fédération unifiée des cheminots de France et d'Algérie et membre de la Commission Administrative de la C.G.T.

Tribun populaire, organisateur dévoué des travailleurs, militant ardent de l'unité ouvrière, fondement de l'unité du peuple entier ; tel était Pierre Sémard, patriote et révolutionnaire : les enseignements de Lénine et de Staline avaient forgé ce type magnifique de combattant intrépide et ferme.

Dès les premières journées de la Grande Révolution Socialiste Russe de 1917, Sémard se dressa pour la défendre. Durant toute sa vie il montra que la Russie nouvelle est la grande amie du Peuple français, sa plus loyale alliée, le bastion le plus solide et le plus sûr, sur la voie du progrès et de la liberté.

En 1919, à la fin de la première guerre mondiale, alors que la réaction française s'efforçait d'écraser les masses sous le lourd fardeau des charges de guerre, de leur restreindre leurs libertés et avant tout leurs libertés syndicales conquises au cours d'un siècle de luttes, les cheminots se levèrent pour défendre leurs droits, entraînant l'ensemble de la classe ouvrière dans les grèves générales de 1919-1920. Sémard fut, avec Lucien Midol, un des dirigeants les plus marquants de ce gigantesque mouvement qui devait réussir à sauvegarder les libertés populaires.

En 1922 Pierre Sémard connut le grand honneur d'un entretien personnel avec Lénine, signe de la valeur que ce dernier attribuait à son œuvre.

En janvier 1923, lors de l'occupation de la Rhur par la réaction française, qui allait nourrir Hitler et ses bandes fascistes, Pierre Sémard figurait parmi les signataires du célèbre manifeste des leaders révolutionnaires du mouvement ouvrier français et allemand qui faisait appel à l'action commune contre les réactionnaires des deux pays.

Pour cet appel hautement patriotique, Sémard, avec Gabriel Péri et d'autres militants du mouvement syndical unitaire et du Parti Communiste, fut traduit devant la Haute-Cour.

Et ce sont les collaborateurs Pucheu et Laval, ceux qui ont jeté le peuple français sous le joug abject de Hitler, qui ont fait assassiner Sémard et Gabriel Péri et tant d'autres, parce qu'ils luttèrent pour l'alliance véritable des peuples français et allemand contre les Hitler et les Laval.

Cependant les masses populaires françaises firent alors échec aux manœuvres de la réaction, Sémard, Péri et les autres accusés furent acquittés.
Dès qu'il eût quitté la prison, Sémard se jeta de nouveau dans l'ardente bataille qui devait décider du sort des travailleurs de France pour l'avenir immédiat.

Il s'agissait de savoir si la Confédération Générale du Travail Unitaire, qui rassemblait les syndicats les plus importants et les plus actifs allait rompre complètement avec les anarcho-syndicalistes pour prendre le chemin de la véritable défense des intérêts des masses laborieuses, inséparables de ceux de l'ensemble du Peuple français.

La lutte, suscitée par la réaction au sein de la C.G.T.U., devenait chaque jour plus aiguë. Au Congrès de Bourges, en septembre 1923, la motion Sémard obtint l'écrasante majorité des voix : elle demandait que la C.G.T.U. engage un combat infatigable pour la défense des travailleurs.

Tels sont les services inappréciables qu'à cette époque Pierre Sémard avait rendus à la classe ouvrière et au Peuple français. Ce n'était là pourtant qu'une toute petite partie de ce qu'il devait accomplir au cours des quinze années qui suivirent.

LE DIRIGEANT COMMUNISTE ET L'ARMÉE FRANÇAISE

En janvier 1924, Pierre Sémard fut élu membre du Comité Central du Parti Communiste Français, au mois de juin de la même année, il en devint le Secrétaire général. Commentant cette décision du Bureau Politique du P.C.F., L'Humanité écrivait :

Pierre Sémard est le type consommé de l'ouvrier communiste. Il a consacré toute sa vie à la lutte active et pleine d'abnégation pour la cause des travailleurs. La désignation de Sémard à la tête du Parti Communiste est le symbole de la volonté du Parti de collaborer loyalement et sans réserve avec les organisations syndicales.

À ce moment là, le P.C.F. se trouvait encore en voie de formation. En utilisant la violence et la ruse, les ennemis des travailleurs et du peuple français en général essayaient sans cesse d'influencer le Parti, à la fois de l'intérieur et de l'extérieur et de le faire dévier de la bonne route.

Il fallait expliquer et défendre infatigablement la ligne communiste, convaincre et organiser, montrer la juste voie, sans négliger une minute le travail quotidien du Parti.

Il fallait chasser du Parti les déviations petites bourgeoises. Sémard sut trouver la ligne juste lorsque en janvier 1925, au Congrès de Clichy, il fut décidé dans l'enthousiasme la réorganisation du Parti sur la base des cellules d'entreprise.

Une solide base prolétarienne allait transformer le P.C.F. qui allait devenir ainsi une des forces essentielles de l'Unité Nationale et allait pouvoir - sans défaillance - tenir tête victorieusement à la scientifique et féroce Gestapo.

Précisément en 1925 les ploutocrates français déclenchaient la guerre du Rif en vue d'augmenter leurs profits.

En sa qualité de dirigeant du Parti Communiste Français, Pierre Sémard appela le Peuple français à fraterniser avec les Marocains ; car il voyait dans cette solidarité une des garanties de la liberté et de la sécurité françaises.

Dans les années qui suivirent, Sémard eut également à faire face à une tâche difficile, celle qui consistait à mener une lutte sans merci contre les provocateurs trotskistes qui essayaient de prendre pied au sein du mouvement ouvrier français pour se transformer ensuite en agents avoués des hitlériens.

Il fallait écraser la trahison, combattre les hésitations et le manque de clarté.

Il suffira de rappeler les noms des coquins contre qui Sémard eut alors à lutter pour saisir l'importance et l'ampleur de l'œuvre qu'il mena à bien. C'était Frossard, aujourd'hui valet de la réaction vichyssoise qui se considère lui-même comme le père de " l'idée fasciste de la Révolution Nationale " ; c'était ce bandit de Souvarine, trotskiste et hitlérien conséquent ; c'était le " métallurgiste " Roy et l'infâme Dumoulin, aujourd'hui agents directs de Abetz, l'ambassadeur d'Allemagne à Paris.

En 1927, l'ennemi lui-même prouva combien il redoutait l'activité de Sémard en le jetant de nouveau en prison.

C'est ainsi qu'au feu des dures batailles qui ont rempli une période de plus de 10 ans, furent éduqués les cadres éprouvés du Parti Communiste et des Syndicats qui, en 1934-1936, allaient lancer et organiser le formidable mouvement en faveur de l'unité des travailleurs, puis de l'unité de la Nation Française tout entière contre le fascisme.

Il faut toujours avoir présent à la mémoire le fait que la constitution du front unique prolétarien et du front populaire ne fut possible dans notre pays que parce qu'y fut édifié, au prix de la lutte la plus acharnée et des plus grands sacrifices, un Parti ouvrier d'un type nouveau, le Parti qui suivit avec fermeté la voie de Lénine et de Staline et qui devint la base de la victoire du peuple français dans son combat contre le fascisme intérieur.

Ainsi Pierre Sémard fut un des militants dont l'activité contribua le plus à la croissance et à la consolidation du Parti Communiste Français.

En juillet 1936, peu après la victoire du Front Populaire, les fascistes allemands et italiens déclenchaient la guerre contre l'Espagne républicaine avec l'aide de Franco et de la Phalange.

Pierre Sémard ne se donna pas seulement avec ardeur à l'agitation pour l'Espagne républicaine, en soulignant que chaque Français devait aider le peuple espagnol - garantie de la sécurité de la France - mais de même que Jean Catelas, député d'Amiens guillotiné au mois de septembre 1941, sur condamnation d'un tribunal pétainesque, il fut parmi ceux qui s'efforçaient d'apporter la plus grande assistance pratique possible à ce peuple.

Nuit et jour, Sémard et les travailleurs français du rail étaient en état d'alerte ; grâce à leur vigilance l'Espagne républicaine reçut toutes les armes qu'il était possible de leur faire passer, étant donné le sabotage des gouvernants français d'alors.

En septembre 1938, l'infâme accord de Munich est signé ; aussitôt les valets d'Abetz, les Dumoulin et les Belin, tentèrent de l'utiliser comme moyen de rompre l'unité syndicale, démolissant ainsi les fondations du Front Populaire et livrant le peuple français à la merci de Hitler ; mais l'écrasante majorité de la Fédération des Cheminots, dirigée par Sémard, condamna au contraire la politique munichoise et déclara qu'elle ne signifiait nullement la paix, mais la guerre, guerre dont la première victime, après la Tchécoslovaquie, serait la France.

C'est en premier lieu à l'indéfectible fermeté de ces militants, formés à l'école du Parti Communiste et des syndicats durant les dures années de bataille contre tous les ennemis du peuple de l'intérieur et de l'extérieur, que la France est redevable de l'actuelle grande unité nationale populaire, contre les oppresseurs hitlériens, cette unité qui leur porte des coups nombreux et décisifs et a rendu possible la grande insurrection nationale libératrice.

C'est à ses fils de la trempe de Pierre Sémard que la France doit tout.

Telle fut la vie magnifique et fière de Pierre Sémard. Sa mort ne devait pas être moins héroïque.


«JE MEURS CERTAIN DE LA VICTOIRE»

Le 2 septembre 1939, le jour même où la guerre éclata, Pierre Sémard était mobilisé.

Afin de l'empêcher de continuer à remplir ses fonctions de Secrétaire général de la Fédération des Cheminots, De Monzie, ministre des Travaux publics aujourd'hui hitlérien le relégua comme employé à la gare perdue de Loches, dans le département d'Indre-et-Loire.

Cependant, même dans ce coin isolé, Sémard ne cessa pas son activité.

Avec l'allant qui l'animait, il continua la lutte pour les intérêts des cheminots, de tous les travailleurs, du peuple français. Voilà pourquoi il fut arrêté une fois de plus au cours du mois d'octobre 1939, par ordre de De Monzie.

Cet aventurier dont la vénalité est devenue proverbiale en France, accusa Sémard de " détournement de fonds syndicaux " parce que ce dernier s'était refusé à livrer à ses émissaires les un million et demi de francs en possession de la trésorerie générale de la Fédération des Cheminots.

Le 6 avril 1940, Sémard était jugé par le même Tribunal militaire de Paris qui venait de condamner les députés communistes.

Le tribunal ne put exécuter les ordres de De Monzie et il fut contraint d'abandonner la vile accusation de «détournement de fonds syndicaux» portée contre Sémard.

Malgré tout le dit tribunal le condamna à trois années de prison pour son appartenance au Parti Communiste.

Sémard fut enfermé à la Prison de Bourges.

C'est là que le trouvèrent le désastre et la capitulation de la France. Les capitulards et les traîtres avaient livré la France et son armée, ils livrèrent aussi à l'ennemi un des meilleurs fils de France, Pierre Sémard.

Les agents de la Gestapo exultaient. Ils utilisèrent tous les moyens à leur disposition pour essayer d'ébranler l'inébranlable Sémard. Ils lui firent savoir que sa femme avait été condamnée à 10 ans de travaux forcés; il ne vacilla pas.

Alors ils eurent recours à la torture. Le coquin de Pucheu accourut à l'aide des bourreaux de la Gestapo. Une lutte terrible commença derrière les murailles épaisses de la prison de Bourges.

Les ennemis savaient quel était le prestige de Sémard parmi les cheminots, combien chacune de ses paroles avait de poids pour eux et pour l'ensemble de la classe ouvrière française. Ils essayèrent de lui arracher une renonciation à ses opinions et de faire de ce grand Français un instrument de leur odieuse oppression. Quand ils se rendirent compte qu'ils n'y parviendraient jamais, ils exécutèrent Pierre Sémard.

Quelques minutes avant d'être fusillé, Pierre Sémard écrivit la lettre ci-après, adressée au Comité Central du Parti Communiste.


Chers amis,

Une occasion inespérée me permet de vous transmettre mon dernier mot, puisque dans quelques instants je serai fusillé.

J'attends la mort avec calme. Je démontrerai à mes bourreaux que les communistes savent mourir en patriotes et en révolutionnaires.

Ma dernière pensée est avec vous, camarades de lutte, avec tous les membres de notre Grand Parti, avec tous les Français patriotes, avec les héroïques combattants de l'Armée Rouge et son chef, le grand Staline. Je meurs avec la certitude de la libération de la France.

Dites à mes amis, les cheminots, que ma dernière volonté est qu'ils ne fassent rien qui puisse aider les nazistes.

Les cheminots me comprendront ; ils m'entendront ; ils agiront; j'en suis convaincu.

Adieu, chers amis, l'heure de mourir approche. Mais je sais que les nazistes, qui vont me fusiller, sont déjà vaincus et que la France saura poursuivre le grand combat.

Vivent l'Union Soviétique et ses Alliés ! Vive la France.

Pierre SÉMARD.


Sous le coup qui atteignait notre Parti par l'irréparable perte de Pierre Sémard, l'auteur de ces lignes écrivait en mars 1942, quelques jours après le crime:

«Tous les Français qui veulent savoir ce qu'il faut faire pour délivrer la France de l'horrible cauchemar du temps présent, tous nos amis lointains qui veulent savoir si la France tient tête, n'ont qu'à lire et à retenir le dernier message de Pierre Sémard.

Tous les Français comprendront clairement ce qu'il -faut faire, tous les amis de la Nation française verront comment ils peuvent l'aider.

«Les hideux, gangsters hitlériens torturent, fusillent et égorgent des milliers d'hommes, comme Pierre Sémard, Jean Catelas et Gabriel Péri, mais la cruauté de l'ennemi est le signe de sa faiblesse croissante. Déjà on peut entendre les premières rafales de la formidable tempête qui porte dans ses flancs la destruction du fascisme.»

Seize mois ont suffi pour que la tempête irrésistible de l'Insurrection Nationale libère Paris et la France de la souillure du fascisme allemand et français.

Dans cette bataille unique dans l'Histoire, les cheminots, appliquant les ultimes directives de leur grand dirigeant, tiennent la tête!

Et les communistes et jeunes communistes formés par le grand Parti dont Pierre Sémard fut un des fondateurs éminents, ont compris ses leçons, inspirées des prestigieux enseignements de Lénine et de Staline.

Union ouvrière,

Union populaire,

Union nationale.

Pour l'action féconde, sans recul, d'où doit sortir par l'effort de tous la France nouvelle, libre, démocratique et indépendante.

André MARTY

Membre du CC du PCF

député de Paris



Staline

Lettre d’Annie LACROIX-RIZ à Jean-Jacques MARIE

À propos de Staline

Le Pecq, le 8/12/2007


Cher collègue

Vous me permettrez de préciser les inexactitudes et malhonnêtetés de votre article, tout en répondant aux arguments qu’avance votre courrier. Je ne vous reproche pas un modeste article de synthèse (et ne parle pas ici de votre «Staline paru chez Fayard» ou de votre «Trotsky paru chez Payot» dont on pourrait examiner le cas par ailleurs). Je fais allusion au brûlot paru dans l’Express des 20-26 septembre 2007 assimilant Staline à «Caligula [qui] symbolise la cruauté, la dissimulation, la mégalomanie, le bluff, le mépris des hommes, tous traits applicables à Staline.» Curieux choix. Vous prenez au pied de la lettre les auteurs latins (à commencer par cette commère de Suétone) dont on sait que, issus des milieux privilégiés, ils ont haï les empereurs qui montraient quelque combativité contre les prébendes des sénateurs. Caligula les traitait en effet fort mal mais, comme lui, j’ai plus de sympathie pour un cheval que pour un sénateur romain. Je n’avais pas songé à cette comparaison entre historiens contemporains «dominants» et chroniqueurs latins avocats d’une impitoyable société de classe, mais elle est riche d’enseignements.

Comme tous les collègues français ou presque, vous partez du principe que Staline a tué femmes, enfants et vieillards, sans parler des hommes valides, grâce à une réglementation, par lui élaborée, aussi idiote que féroce et qu’il aurait légitimée par des complots imaginaires. Ce qui vous donne l’occasion de brocarder «le mauvais roman des Sayers et Kahn». Ce n'est pas parce que le regretté Vidal-Naquet, qui ne redoutait rien tant, et de longue date, que de passer pour «compagnon de route» du communisme, a donné sa caution à cette thèse – fort étrangère à son champ de spécialité – qu’elle est fondée. L'ouvrage en question, The great conspiracy against Russia, New York, Boni & Gaer, 1946, préfacé par le soviétophile sénateur Claude Pepper (un des deux seuls ambassadeurs «progressistes», avec Davies, nommés par Roosevelt), établit en effet que la Russie soviétique a fait l'objet depuis sa naissance d’un complot permanent des puissances impérialistes, acharnées à faire disparaître cet insupportable modèle socio-économique et politique.

Le travail de Sayers et Kahn appartient certes à la catégorie de «l’histoire immédiate», mais ses «notes bibliographiques» souffrent la comparaison avec «l’absence de références» de votre «court article de magazine», et quel magazine! Je vous renvoie à ces notes, précisées pour chaque chapitre p. 140-147 de cette édition de 1946: elles incluent des ouvrages «officiels» soviétiques, d'autres, non soviétiques, assurément anti-trotskistes, mais documentés, ainsi que d’abondantes sources occidentales de renseignements, des archives étatiques publiées, tels les Foreign Relations of the United States, les papiers Lansing, le compte rendu sténographique des procès depuis le début des années trente, etc. J’ai consulté moi-même ce type de matériau au Quai d'Orsay (comptes rendus bruts et commentaires diplomatiques). Le document brut des séances est instructif, parce que, torturés ou pas, les inculpés fournirent des détails précis sur leurs tractations avec l’étranger qu’aucun tortionnaire, si habile fût-il, n’aurait pu leur inspirer, comme je l’ai fait remarquer naguère à propos des procès qui eurent lieu dans les démocraties populaires de l’Est européen, pendant la Guerre froide, contre de hauts clercs stylés et mandatés par le Vatican (Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, 1996, 540 p., réédité en 2007, chapitre 11; sur l’appréciation desdits complots par une historiographie plus récente, cf. infra).

En outre, l’ouverture des archives internationales (soviétiques comprises, mais je travaille moi-même sur les occidentales, cf. infra) ne ridiculise pas, mais étaie la thèse de Sayers et Kahn du complot international, comme l’excellent ouvrage, traduit en français, d’Arno Mayer, Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Fayard, Paris, 2002. «L'ambassadeur d'un pays capitaliste devient fiable dès lors qu'il répète la propagande officielle, m’écrivez-vous. Pour répéter ainsi le mauvais roman des Sayers et Kahn, il faut tout ignorer du dossier Toukhatchevski à Moscou et même de la déclaration du collège militaire de la Cour Suprême de l'URSS de 1957 sur le procès des militaires qui en citait quelques extraits, documents autrement sérieux qu'une correspondance de diplomates étrangers.» J’ai consacré au «dossier Toukhatchevski» des mois de recherche indépendante dans les archives diplomatiques (françaises, américaines, britanniques, allemandes, récemment italiennes)   et militaires françaises (Service historique de l'armée de terre, incluant des fonds spécifiques sur le procès Toukhatchevski): leur concordance est formelle sur les tractations entre Toukhatchevski (et quelques-uns de ses pairs) et l’état-major de la Wehrmacht, impliquant cession de l’Ukraine contre renversement du pouvoir soviétique.

Ces sources d'origine très diverse excluent toute erreur et balaient les a posteriori de «la déclaration du collège militaire de la Cour Suprême de l'URSS de 1957 sur le procès des militaires». Vous vous en contentez parce qu’elle cite «quelques extraits» favorables à la thèse de la réhabilitation de Toukhatchevski, que les dirigeants soviétiques prononcèrent en effet. Le père de Nicolas Werth, l’excellent journaliste britannique Alexander Werth qui, à la différence de son fils, aimait beaucoup l’URSS et ne haïssait pas son chef, souligna dès 1964 les périls d’une réécriture de l’histoire soviétique systématiquement antistalinienne. Il conclut à de sérieuses manipulations «khrouchtchéviennes», en confrontant à des récits d’après mars 1953 nombre de réalités politiques et événements que, ayant passé la période de guerre en URSS, il connaissait personnellement (La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964, p. 19-20). Un document de 1957, favorable à Toukhatchevski, vous suffit à établir son innocence. Au nom de quel impératif méthodologique? En revanche, mes courriers diplomatiques, qui vous déplaisent, ne seraient pas des archives: votre remarque «Beau document d'archives puisqu'il est archivé!» relève du chef-d'œuvre de mauvaise foi. Vous me permettrez de prétendre, cher collègue, savoir aussi bien que vous ce qu’est une archive. Il n'est que de me lire pour le constater.

Je vous remercie donc de lire mon «ouvrage Le choix de la défaite» que vous n'avez «pas lu», notamment ses p. 389-407 (surtout 393-398). Moi, je vous parle de votre article, et je l’ai lu. Vous déduisez du «titre», qui vous déplaît, certes, mais que j’ai scrupuleusement et précisément choisi, que je recours aux «mêmes fables grossières» dont j’aurais usé «dans la lettre à Celia Hart en ignorant les documents soviétiques eux-mêmes.» Parlons-en. Lorsque j’ai répondu aux énormes sottises de Mme Hart, j’ai fourni à mes interlocuteurs les sources de documents établissant la complicité formelle, de 1935 à 1946, entre trotskistes, Trotsky en tête, et élites des puissances les plus résolues à en finir avec l’expérience soviétique (qu’on taxe cette ligne d’anti-stalinisme ne change rien à l’affaire). J’ai notamment envoyé à mon ami (trotskiste) Pedro Carrasquedo, le 22 octobre 2004, les références qui suivent, puisque, travaillant aux Archives nationales, il se proposait de les examiner pour «arbitrer», après le délai nécessaire à l’examen, entre mes accusations graves et les cris d’indignation de divers groupements trotskistes. C’est ce que vous appelez ignorance des «documents soviétiques eux-mêmes». Pedro, que j’ai relancé dans les semaines qui ont suivi son engagement, n’a à la présente date toujours pas usé de son arbitrage et ne m’a plus reparlé du dossier après avoir différé sa remise d'avis.

Vous conviendrez aisément, puisque vous considérez toujours comme nulles et non avenues les accusations soviétiques de complot ou de complicité de ressortissants soviétiques avec des pays hostiles, que, pour établir les liens éventuels avec l’étranger, les sources diplomatiques et policières, notamment occidentales, sont indispensables. Je vous remercie de vérifier les sources que j’ai fournies, qui ne laissent aucun doute sur l’utilisation des trotskistes contre les communistes par les Allemands hitlériens avant et pendant l'Occupation puis par les Américains supposés démocrates. Je conçois que le dossier vous soit désagréable, mais je ne l’ai pas «forgé» (je vous adresse l’original in extenso du texte envoyé à Pedro, qui pourra confirmer mes dires, raison pour laquelle je lui communique notre échange).

Sur Knochen et Boemelburg, voir Le choix de la défaite et Industriels et banquiers français sous l’Occupation: la collaboration économique avec le Reich et Vichy, Paris, Armand Colin, 1999, réédité en 2007, et surtout le prochain, De Munich à Vichy: la mort annoncée de la Troisième République, à paraître en 2008 chez le même éditeur.

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«Pièces indiquées à Pedro Carrasquedo sur Trotski et les trotskistes

Le Pecq, 22 octobre 2004

Remarques sur les pièces déjà indiquées, sur lesquelles nous pourrons discuter (j’en ai annoté une quantité considérable), et sur d’autres

3W, vol. 358, interrogatoire d’Allemands, AN,

Le dossier 4, Knochen, direction générale de la sûreté nationale direction des RG, janvier 47, révèle une filière d’utilisation d’«agents» trotskistes contre le PCF et sa propagande pro-soviétique:

Lutte contre le communisme, œuvre de Boemelburg, notamment très efficace utilisation de propagande trotskiste par agent Barbe ou Barbet, sur radios clandestines installées «consistait à critiquer l’évolution du communisme russe et plus particulièrement de Staline en soulignant qu’il s’éloignait de plus en plus des doctrines initiales de Marx et de Lénine», pour «dissocier les diverses organisations communistes en jetant le trouble dans les esprits», 104, et «d’autres collaborateurs français pour ces émissions mais je ne connais pas leur nom»; et usage d’autres comme le Tchèque Rado, «ex-officier des Brigades internationales», et deux autres agents Tchèques; et Boemelburg «avait d’excellents contacts avec des fonctionnaires de la police spéciale française et, notamment, Deitmar ((sic) Detmar d'après Berlière), Baillet et Rotte ((sic) pour Rottée). (cet interrogatoire suggère qu’il a bien existé des «retournements» d’anciens des Brigades internationales, ce qui relève d’impératifs policiers élémentaires, et ce qui suit dans les dossiers F7 sur des financements réguliers depuis le milieu des années trente rend vraisemblable l’existence d’un noyau acquis aux Allemands depuis lors).


Europe URSS 1918-1940, vol. 988, relations Allemagne-URSS, novembre 33-décembre 39, MAE

Lettre 881 François-Poncet au ministre des Affaires étrangères, Berlin, 9 juin 37, 43-48, 6 p.

Et surtout, fondamental, Lettre 306 de Robert Coulondre au ministre des Affaires étrangères, Moscou, 15 décembre 37, 50-7, 8 p.


7 N 3123, URSS, rapports des attachés militaires, 1937-1940 (colonel, jusqu’en février 39, puis général Palasse), SHAT,

essentiel, tout voir sur 1937 et 1938, notamment tous comptes rendus mensuels et pièces des procès, dont interrogatoires, plus que troublants sur la situation depuis 1934-1936, vu leur recoupement avec d’autres éléments de la documentation, notamment sur l’Ukraine. La chronologie donne la preuve que ce sont les dénonciations des premiers inculpés qui fournissent les éléments nécessaires à l’enquête sur les généraux, et non une initiative préalable des dirigeants soviétiques ou de Staline pour tordre le cou à leurs (ses) rivaux.

Insistance sur le caractère catastrophique, vis à vis de l’étranger et de la politique de «sécurité collective», de ces procès, que l’URSS n’a pas voulus : sa politique extérieure est trop décisive dans la période pour justifier une initiative « intérieure » par ailleurs destructrice de la politique Litvinov.

Lis tout, et soigneusement (même si les inculpés ont été torturés, ils n’ont pu inventer sur ordre du GPu les révélations faites, et que le renseignement militaire de diverses capitales corrobore dans les mois suivant le «procès des généraux» et les exécutions de juin 1937 (compare avec les procès d’après Deuxième Guerre mondiale contre les clercs dans les pays d’Europe orientale, chapitre 11 du Vatican)


7 N 3150, URSS, rapports des attachés militaires, armée et politique, procès Toukhatchevski, épurations, SHAT

Tout voir, j’en ai 16 p. Ce dossier me semble irréfutable. Il est extrêmement surprenant que les excellents Haslam et Carley n’y aient pas mis les pieds. Carley a consulté les fonds du SHAT (cf. mon complément bibliographique de l’agrégation, que je te joins).

Je te laisse voir et on commente ensemble.


F 7, 13429, 1932, AN

Note A.V. 5 1552 sur «La collusion germano-soviétique», Paris, 4 février 32, dactylographié, 9 p. [plus précisément, note sur «les tractations entre l’État-major de la Reichswehr et l’État-major de l’Armée rouge qui ont eu lieu depuis 1922.», transmise par lettre 1634 Ministre de l'Intérieur (direction de la Sûreté générale) au Président du Conseil ministre des Affaires étrangères, Paris, 5 février 32, dactylographié, 1 p., in URSS 1918-1940, vol. 1268, politique étrangère, 1930-1940, MAE] sur la collaboration militaire germano-soviétique depuis Rapallo, [cf. aussi 1/4208, (P.P.), «D'un correspondant», Paris, 1er mai 31, dactylographié, 7 p., annoté presque in extenso, F 7, 13428, 1931]

Sur l’intimité entre certains généraux, dont Toukhatchevski, et la Reichswehr depuis la collaboration militaire des années vingt (Kork, etc., déjà soupçonnés dans les années vingt, et sauvés du poteau d’exécution par l’intervention de la Reichswehr)


F 7, 13431, juillet-décembre 1933 (3 documents de 1934 et 35 à la fin), AN

Ce volume établit l’existence de liens entre Pierre Naville et des agents hitlériens (ferait désordre, au colloque, imminent, si je ne m’abuse, sur Pierre Naville). Tu devrais, avec tes moyens, obtenir davantage de renseignements

Bordereau d'envoi plusieurs courriers août-septembre envoyés par Contrôleur général Strasbourg au directeur de la Sûreté générale, Services de Police administrative, 28 septembre 33, paginé 320

Sur l’Allemand Pfeiffer, et groupement trotskiste, correspondance signée Ervin Bauer, mais au nom de Pierre Naville, 11, rue Manin, 19e

Toujours documentation novembre sur Ervin Bauen et son courrier à Pierre Naville, avec renseignements novembre 33 (sic), paginé 566 (transmis à Contrôleur général … Alsace-Lorraine, lettre 10409, 15 novembre 33) sur le 2e


La lutte contre la «défense nationale» ne relève pas d’une tactique exclusive d’extrême gauche

F7, vol. 12960, 1e bobine, 1935, juillet-12 août 1935, 443 p., dossier dit des «notes Jean», AN

Promiscuités anticommunistes attestées entre des éléments trotskistes, cités, et Doriot (acheté pour sa part de longue date par les patrons, Laval et les Allemands), cf. P.P., 26 juillet 1935, 294-5, P.P. 2 août 25, 373-4 (sauf à faire preuve de naïveté politique, il faut expliquer politiquement la protection active de Doriot auxdits éléments)


F7, vol.15284, divers partis,

Dossier Parti communiste internationaliste (P.C.I)

plusieurs courriers de 1945 et 1946 des RG, sur le financement américain de la 4e internationale, notamment sur Pierre Naville, précis (j’en ai annoté cinq, sans préciser sur mes notes si ce sont les seuls du dossier, je ne m’en souviens donc plus)

(renseignements parfaitement compatibles avec le rôle anticommuniste joué aux États-Unis par le courant trotskiste contre le mouvement communiste, notamment dans le domaine syndical)


F7, vol. 12961, 1e bobine, 1935, mars-juillet 1936

C.  2976, Paris, 24 mars 36, 16

Rôle, notamment financier, des Allemands dans la réorganisation trotskiste en France

V.P. 6, Paris, 10 avril 36, 156-8, le choix des thèmes de propagande

Et plusieurs courriers, que je n’ai pas annotés, vois le volume.»

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«Sur la famine en Ukraine, de 1932-1933», distinguons entre deux domaines: n’étant pas spécialiste de l’histoire sociale russe ou soviétique et ne lisant pas le russe, je n’ai abordé la question que dans la mesure où les énormités publiées sur «la famine en Ukraine» me paraissaient antagoniques avec «la correspondance de certaines ambassades occidentales», correspondance abondante et convergente. Cette affaire ukrainienne était pour moi suspecte, les courriers de 1933 regorgeant d’indications précises sur une «campagne allemande» relative à l’Ukraine et liée au plan de sa conquête. Sur le détail de l’histoire sociale, je me suis donc appuyée sur les multiples travaux étrangers parus ces dernières années, tous fondés sur les archives soviétiques. J’y ai trouvé confirmation de ce qu’établissait la correspondance diplomatique «occidentale» (pas italienne ni allemande): la thèse génocidaire est absurde et «la famine en Ukraine», d'une part n'est pas spécifiquement ukrainienne (vous ne le prétendez heureusement pas), d'autre part est incommensurable avec celle des années vingt.

J’affirme pour ma part, documents diplomatiques divers à l'appui, que «la famine en Ukraine» fut considérablement gonflée par une campagne de presse inscrite dans le projet de conquête allemande. Ce tapage, qui faisait ricaner les diplomates, si antisoviétiques fussent-ils (tel François-Poncet), associa étroitement le Reich, la Pologne (à laquelle Berlin fit croire qu’il y aurait un morceau d’Ukraine pour elle, comme il lui promit, du dépeçage de la Tchécoslovaquie auquel elle participerait, le «pourboire» de Teschen – pour moins d’un an) et le Vatican, laquais du Reich – pour ne citer que les auxiliaires les plus importants, puisque tous les féaux de l’Allemagne s’alignèrent. C’est évidemment cette campagne que j’ai rencontrée d'abord, dans les sources diplomatiques.

Les travaux d’histoire sociale que j’ai lus ensuite ont confirmé ce qui ressortait des séries économiques et sociales des fonds URSS du Quai d'Orsay, à savoir que l’épisode devait beaucoup aux pratiques de rétention des paysans privilégiés (ou relativement privilégiés, mais ulcérés par la collectivisation). Ces travaux ignorent complètement les opérations germano-ukrainiennes en cours ou, comme vous, sans les connaître, les imputent aux forgeries intéressées de Staline. Notez cependant que le Reich finance le mouvement autonomiste ukrainien depuis la fin du 19e siècle, comme il appert clairement des volumes Allemagne de la «Nouvelle série 1897-1918» du Quai d'Orsay). Restons sur le seul terrain socio-économique. Des trotskistes dont le chef théoricien n’a pas toujours récusé la collectivisation la trouvent criminelle quand c’est un Staline qui la réalise? «1929-1930. Lance la collectivisation forcée». Ah bon, parce que la contradiction entre les propriétaires bénéficiaires de la NEP et les paysans sans terre, d'une part, et la modernisation du pays, d'autre part, est une dimension étrangère à votre courant de pensée? «et instaure le goulag» (article, p. 40) : sur cette énormité, je vous renvoie à l’historique présenté par Mayer de la prison et du camp de travail dans l’histoire russe puis soviétique.

Vous constaterez à la lecture de la dernière version de ma présentation critique de «la famine en Ukraine» (qui figure sur mon site), jointe au courrier électronique par lequel je vous adresse la présente lettre, que je ne suis pas l’ignorante que vous croyez sur l’histoire sociale de l’URSS. Je maintiens toute mon argumentation sur le scandale du chiffrage des morts de «la famine en Ukraine» et ailleurs, chiffrage que vous-même, dans votre article (p. 40, «en Ukraine (4 millions de morts) et au Kazakhstan (1,8 million)» et maints collègues avez repris à la «source» statistique d’Alain Blum, consistant à regrouper une décennie de mortalité sur l’an 1933 (et pourquoi 4 en Ukraine?).

Vous m’avez sidérée par la remarque que, «en 1932-33 aucun photographe n'a pu mettre les pieds dans la région touchée par la famine et bouclée par l'armée et les troupes spéciales du Guépéou.» Il existerait donc un exemple historique qu’une interdiction officielle de photographier ait empêché la prise clandestine de photos? Manquons-nous de photographies clandestines sur «la destruction des juifs d’Europe»? L’URSS était, quoique vous en pensiez, truffée, surtout en Ukraine, d’agents divers, surtout allemands et polonais, très souvent déguisés en clercs, et chargés de renseignement militaire (je vous renvoie à cet égard à mon ouvrage Le Vatican, l'Europe et le Reich, explicite et documenté). Le début de la décennie trente a correspondu à leur effectif maximal dans ce malheureux pays. Ils ont accumulé les plans d’installations militaires (j’en conte tel épisode «vatican») mais ils n’auraient pas fait de photos? C’est une thèse absolument irrecevable. Et, comme il n’existe pas de photos de «1932-33», vous trouvez naturel qu’on les remplace par celle de la famine de 1920-1921? Vous devriez consulter l’ouvrage du photographe-historien Tottle Douglas, Fraud, Famine and Fascism. The Ukrainian Genocide Myth from Hitler to Harvard, Toronto, Progress Book, 1987.

Vous dites pouvoir «sans aucun problème […] mettre une ou plusieurs […] sources archivistiques soviétiques et russes, de première main […] en face de chacune de [vos] affirmations». Je vous remercie donc de me préciser à quelles sources «de première main» contemporaines des faits (et non postérieures à la mort de Staline si elles ne sont pas contrôlables par des sources «de première main») vous avez puisé vos développements «psychologisants» sur cet homme fourbe, sadique, cruel, rompu à «la méfiance et la dissimulation» par sa formation au séminaire de Tiflis (article, p. 41); sur le lien entre le jugement de Soukhanov sur Staline «tache grise» et la «balle dans la nuque» dont il mourra «plus tard», ce nul étant «rancunier». La «société» soviétique aurait été «affamée» (sur quelles études économiques vous appuyez-vous?, les archives que je fréquente depuis des décennies établissent plutôt les progrès dans l’alimentation de la population entre 1917 et 1941). D’où tenez-vous que «la terreur» relevait de la seule malignité de Staline? Car selon vous, l’Allemagne ne s’occupait pas de l’URSS, pas plus que de l’Ukraine: d'ailleurs, quand la Wehrmacht est entrée en URSS, le Reich n’avait jamais rien fait ni tenté contre l’URSS, pas stipendié ses adversaires – pas plus que dans le reste de l’Europe occupée d'ailleurs. Allez donc lire ce que pensait le père de Nicolas Werth de la Gleichshaltung de la France de 1938. Paris et Londres ne s’étaient non plus jamais occupés des Soviets, ni Washington, ni Rome-Saint-Siège. La Cinquième Colonne, terme inventé par les franquistes pour qualifier leurs œuvres dans le camp républicain espagnol, serait une invention stalinienne. C’est comme la Révolution française: l’aristocratie européenne a tranquillement attendu qu’elle «mangeât ses enfants», en lui consacrant à peine un regard. Vous rejoignez l’historiographie la plus réactionnaire, Furet et ses héritiers, qui a actuellement envahi le champ de la Révolution française et clame partout que les révolutionnaires ont, sinon totalement inventé, du moins instrumentalisé le péril contre-révolutionnaire (voir les travaux de Jean-Clément Martin, dont la nomination a sonné le glas de l’influence marxiste – stalinienne? – sur cette historiographie, si solide depuis Mathiez).

Je conteste formellement votre thèse, celle de l’historiographie dominante française, de la fabrication des complots. L’historiographie «révisionniste» américaine ou britannique fournit depuis des décennies des travaux documentés par des sources étatiques «de première main» sur lesdits complots. Votre citation du seul «mauvais roman des Sayers et Kahn» date singulièrement, tant ce champ de recherche a été confirmé et rénové dans les dernières décennies. Arno Mayer recense un certain nombre des travaux correspondants. Roberts aussi, dont vous réduisez les ouvrages (j’en ai cité un, mais il y en a d’autres) à des «études britanniques qui […] utilisent des fragments […] de documents d'archives accessibles» (assurément, vous n’avez jamais lu Roberts). J’en cite également beaucoup, notamment dans la recension du dernier livre de Roberts (qui figure sur mon site), et je trouve depuis plus de 35 ans traces diplomatiques, militaires et policières avérées par leur abondance et leur concordance de ces complots «occiden-taux».

Admettons que Staline aurait «tenu» des militants par la connaissance de leurs faiblesses. En quoi la chose signale-t-elle son indignité? Trotskiste, et par définition «militant révolutionnaire» ou «ouvrier», vous connaissez la fonction des responsables des «biographies» des militants et la règle établie par l’Internationale communiste à ce sujet (qui n’avait pas scandalisé Trotski à son époque bolchevique, à ma connaissance). Elle n’établit pas la vilenie des communistes, mais la simple conscience que le camp d’en face pouvait introduire des «moutons noirs» dans le leur. Complot imaginaire? J’ai consulté dans le volume F7 13427, Allemagne, renseignements 1929-30 (Archives nationales) les «listes noires du PC allemand» que détenait la police française (et comment donc? Par quelle curieuse voie?). Elles comportaient «deux parties»: 1° «espions, provocateurs et traîtres», 2° «Escrocs, chevaliers d’industrie et nuisibles au parti». La confrontation de ces listes avec des sources directes légitime ces précautions communistes de «flicage», qui ne faisaient que répondre à l’adversaire. La pression étrangère en URSS, réelle, non imaginaire, et l’achat de militants par l’adversaire (dont vous auriez une idée précise en lisant mon Choix de la défaite, et bien d’autres avant moi ont traité du cas de Doriot) ont évidemment enraciné ces pratiques. Elles vous choquent? Pas moi, qui suis habituée aux archives policières, donc à la traque des révolutionnaires et à la corruption de militants las de la dure action de classe, piégés pour un motif ou un autre, tentés par une vie plus facile, etc.; qu’elles attestent. Je comprendrais, même si je n’avais pas de sympathie politique précise, que les révolutionnaires aient tenté de se prémunir contre le flicage et la corruption éventuels des leurs. Ils avaient en effet fort à faire. L’épisode des fonds inépuisables de l’UIMM ne surprend que ceux qui ne travaillent pas sur les fonds des services spécialisés de la police, seule sources sérieuses sur ces pratiques.

En revanche, quelles sont vos sources sur la tenue en laisse de Thorez et d’Ernst Thälmann, par Staline qui «aim[ait] les taches»? Prétexte à imputer à Staline seul la ligne «de combattre en priorité les socialistes, jugés plus dangereux que les nazis» (article, p. 42). Il faut résolument ignorer l’histoire allemande, et le rôle réel du SPD de soutien actif aux forces de réaction avant, pendant et après la Première Guerre mondiale, pour attribuer le conflit SPD-KPD aux caprices de Staline. Vous n’allez pas dans votre article jusqu'à mentionner la thèse de Margaret Buber-Neumann, selon laquelle cette canaille de Staline aurait livré à Hitler les militants du KPD. Merci de me dire si des archives soviétiques ont confirmé la thèse de cette ex-communiste que l’Occident a sacralisée autant que Kravchenko (franche canaille   selon les fonds du Quai d'Orsay, formels: correspondance de janvier 1948, Europe URSS 1944-1948 vol. 45, relations avec les Anglo-Saxons, janvier-mai 1948, MAE   qui a d'ailleurs usé de son témoignage au procès de 1949). Je n’ai en des décennies jamais rien trouvé sur ce point, mais vous suggérez que Staline obtint par le pacte germano-soviétique la capacité de libérer des griffes hitlériennes certains militants communistes ou d’y maintenir les autres, tel Ernst Thälmann qui, «emprisonné par la Gestapo, […] ne sert plus à rien. Staline le laissera pourrir en prison.» (article, p. 42). Il aurait donc eu le pouvoir de l’en sortir.

Je n’ai pas lu «les lettres envoyées par Thälmann à Staline et Molotov par l'intermédiaire de sa femme Rosa», mais j’ai consulté des sources m’autorisant à mettre en doute vos affirmations. Je mentionne en passant votre présentation, peu originale en France, du pacte germano-soviétique – une des horreurs que vous imputez à Staline (article, p. 40), dont je présente les origines, depuis 1932-1933, dans Le choix de la défaite. Ce fut une simple précaution, de l’avis du grand antibolchevique Churchill, prévue depuis 1933 par les diplomates et attachés militaires «occidentaux» au cas où l’URSS n’obtiendrait pas une alliance tripartite comme celle de 1914. Cette thèse, confirmée par les sources et la bibliographie que vous ignorez, interdit à tout historien à la fois documenté et honnête de transformer l’URSS et le Reich en alliés du 23 août 1939 au 22 juin 1941. J’affirme, comme Roberts et Carley, qu’ils ne le furent point. Et j’accorde crédit à un document figurant dans le volume 36 de la série URSS Europe 1944-1949 du ministère des Affaires étrangères, Allemagne-URSS octobre 1944-octobre 1947, établissant que seuls les hitlériens avaient pouvoir sur Ernst Thälmann, et aucunement Staline. Selon cette note de renseignement (sans date, classée dans de la correspondance de novembre 1944, «Expérience russe Heinrich Himmler»), était considérée, le 15 février 1945 (date manuscrite) comme «vraisemblable» par la direction Europe du Quai d'Orsay, Himmler tenta depuis la fin 1943 d’utiliser Thälmann comme intermédiaire dans une tentative de «paix séparée germano-russe» (divers détails sont fournis sur ses conditions). La pression dura, mais le dirigeant communiste ne voulut rien savoir. Himmler décida donc, au bout de plusieurs mois de «supprimer les témoins gênants de cette “expérience”. Thälmann fut assassiné par la Gestapo [en août 1944] sur l’ordre de Himmler et pour donner le change, on exécuta avec lui quelques autres détenus politiques. Officiellement, le gouvernement du Reich annonça que le camp de concentration où se passa le drame [Buchenwald] avait été atteint par des bombes ennemies au cours d’un raid aérien. Les deux hommes de confiance de Himmler furent impliqués dans l’affaire du complot contre Hitler et exécutés.» Qu'est-ce que Staline a à voir avec le sort d’Ernst Thälmann après mars 1933?

Sur Staline pendant la guerre, vous répétez tous les poncifs sur le pleutre terrifié, méfiant envers un Sorge habitué des bordels, «paralys[é]» par le 22 juin 1941; manque à peine la thèse de la pure et simple surprise, Staline étant pris «à la gorge» par l’invasion; «piètre chef de guerre» seulement «soucieux […] de dresser les généraux les uns contre les autres», hurlant au faux complot pour expliquer «la débâcle» dont il est seul responsable (article p. 45). Vous gagneriez à lire Roberts, qui, avec ses sources (pas des bribes) et son immense bibliographie, vous dément en tous points. De quelles sources directes tenez-vous 1° le discours de Staline au «chef de la Tcheka» sur les délices du «choix de la victime» et de l’assouvissement de la vengeance? (article, p. 45-46), 2° l’épisode suivant, exemple concret présumé de la passion de Staline pour le rôle du chat écrasant la souris (p. 46). Vous servez au lecteur la thèse de l’antisémite («Sa campagne antisémite vise à décimer les juifs», p. 46), qui nous change de celle de la droite et de l’extrême droite que vous ne mentionnez pas, qui avait inondé l’entre-deux-guerres, du Staline «pantin des juifs». Merci de vous reporter sur ce point à mes arguments critiques de Roberts sur l’après 1945. Votre amalgame final sur les thèses alléguées des «vétérans» est franchement indigne.

Votre humour sonne faux sur l’«“historien” anglais» (pourquoi ces guillemets ? Vous lui refusez le titre d’historien?) qui pourrait «pomper [l]e gros livre […d’] un “historien” stalinien russe» (qui? Pas historien non plus? Alors, les seuls historiens sont les historiens français antisoviétiques?). Ces façons, qui frôlent la xénophobie, surprennent, moins cependant que l’incroyable incapacité des historiens trotskistes français (l’Américain Moshe Lewin, lui, ne nie pas les évidences) à envisager les rapports sociaux quand ils traitent de celui qui a dirigé l’URSS de la fin des années vingt à 1953. Accepteriez-vous de n'importe quel «historien» ou historien qu’il évacue l’analyse économique et sociale? C’est ce que votre haine de Staline vous conduit à faire de façon systématique, comme nos collègues vernaculaires de tous bords, extrême droite incluse. C’est désolant. On peut à propos de l’URSS de Staline écrire n'importe quoi, comme on agit avec les photos: puisqu’on ne dispose pas des bonnes (et pour cause), on fait avec les fausses, car cesser d’ériger Staline en monstre sanguinaire, fût-ce sur la base de sources convergentes, serait «vraiment gonflé». Le «militant ouvrier» que vous flattez d’être ne s’interroge-t-il pas sur l’exploitation par «l’ennemi de classe» de sa réputation de «spécialiste de l’URSS»? Si le stalinisme vous fait horreur, ne réfléchissez-vous jamais à la remarque du vieux Bebel sur le sens des flagorneries ou félicitations de la bourgeoisie? Aucun «militant ouvrier» ou historien honnête et indépendant n'est sollicité par L’Express pour ses qualités militantes ou scientifiques. Et notre collègue anglais Simon Sebag Montefiore, auteur dans le même magazine du torchon «Le voyou qui lisait Platon» (p. 48, 50), pourrait y réfléchir aussi, lui dont tous les ouvrages obtiennent traduction immédiate en français, tandis que Roberts et tant d’autres sont condamnés à l’obscurité.


Bien cordialement,


Annie Lacroix-Riz


URSS

Hier à la Douma d’état

Falsification «historique»?

Le député Victor Ilioukhine propose de mener une commission d’enquête parlementaire

Les soi-disant partisans de la vérité historique se souviendront longtemps de la 70ème convocation de la 5ème Douma d’état. De la tribune de la Douma le communiste Victor Ilioukhine a déclaré que «le groupe parlementaire du Parti communiste de la Fédération de Russie dispose d’information qu’il est nécessaire de vérifier par la création d’une enquête parlementaire selon lesquelles, au début des années 90’ du siècle passé, sous l’égide de l’administration du président Boris Eltsine, a été constituée une équipe de spécialistes pour contrefaire des documents historiques de la période soviétique, et particulièrement stalinienne, afin de déshonorer le gouvernement soviétique et d’assimiler le stalinisme au fascisme».

Toujours selon les mots de Victor Ilioukhine «dans ce groupe sont entrés des collaborateurs des services spéciaux russes ainsi que du Sixième Institut de l’état-major général des forces armées du pays. Ce groupe disposait d’anciennes ‘datchas’ du CC du PCUS situées dans le village de Nagorni, dans la banlieue de Moscou». Le député communiste n’exclut pas que «ce groupe ou une partie de ce groupe continue de travailler aujourd’hui encore» «Le pic de son activité à coïncidé avec la divulgation des documents du Politburo et du Comité central du PCUS au début des années 90 par la commission gouvernementale dirigée par Mikhaïl Poltoranine».

Selon les informations que possède Victor Ilioukhine «Du point de vue technique des centaines de fausses pages ont été fabriquées et sont été mêlées aux dossiers et documents d’archives» «Ainsi à été établie la falsification du soi-disant testament de Lénine, de certains documents quant à l’abdication de Nicolas II. C’est de là que proviennent les ‘documents’ montrant que Staline était un agent de l’Okhrana, la soi-disant lettre de Béria de mars 1940 demandant au Politburo son accord pour fusiller 27.000 prisonniers de guerre polonais et la fausse copie de la soi-disant décision du Politburo donnant son accord pour l’exécution des Polonais.»

Comme preuve de ses propos Victor Ilioukhine est prêt à fournir les résultats d’expertises ainsi que l’arsenal des falsificateurs: les faux tampons, les faux timbres, les fausses empreintes de signatures de Staline, de Béria et d’autres personnes, les feuilles vierges datant des années 30 et 40 grâce auxquelles ont été préparés les faux documents.

Pour éclairer ses collègues, le député communiste a, de la tribune, montré les conclusions d’expertises montrant la fabrication des documents sur une «soi-disant collaboration du NKVD avec la Gestapo de l’Allemagne hitlérienne», ainsi que dans la correspondance archivée entre le Commissariat du Peuple à la Défense, le NKVD, le MGB avec Staline. Il a aussi montré des documents visant à légaliser des faux, notamment de prétendues «notes» émanant de l’état-major général de l’Armée rouge.

Malheureusement, a remarqué Victor Ilioukhine la falsification a fonctionné et s’est répandue par de nombreux canaux, même scientifiques. Les faux sont cités comme véridiques dans la littérature historique, dans les productions documentaires et artistiques, qui forment chez les gens une vision déformée de notre proche passé. C’est le but des nouveaux idéologues mais c’est un grand malheur pour notre peuple à qui on refuse le droit de connaître la vérité sur son passé, a dit V. Ilioukhine. Selon les données dont il dispose «le collaborateur d’Eltsine, Dimitri Volkogonov a transmis à la bibliothèque du Congrès des États-Unis de centaines de documents d’archives estampillés ‘ultra secrètes’ et ‘secrètes’, soit en tant que copies ou soit en tant qu’originaux et qui maintenant se promènent dans l’Europe entière» Cela provoque une grande inquiétude chez le député communiste et ses camarades de parti.

Questions de principe: que s’est-il passé avec les archives? Pourquoi a-t-on mis à disposition du public des documents estampillés «à conserver pour toujours» ou «ne pas divulguer». Ces prescriptions concernaient tous ceux entre les mains de qui ces documents pouvaient se trouver. Pourquoi les à-t-on négligés et dans quel but? C’est ce que la commission d’enquête parlementaire devra avoir obligatoirement les moyens d’éclaircir , à conclu Victor Ilioukhine

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[Sovietskaïa Rossia, 17.6.2010]

[Traduction Jean-Louis GLORY]


Colombie

Lettre des FARC-EP à UNASUR

La paix de la Colombie est la paix de Notre Amérique

Malgré le refus intransigeant du gouvernement colombien de dialoguer avec la guérilla attisé par le mirage d’une victoire militaire et l’ingérence de Washington, nous voulons réitérer à l’Union des Nations du Sud, UNASUR, notre volonté irréductible de chercher une sortie politique au conflit.

Que le conflit ait depuis des années dépassé le cadre des frontières de notre patrie - conséquence des stratégies «préventives» imposées à Bogota par le gouvernement des états- - est une donnée de fait. Si la Colombie est occupée militairement par une puissance étrangère c’est pour le développement d’un intérêt géostratégique et sa domination continentale mais pas à cause d’une guerre locale contre-insurrection-nelle.

Tout le monde sait que la Maison Blanche regarde avec inquiétude l’implantation politique, toujours plus importante dans cet hémisphère, de gouvernements qui optent pour le respect de la patrie et de la souveraineté.

Dans notre pays, le Plan Colombie, la stratégie néolibérale, la violence institutionnelle et para-institutionnelle, ont profondément aggravé le conflit, en rendant très difficile de surmonter cette phase de confrontation fratricide sans l’aide de pays frères.

Le drame humanitaire de la Colombie nécessite la mobilisation et la solidarité continentales. L’obsession, presque demi-séculaire, de l’oligarchie à vouloir soumettre la guérilla par la force militaire et l’exécution de plans guerriers et répressifs de Washington ont causé d’innombrables massacres, une quantité incalculable de fosses communes comme celle de la Macarena qui cache plus de 2.000 cadavres: la plus grande d’Amérique latine, des crimes contre l’humanité connus sous l’euphémisme «faux positifs», le déplacement forcé de citoyens pour causes politiques, des arrestations arbitraires, 30 millions de pauvres dans un pays de 44 millions d’habitants…

Certains font fréquemment allusion à «l’obsolescence» de la lutte armée révolutionnaire, mais ceux-ci ne disent rien sur les conditions et sur les garanties pour la bataille politique en Colombie.

D’autres font porter le chapeau à l’insurrection et non pas sur la stratégie néocoloniale du gouvernement US, faisant semblant d’ignorer qu’avec ou sans guérilla l’Empire poursuivra son objectif de domination. Et d’autres encore sont enclins à faire pression sur une seule des parties antagonistes, presque toujours sur la guérilla.

Depuis leur création en 1964 à Marquetalia, le seul objectif stratégique des FARC a été celui de la paix et la justice sociale et non pas la guerre pour la guerre. Si les discussions de paix de Casa Verde, de Caracas, de Tlaxcala et de el Caguán n’ont pas abouti, c’est à cause des oligarchies qui n’ont jamais voulu prendre en considération ne serait-ce un seul changement dans les structures politiques, économiques et sociales injustes ayant motivé le soulèvement.

Aujourd’hui, tout en affichant nos indiscutables devises politiques, nous affrontons la plus grande machinerie de guerre qu’aucune guérilla n’ait jamais eu à combattre, tout en luttant toujours pour la possibilité d’une solution politique.

Messieurs les présidents: À l’instant-même où vous le jugerez opportun, lors d’une assemblée de l’UNASUR, nous sommes prêts à vous exposer notre vision du conflit colombien.

La paix de la Colombie est la paix du continent.

Cher(e)s compatriotes,

Recevez nos salutations distinguées

Secrétariat de l’État Major Central des FARC-EP

Montagnes de Colombie, août 2010,

Année du bicentenaire du cri de l’indépendance. dimanche 29 août 2010

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[Traduction: Esteban GARCÍA]


Inde

Dans l’est de l’Inde, des protestataires se battent contre le géant minier Arcelor Mittal

par Moushumi Basu

Dans les terres rurales et tribales de l'Inde orientale, des manifestants sont en guerre contre le géant mondial de la sidérurgie, Arcelor Mittal. «Nous sommes prêts à sacrifier nos vies, mais pas à céder un pouce de nos terres», crient les villageois. «La forêt, les rivières et la terre sont à nous. Nous ne voulons pas d'usines, ni d'acier ni de fer. Arcelor Mittal, va-t-en.»

Arcelor Mittal se considère comme «le n°1 mondial de la sidérurgie» et ses revenus en 2006 s'élevaient à 88,6 milliards de dollars. Opérant dans plus de 60 pays, il «a dirigé la consolidation de l'industrie sidérurgique mondiale et figure aujourd'hui comme le seul vrai aciériste d’envergure mondiale», d'après son site Internet.

C'est ici, dans les États riches en minerais du Jharkhand et d'Orissa qu'Arcelor Mittal envisage d'investir 201 milliards de dollars pour établir sa «présence indienne» avec deux usines capables de produire 12 millions de tonnes d'acier par an. Mais avant de s'installer, l'entreprise familiale doit d'abord acquérir la terre qui est l'héritage ancestral de milliers d'Indiens pauvres.

Dayamani Barla, une militante véhémente issue des communautés tribales, mène le mouvement du Jharkhand sous la bannière de l’Ashthitva Adivasi Moolvaasi Raksha Manch (AMARM, le Forum pour la protection de l’existence de la population tribale et aborigène). Elle a plaidé la cause de son peuple des villages de l'Inde rurale jusqu'aux centres de pouvoir européens.

Barla affirme que la Constitution indienne protège les «tribus répertoriées» les Adivasi dans les régions concernées, en interdisant aux non-tribaux et aux groupes privés de céder ou d'acheter les terres tribales et les ressources naturelles.

Gumla et Khunti, les deux régions du Jharkhand concernées, sont habitées par les tribus Munda alors que le Keonjhar en Orissa est dominé par les tribus Gond, Munda, Dehuri et Saunti.

«Pour les communautés tribales, la terre n'est pas un bien à vendre mais c'est un héritage», déclare Barla la pasionaria. «Ils ne sont ni les maîtres ni les propriétaires, mais les protecteurs de ces terres pour les générations futures. Les ressources naturelles ne sont pas, pour nous, seulement des moyens de subsistance mais représentent aussi un symbole de notre identité, de notre dignité, de notre autonomie et de notre culture pour des générations.»

La résistance déterminée menée ces cinq dernières années par les militants de l'AMARM dans le Jharkhand contre le groupe Arcelor Mittal semble avoir porté ses fruits. Le géant de l'acier a récemment décidé de se contenter d'un nouveau site dans les districts de Petarwar et de Kasmar dans la région de Bokaro du même État: «Le nouveau site se trouve à proximité de l'usine sidérurgique de Bokaro, propriété de la Steel Authority of India Limited, et nous avons discuté pour la première fois avec les villageois sur le site et nous avons reçu un accueil plutôt bon», a déclaré Vijay Bhatnagar, PDG d'Arcelor Mittal en Inde et en Chine.

Les militants ont accueilli ce transfert par une série de manifestations et d'actions. En octobre, Mittal Pratirodh Mamch (MPM : Plateforme d'opposition à Mittal) a organisé une énorme manifestation, avec de nombreuses banderoles et pancartes anti-Mittal, à Keonjhar dans l'État d'Orissa. Les militants affirment qu'en plus de déplacer un nombre massif de personnes, le projet proposé par Arcelor Mittal détruirait des forêts, des sources et des écosystèmes, mettant ainsi en danger l'environnement et l'économie de subsistance d'une communauté indigène dont la culture est ancrée dans l'agriculture et dans la forêt.

«Par exemple, notre lieu de culte, ou Sarna Sthal, est composé d'un bosquet d'arbres, sasandari, que nous considérons comme sacrés, et l'emplacement de notre village comprend des pierres érigées à la mémoire des ancêtres de notre clan», indique Barla. «Est-il possible de réhabiliter ou de compenser la terre de nos ancêtres?»

La région de Keonjhar est riche en gisements de minerais de fer et en manganèse et contient 75 % des gisements en minerais de fer de l'Orissa. «Presque 10.000 personnes seraient déplacées et des fractions primordiales de terrains agricoles seraient supprimées... Pourquoi la société ne va pas plutôt s'installer sur des terres inutilisées, sans forêt ni agriculture, qui sont disponibles dans la région?», demande Prafulla Samantra, une militante du MPM.

Un responsable de la société a une réponse toute prête: «Ces États sont fortement dotés en réserves de minerais et l'industrialisation est essentielle pour la croissance et le développement de la région», a-t-il déclaré sous couvert d'anonymat. «Par contraste, le potentiel agricole est peu important ici. Les zones qui ont été sélectionnées dans les deux États pour le projet l'ont été sur la base de considérations techniques comme la texture du sol, la disponibilité en eau, les perspectives d'amélioration des routes et la connectivité du réseau ferré, favorables pour l'usine.»

Le responsable a indiqué que les besoins des villageois étaient pris en compte. «Nous ne pouvons aller de l'avant sans faire de la population locale les partenaires de l'entreprise, en offrant des opportunités pour leur subsistance et leur croissance, à travers des emplois directs et indirects.» Il a indiqué que la société était désireuse d'instruire et de former des jeunes «en partenariat avec différents instituts technologiques dans l'État», et en intégrant des femmes dans les différentes activités financières «grâce à des groupes d'entraide.» «Même la partie illettrée de la population impliquée dans les travaux agricoles peut être formée à différents travaux non qualifiés. L'idée est de donner un nouvel essor à l'économie générale de la région.»

Mettre le territoire sous surveillance

Le président et PDG d'Arcelor Mittal, LN Mittal a depuis longtemps en projet de développer la production d'acier dans son pays de naissance. En octobre 2005, Mittal Steel Company N.V. et le gouvernement du Jharkhand ont signé un protocole d'accord, préalable à la signature définitive d'un contrat (MoU) pour monter une usine de sidérurgie d'une capacité de production annuelle de 12 millions de tonnes d'acier, pour un investissement estimé à 9,3 milliards de dollars. En août 2006, Mittal Steel était racheté par son principal rival, Arcelor [une «fusion inversée», NdE] et la nouvelle entité signait un MoU similaire avec le gouvernement d'Orissa une année plus tard.

Les deux projets sidérurgiques présentés seraient créés en deux phases et permettraient de produire 6 millions de tonnes d'acier chacun, avec l'installation d'une centrale électrique captive. L'achèvement de la première phase est prévue dans les 48 mois à partir de la date de l'accord mentionnée sur le rapport de projet détaillé et la seconde phase, 54 mois après l'achèvement de la première phase.

Le méga-projet sidérurgique du Jharkhand requerra 4.428 hectares de terre dans les régions de Gumia et Khunti et englobera 16 villages, selon les chiffres du ministère de l'Industrie de l'État.

Cependant, Barla ainsi que les villageois locaux, affirment que les chiffres cités ci-dessus «doivent être considérés comme un minima et une première estimation. Mais si l'usine est réellement installée, les besoins en terrains vont manifestement être multipliés pour le développement des infrastructures et des communes, etc.. En même temps, 30 à 40 villages seront probablement déplacés», et la terre pillée, «menaçant ainsi l'environnement et la source même d'approvisionnement alimentaire des aborigènes locaux

Les projets de 3.900 hectares conclus par Arcelor Mittal dans l'État d'Orissa s'étendent sur plus de 15 villages dans le district de Patna de la région de Keonjhar. Le site comprend des équipements pour fondre le charbon et produire l'acier ainsi que des aciéries et une centrale électrique de 750 Mégawatt. De plus, l'entreprise va explorer la possibilité d'installer une centrale électrique d'une capacité de 2.500 Mégawatt dans le Jharkhand et établir des habitations pour les employés et des infrastructures d'alimentation en eau.

Le gouvernement central a approuvé la requête d'Arcelor Mittal de louer 202 hectares des mines de fer de Karampada avec des réserves de 65 millions de tonnes, situés dans la réserve forestière de la région du Singbhum à l'ouest du Jharkhand. Les gisements y sont minéralisés et de très bonne qualité.

Jusqu'à présent, le refus par un nombre significatif d'agriculteurs et d'autres villageois dans le Jharkhand et l’Orissa de vendre leur terres, essentielles aux projets, a engendré des retards «inacceptables», a indiqué LN Mittal au Financial Times (Londres) en octobre. La population doit être «éduquée» pour comprendre et soutenir le bénéfice du développement industriel incluant le besoin de construire de nouvelles usines sidérurgiques sur des terres agricoles, a déclaré le PDG de Mittal. «Si nous ne progressons pas sur ces deux sites, il nous faudra abandonner l'idée de démarrer le projet à ces emplacements et chercher d'autres endroits en Inde pour notre développement.»

Mais un jour après cet avertissement, le magnat de l'acier a publié une déclaration plus tempérée depuis son bureau de New Delhi: «Arcelor Mittal n'a aucunement l'intention de quitter l'Inde. L'Inde est un pays important pour la croissance de la demande en acier et représente une part importante des projets stratégiques à long terme. L'entreprise continue de travailler sur ces deux projets Greenfield dans le Jharkhand et l’Orissa. Cependant, si l'acquisition de terre continue à se révéler difficile, nous commencerons à chercher des sites alternatifs en Inde.»

Le chef du gouvernement local d'Orissa, Naveen Patnaik s'est étonné de l'avertissement de Mittal. «Je n'ai pas reçu d’information de la sorte provenant de la société», a-t-il indiqué à une agence de presse indienne. «Je crois que l'acquisition des terres pour le projet de cette entreprise est en cours. Nous faisons notre possible pour faciliter le projet (et) nous souhaitons régler le problème d'acquisition des terrains à l'amiable et dans une satisfaction mutuelle avec les villageois.»

Le secrétaire du gouvernement d'Orissa, le Dr. AMR Dalwai a indiqué que tant qu'aucune terre n'est attribuée à la société, le processus suivra son cours. La société a eu des réunions avec les Gaon Sabhas (les assemblées de village) dans huit villages et il en sera de même bientôt pour les sept villages restants. Ces assemblées ont légalement pour tâche de sauvegarder et préserver les traditions et coutumes du peuple, leur identité culturelle, les ressources communautaires et leur manière coutumière de résoudre les litiges.

Les responsables du Jharkhand ont réagi différemment. Le gouverneur K. Sankaranarayanan a préconisé le dialogue entre «l'entreprise et les villageois qui possèdent la terre et qui doivent déjà accepter de s'en séparer», a-t-il souligné. «Si l'entreprise décide de se relocaliser dans un autre site, que puis-je y faire? L'État n'y perdra pas; d'autres sont prêts à intervenir.»

Cependant, lors de récents développements, le PDG Vijay Bhatnagar, avec le membre du groupe de direction, Sudhir Maheshwari et le vice-Président, MP Singh, ont rencontré le nouveau gouvernement du Jharkhand, dirigé par le Premier ministre Shibu Soren : «Nous sommes venus réaffirmer notre engagement, nous sommes déterminés à poursuivre le projet dans l'État pour lequel le soutien du gouvernement de l'État est demandé. Le Ministre principal a promis tout son soutien au projet» a indiqué Bhatnagar.

Entre-temps, les militants de l'AMARM dans le Jharkhand se battent bec et ongles contre le projet. En octobre, non découragés par une pluie battante, des milliers d'hommes et de femmes se sont rassemblés au quartier général de la région sur le site prévu de Gumla. Ils étaient armés des traditionnels arcs et flèches, et portaient des balais, des faucilles, des batteurs à grain et des tangi (machettes). Sur les pancartes et banderoles qu'ils brandissaient, on pouvait lire «Mittal va-t-en».

Les villageois manifestaient contre la vente de 512,5 hectares de terre appartenant soi-disant au «gouvernement», pour laquelle l'entreprise a déjà payé 80% du coût (12,39 crores soit 2,8 millions de $) à l'administration de la région. Les villageois ont appelé à l'annulation immédiate de l'acte de vente, soutenant que la terre comprend des ressources naturelles appartenant à la communauté comme les rivières, les ruisseaux, les forêts et les collines qui permettent à une dizaine de villages de vivre dans la région.

Malgré le peu de chance qu'ils ont de gagner la partie, les locaux gardent espoir de conserver leurs terres ancestrales. «Les manifestations des villageois restent présentes à l'esprit», a indiqué le chef de l'administration de Gumla, Rahul Sharma, «la question est désormais en instance de la décision du commissaire divisionnaire mais jusqu'à présent, aucune terre n'a été attribuée à Arcelor Mittal.»

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[Traduit par Isabelle Rousselot

Édité par Fausto Giudice]

Merci à http://www.corpwatch.org
Source: http://www.corpwatch.org/article.php?id=15544
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=231
Source TLAXCALA réseau international de traducteurs pour la diversité linguistiques.


Royaume-Uni

Royaume Uni
les coupes dans les dépenses publiques,
les pires depuis la Seconde Guerre mondiale

par Chris Talbot

Après un examen détaillé des mesures budgétaires de la coalition au pouvoir en Angleterre, l’Institut des études fiscales (IFS - Institute for Fiscal Studies) a dit que le pays se trouvait devant «la période la plus longue, la plus intense, la plus soutenue de restrictions des dépenses publiques au moins depuis la Deuxième Guerre mondiale». C’est la première fois qu’un gouvernement anglais propose d’effectuer des coupes budgétaires sur six années consécutives.

L’IFS a réfuté le discours du gouvernement des conservateurs et des libéraux selon ce «serait plus douloureux» pour les riches que pour les pauvres et dit: «Si vous regardez les réformes devant être introduites en 2013 et 2014, elles frappent le plus durement les plus pauvres et continue effectivement de les frapper de plus en plus fort chaque année.»

L’IFS déclare aussi que «les coupes menaçant dans les services publics… vont vraisemblablement frapper les ménages plus pauvres nettement plus que les ménages plus affluents.»

Lorsque les experts eurent examiné les implications des clauses en petits caractères du Livre rouge du ministère des Finances qui précise les détails du budget, il devint clair que plus d’un million de personnes sont menacées d’être expulsées de leurs logements. Quelque 900.000 personnes en location dans des logements privés perdront leur allocation logement, le plan du ministre des Finances, George Osborne, prévoyant de réduire de 40 pour cent les dépenses pour cette allocation. Des centaines de milliers de gens louant des logements de municipalités et d’associations seront forcées de quitter des logements pour familles, dû à des changements dans l’attribution et la taille des allocations. Un total de trois millions de gens sera touché par ces changements.

Une estimation conservatrice suggère que 750.000 emplois seront perdus dans le secteur public dans les cinq années à venir. Il est vraisemblable que 200.000 personnes vont perdre leur emploi dû à l’augmentation de la TVA. Le chiffre officiel actuel du chômage est de 2,51 millions, soit 8 pour cent de la population active. Les mesures du gouvernement ajouteront au moins un million à ce chiffre.

Le nombre réel des personnes au chômage et de ceux qui sont sous-employés est considérablement plus élevé. Plus d’un million de personnes sont actuellement employées à temps partiel parce qu’elles sont incapables de trouver un emploi à plein temps.

Nick Clegg, le Vice-premier ministre et chef du Parti libéral démocrate a dit à l’émission Today de la BBC que le gouvernement avait été forcé de prendre des mesures dures à cause de la situation économique internationale. «Nous avons affaire à cette sorte de tempête sur le pas de notre porte en Europe ou les marchés mettent une pression énorme sur un pays après l’autre, frappant à la porte de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et ainsi de suite. L’inquiétude est réelle que si nous n’agissons pas maintenant nous seront la prochaine victime, si vous voulez, de cette sorte de panique des marchés.»

Le ministre des Finances du cabinet fantôme, Alistair Darling, a critiqué le budget de la coalition, avertissant de ce qu’il risquait de pousser le Royaume-Uni dans une double récession et affirmant que le Parti travailliste n’aurait pas opéré des coupes aussi drastiques. La vérité est que beaucoup de ces coupes étaient déjà en route lorsque cette coalition arriva au pouvoir. Les travaillistes préparaient une réduction générale de 20 pour cent de toutes les dépenses. S’ils étaient restés au pouvoir, ils auraient élargi les mesures déjà proposées afin de satisfaire l’élite financière.

Les marchés ont réagi favorablement au fur et à mesure qu’ils ont saisi l’impact des mesures budgétaires de la coalition. L’agence de notation Moody’s a confirmé le statut AAA du gouvernement et déclaré que le budget était «un pas crucial vers un renversement de la détérioration considérable de la position financière du gouvernement telle qu’elle s’est produite au cours des deux dernières années.»

Les marchés des obligations étaient satisfaits de ce budget. La raison de la confiance des marchés est le caractère massif des coupes. Alors qu’Osborne a parlé d’une réduction des dépenses de 25 pour cent pour chaque secteur de l’administration, le niveau réel des coupes sera vraisemblablement selon le IFS, de 33 pour cent.

«Margaret Thatcher, fameuse, ou infâme, pour son enthousiasme à prendre la hache et à l’appliquer au gros état, n’a jamais osé faire des coupes si profondes», commenta Philip Stephens dans le Financial Times.

Comme le fait remarquer Martin Wolf, lui aussi dans le Financial Times, cela signifie un tiers d’argent de moins dans l’Enseignement supérieur, le ministère de l’Intérieur, la Justice, les Transports et le Logement. Cela ne s’avérera probablement pas maintenable du point de vue politique…» écrit-il, ajoutant: «Il est également évident que d’autres coupes seront nécessaires dans les prestations sociales. Selon l’IFS, les coupes affectant les autres départements ne seraient ‘que’ de 25 pour cent, en termes réels, si le gouvernement pouvait identifier encore 13 milliards de coupes dans les prestations.»

Ces coupes viendront avec la revue des dépenses en automne et dans celle revues des retraites et des emplois du secteur public qui sont en cours.

La colonne Bagehot du périodique Economist envoya une note d’alarme sur les coupes à venir et la réaction qu’elles produiront:

«Derrière le rapport altier entre la réduction des dépenses publiques et les hausses d’impôts de M. Osborne il y a des êtres humains. Beaucoup savent à présent qu’ils vont devoir payer, mais beaucoup de ceux qui devront payer le plus – c'est-à-dire avec leur emploi – ne le savent pas encore. Quand, dans un pays autoritaire, des parties entières de la population sont abandonnées à l’envahisseur ou sacrifiées dans une bataille, il n’y a pas grand-chose que les victimes puissent faire pour ennuyer les commissaires. En Grande-Bretagne oui: elles peuvent voter, bien sûr, mais elles peuvent aussi défiler dans Londres, paralyser le pays par des grèves et même aller jusqu’à l’émeute.»


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Article original, WSWS, publié le 28.6.10

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=20025



économie

Crise. Quelle Crise? Les Profits Montent en Flèche!

Alors que les progressistes et les gauchistes délibèrent sur la «crise du capitalisme», les industriels, les compagnies pétrolières, les banquiers, et la plupart des principales multinationales des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique, se marrent en allant à la banque.

Depuis le premier trimestre de cette année les profits des grandes compagnies multinationales ont augmenté de 20% à 100% (Financial Times, août 2010, p.7). En fait, les profits de ces compagnies ont surpassé ceux du commencement de la récession de 2008 (Money Morning, mars 2010). Contrairement à ce que disent les blogueurs progressistes les taux de profit augmentent, ne baissent pas, en particulier pour les plus grandes multinationales (Concensus Economics, 12 août 2010). Le maintien du niveau des profits des grandes entreprises est conséquent à l’aggravation des crises subies par la classe ouvrière, les employés du public et du privé, ainsi que celles des petites et moyennes entreprises.

Avec l’arrivée de la récession le grand capital a licencié des millions de travailleurs (un étasunien sur quatre s’est trouvé au chômage en 2010); il a obtenu des concessions de la part des syndicats, reçu des exemptions fiscales, des subventions et des prêts des administrations locales, des gouvernements des états (de la fédération) et du gouvernement fédéral, à pratiquement taux d’intérêt zéro.

Alors que la récession touchait le fond, les grandes entreprises, avec le consentement des dirigeants syndicaux millionnaires, ont pu, avec la même force de travail, doubler leur productivité, intensifier l’exploitation (davantage de production par ouvrier) et réduire leurs coûts en chargeant la classe ouvrière avec une plus grande part des cotisations pour l’assurance santé et les retraites. Le résultat est qu’alors que les revenus ont baissé, les profits ont augmenté et les bilans se sont améliorés (Financial Times août 2010). Paradoxalement les chefs d’entreprise ont utilisé le prétexte et la rhétorique des «crises» en provenance des journalistes progressistes pour contrer les demandes des travailleurs pour une plus large part des profits en augmentation, aidés par le nombre grandissant de chômeurs et de semi-chômeurs susceptibles de servir comme «remplaçants» (jaunes) dans l’éventualité de mouvements revendicatifs.

La montée actuelle des profits n’a pas avantagé tous les secteurs du capital: le pactole a surabondamment profité aux plus grandes entreprises, alors que les petites et moyennes ont au contraire, souffert d’importants taux de faillite et de pertes, les rendant proies faciles pour les «grands gaillards» (Financial Times, 1er août 2010»). Les crises du capital moyen ont conduit à la concentration et la centralisation du capital et contribué à l’augmentation du taux de profit pour les plus grandes entreprises».

L’erreur de diagnostic des crises capitalistes par la gauche et les progressistes fut un problème constant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, époque où on nous affirmait que le capitalisme était «stagnant» et qu’il allait vers son effondrement final. Des récents prophètes de l’apocalypse avaient vu dans la récession de 2008-2009 l’effondrement définitif et total du système capitaliste mondial. Aveuglés par l’ethnocentrisme euro-américain, ils ont manqué de voir que le capital asiatique ne s’est jamais trouvé en «crise finale» et que l’Amérique latine n’en a subi qu’une forme légère et transitoire (Financial Times, 9 juin 2010, p.9). Les faux prophètes on manqué de reconnaitre que les différentes formes de capitalisme sont affectées différemment par les crises et que certaines variantes se rétablissent rapidement (Asie – Amérique latine – Allemagne) alors que d’autres (états-Unis, Angleterre, Europe méridionale et orientale) sont plus sensibles aux rétablissements anémiques et précaires.

Alors que les profits d’Exxon-Mobile ont augmenté de 100% en 2010 et que les grands fabricants de voitures ont enregistré les profits les plus élevés de ces dernières années, les salaires et les niveaux de vie des ouvriers et des employés du secteur public ont souffert des coupes sombres et de licenciements massifs. Il est clair que le rétablissement du niveau des profits des grandes entreprises est basé sur la plus sévère exploitation de la main d’œuvre et les plus grands transferts des ressources publiques aux grandes entreprises privées. L’état capitaliste, avec le président démocrate Obama à sa tête, a transféré des milliards de dollars au grand capital par le biais des renflouements directs, des intérêts quasiment gratuits, des réductions d’impôts et en pressurant les travailleurs pour accepter des diminutions de salaire, de soins médicaux et de retraite. Le plan de «redressement» a fonctionné au-delà de toute espérance – les profits des grandes entreprises se sont rétablis; «sauf que» la vaste majorité des travailleurs s’est enfoncée davantage dans la crise.

Les prédictions irréalisées des progressistes sur l’effondrement du capitalisme est la conséquence de leur sous-estimation de l’étendue du pillage par la Maison blanche et le Congrès, du Trésor public pour ressusciter le capital. Ils ont sous-évalué le degré de liberté accordé au capital pour transférer la totalité de la charge du redressement des profits sur le dos des travailleurs. Dans ce sens, la rhétorique progressiste à propos de la «résistance» ouvrière et celle du «mouvement syndical» reflète un manque de compréhension. Il n’y a virtuellement pas eu de résistance à la régression des acquis sociaux et des salaires, parce qu’il n’y avait pas d’organisation ouvrière. Ce qui prétend passer pour telle est complètement pétrifiée et au service des avocats de Wall Street du parti Démocrate à la Maison blanche.

Ce que nous révèle l’impact inégal et dissemblable actuel du système capitaliste, est que les capitalistes ne peuvent surmonter les crises qu’en renforçant l’exploitation et en revenant en arrière sur des dizaines d’années «d’acquis sociaux». Le processus actuel de redressement des profits, toutefois, est hautement précaire parce qu’il est basé sur l’exploitation d’inventaires courants, des faibles taux d’intérêts et la diminution des coûts de la main-d’œuvre (Financial Times, 10 août 2010, p 7). Il n’est pas basé sur des nouveaux investissements dynamiques et l’augmentation de la capacité de production. En d’autres termes, ce sont des gains «tombés du ciel» - et non pas des profits obtenus par la croissance des revenus et l’expansion des marchés de consommation. Comment pourrait-il l’être – si les salaires se réduisent et le chômage, le sous emploi et la main d’œuvre perdue sont à plus de 22%? Clairement, ce souffle de profits à court-terme, basé sur les avantages politiques et sociaux et le privilège du pouvoir, n’est pas soutenable. Il y a des limites aux licenciements massifs des employés du public et la production de profits provenant de l’intensification de l’exploitation de la main d’œuvre…. quelque chose doit lâcher! Il y a une chose de certaine: Le système capitaliste ne sombrera pas de lui-même, ni sera-t-il remplacé à cause de son pourrissement interne ou de ses «contradictions».


James PETRAS

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[14 août 2010]

[Traduction Alexandre Moumbaris]



Allemagne

La crise du capitalisme n'est pas seulement

celle de l'économie

Dans les media la crise est représentée avant tout comme étant économique et en particulier financière. Cela n'étonne aucunement et ce pour deux raisons: la première c’est la chasse au profit - la primauté de l'intérêt économique -, la seconde ce sont les profiteurs politiques de l’idéologie bourgeoise qui n'ont aucun intérêt à reconnaître la crise comme étant politique ni, surtout pas, comme étant celle du capitalisme. Ils doivent maintenir l'illusion que la politique de l'état bourgeois est capable de régler le problème.

Ce qui se passe actuellement dans le monde capitaliste est beaucoup plus grave que les crises économiques périodiques et cycliques, solutionnées par la destruction matérielle, des guerres où des millions d’êtres humains meurent, et qui donnent lieu à des reconstructions et de nouveaux profits.

Cette crise, tendue, grave et générale de la société capitaliste est arrivée à un stade de maturation qui englobe tous les domaines de la société. Elle se manifeste dans la désorganisation des finances des États, dans les accès de fièvre politique qui renversent de nombreux gouvernements bourgeois et provoquent le départ collectif de politiciens (bien sûr sans que pour autant la situation ne s'améliore). La dégradation culturelle et morale de la société bourgeoise engendre également celle du système social et de la santé - de plus en plus de médicaments ne sont plus remboursés ou ne le sont que partiellement -, la destruction effrénée de nombreuses dispositions sociales vitales, et la course des puissances impérialistes aux ressources naturelles encore disponibles. Le profit est la règle du succès pour les banques et les multinationales. Cette cupidité démesurée des pays impérialistes les a amenés à un niveau d’armement militaire d’une capacité destructrice encore jamais vue, provoquant du même fait la destruction générale de la base économique, sociale et écologique dont l'existence humaine dépend. «Après nous le déluge» devient la devise d'une société capitaliste engagée sur la voie de l’anéantissement.

La maîtrise par l’impérialisme du système capitaliste est confrontée ainsi à un «historique ordre du jour». Pour préserver ses profits, sa seule alternative à une situation grave et pressante est d’aggraver l'exploitation des populations, de détruire du capital et des ressources, bases de la vie humaine, jusqu'à la décadence et le démantèlement de la société.

Même ceux qui ne discernent pas la relation entre la société capitaliste et les conséquences désastreuses et préjudiciables pour les masses laborieuses, ressentent une aversion pour la politique actuelle responsable de cette crise.

Le pillage capitaliste continue. Avec des milliards et des milliards de tonnes d’émissions nocives il dévaste forêts et champs, transforme mers et océans en fosses à ordures, empoisonne l'air et provoque le réchauffement de notre planète…. Alors que des conférences écologiques vides de contenu positif ne font que des déclarations d'intention qui ne les engagent en rien.

Le système capitaliste soumet tout au profit, même dans le domaine, combien important, de la santé. Diverses réformes parlent de pratiques médicales comme si elles traitaient de matériaux ou vendaient des marchandises. Les malades apparaissent comme facteurs rentables ou sources de profit.

Prenons la culture, les masse media ont atteint un niveau si bas que même l’émission télévisée «Le temps» les qualifie d’abrutissantes pour la population. Les classes dominantes craignent qu'un peuple éclairé et instruit ne soit pour elles un danger et qu'il convient de le maintenir dans ignorance.

L'état érige également des barrières pécuniaires pour la formation supérieure des enfants issus des familles modestes. Ils n’ont pas assez d'argent pour acheter les livres nécessaires à l'enseignement supérieur après avoir payé le loyer, l'électricité, la nourriture et l'habillement, éléments fondamentaux, le reste devient du luxe....

Les barrières de classe valent également dans les autres domaines de la vie courante. La même «élite» qui déconsidère les gens modestes et se moque de leur médiocre éducation, les empêche d’en recevoir une qui soit adéquate. Elle a de surcroît la grossièreté de refuser de les financer arguant qu'ils gaspilleraient les fonds en beuveries.

Concernant la criminalité comme le disait Brecht «qu'est ce qu'un rossignol à côté d'une action boursière», ou «qu'est ce qu'un cambriolage de banque à côté de la création d'une banque» (Opéra de quatre sous). Des travailleurs sont renvoyés pour des manquements minimes, alors que les milliards de pertes causées par des directeurs de ces banques ou de grandes sociétés, leur valent au pire un licenciement avec des dédommagements par millions!

L'impérialisme dispose aujourd'hui d'une grande capacité en moyens techniques et en méthodes scientifiques, mais il ne peut et ne veut pas les utiliser pour le bien des peuples. Il dispose d'armes destructrices et meurtrières telles que le monde n'en a jamais connu, mais il ne pourra éternellement soumettre les peuples contre lesquels il fait la guerre. L'Afghanistan témoigne que l'impérialisme finalement ne peut pas gagner, mais cela ne l’empêche pas de tirer des plans menaçant l'Iran, le Venezuela, Cuba…

Les impérialistes parlent de désarmement et à grand renfort de propagande jettent leurs vieux matériels à la casse alors que de leurs forges et arsenaux sortent en permanence de nouvelles armes de destruction encore plus terribles et, destructrices.

Il y a vingt ans, les impérialistes avec leurs agents politiques locaux avaient réussi à renverser les régimes socialistes en Europe. Mais aux hurlements des sirènes succéda la détresse. Le monde impérialiste ne s’est pas montré l’éternel vainqueur. Secoué par les crises il sombre rapidement dans la décadence et ce dans tous les domaines qu’ils soient économiques ou sociaux. La dominance impériale qu'ils entendaient garder après la destruction de l'Union Soviétique et des autres pays socialistes, s’avère déficiente.

Volontairement ils ne s’effaceront pas. Les impérialistes sont prêts à faire sombrer l'humanité dans le néant plutôt que d'abandonner le profit et la puissance extorquée? L'aggravation constante de la crise les rend progressivement encore plus dangereux. Sous la forme fasciste l'impérialisme allemand, lorsqu’à la fin de la Seconde Guerre la défaite devint notoire, promit au peuple allemand de périr avec lui. L'impérialisme actuel serait au sens littéral du terme prêt à détruire la planète à la cadence de sa propre ruine et déchéance, entraînant le monde dans l’anéantissement.

C'est pourquoi il est important de bien informer la population que la crise générale du capitalisme dans les conditions actuelles, se révèle être un péril mortel pour l'humanité, si les forces anti-impérialistes ne se rassemblent pas pour empêcher la société capitaliste décadente de précipiter l'humanité dans une barbarie destructrice. L'issue se trouve uniquement dans la victoire révolutionnaire sur le capitalisme et l'élaboration de rapports socialistes. Un devoir que seule la classe ouvrière alliée aux autres masses laborieuses peut résoudre. Personne d'autre ne sera à même de trouver une issue à la crise capitaliste et la destruction.

Dans ce combat, il est du devoir des communistes en tant que partie consciente du mouvement des travailleurs de prendre la responsabilité politique pour l’avènement d’une nouvelle, future société socialiste. La création d'une unité nationale et internationale en est la condition préalable.

Adam ANTINUS

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[Mensuel du KPD(B) juillet 2010]

[Traduction Robert HULO]


Russie-Allemagne

Le gazoduc Nord Stream:

La nouvelle importance géopolitique de Lubmin

par F. William Engdahl

Dans l’histoire de la République fédérale allemande de l’après-guerre, les chanceliers ont tendance à disparaître dès qu’ils s’attellent à des objectifs politiques qui s’écartent trop de l’ordre du jour mondial de Washington.

Gerhard Schröder commit pour sa part deux «péchés» impardonnables. Le premier fut son opposition ouverte à l’invasion anglo-saxonne de l’Irak en 2003. Le second, stratégiquement bien plus grave, fut sa négociation avec la Russie de Poutine pour, en contournant la Pologne hostile à l’époque, amener directement en Allemagne du gaz naturel de Russie grâce à un nouveau grand gazoduc. Transformant Lubmin en pivot géopolitique de l’Europe et de la Russie, la première section du gazoduc Nord Stream a atteint aujourd’hui cette ville côtière de Mecklembourg-Poméranie sur la mer Baltique.

De fait, Gerhard Schröder devait son poste au soutien silencieux mais influent du président Bill Clinton, qui, selon nos sources au SPD allemand, exigea que la coalition Rouge-Verte de Schroeder, s’il était élu, épaule la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Serbie en 1999. Washington voulait mettre fin à l’ère d’Helmut Kohl. En 2005, toutefois, Schröder était beaucoup trop «allemand» pour Washington, et, l’administration Bush aurait fait preuve d’une diligence considérable à soutenir un successeur.

Son dernier acte de chancelier fut d’approuver la construction d’un gazoduc géant appelé Nord Stream, depuis le port russe de Vyborg, près de la frontière finlandaise, jusqu’à Lubmin. En quittant le pouvoir, Schroeder est devenu président de Nord Stream AG, une association d’entreprises entre Gazprom, de l’État russe, et les compagnies allemandes E.ON-Ruhrgas et BASF-Wintershall. Il accentua aussi sa critique publique contre les politiques étrangères des États-Unis, accusant son État satellite de Géorgie d’avoir commencé la guerre de 2008 contre l’Ossétie du Sud.

En 2006, Radoslaw Sikorski, le ministre néoconservateur des Affaires étrangères de Pologne, un proche allié de Washington, compara le consortium Nord Stream au pacte germano-soviétique de 1939. Depuis la débâcle de l’Union soviétique, la politique de Washington fut d’aménager la Pologne comme un fossé pour bloquer toute étroite coopération économique et politique germano-russe, en décidant en particulier d’installer en Pologne la défense antimissile étasunien, et à présent des missiles Patriot, pointés sur la Russie.

Ce mois-ci, malgré l’opposition politique farouche de la Pologne et d’autres pays, quand le tronçon du gazoduc a atteint la terre à Lubmin exactement à la date prévue, le projet Nord Stream de Schröder a rempli ses principaux objectifs initiaux. Quand le deuxième tronçon atteindra la terre plus tard ce mois-ci, et quand commencera l’exploitation du gazoduc à la fin de 2011, transportant 55 milliards de mètres cubes de gaz chaque année dans toute l’Europe, ce sera le plus grand gazoduc sous-marin du monde. L’itinéraire sous-marin traverse exclusivement les eaux territoriales et zones économiques de Finlande, Suède, Danemark et d’Allemagne, en évitant la Pologne et les États baltes d’Estonie, de Lettonie et Lituanie.

De Lubmin, qui sera une station de transfert, le gazoduc OPAL ira en traversant la Saxe jusqu’à la frontière tchèque à 470 km. Les autres voies de gazoducs occidentaux délivreront le gaz russe grâce à des canalisations existantes en Hollande, France et au Royaume-Uni, renforçant ainsi sensiblement les liens énergétiques entre l’UE et la Russie, un développement désapprouvé à Washington. GDF Suez de France, anciennement Gaz de France, vient d’acheter 9% de part de Nord Stream AG, et la compagnie d’infrastructure gazière NV Nederlandse Gasunie de Hollande en a 9%, ce qui donne au projet une large participation de l’UE, une prouesse géopolitique majeure pour le gouvernement Medvedev-Poutine devant la forte opposition étasunienne. Nord Stream est désormais un accord de fourniture de gaz à long terme pour alimenter, en plus de l’Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas et la Belgique.

Les flux énergétiques Nord et Sud

Gazprom propose également un deuxième projet de gazoduc majeur, South Stream, qui aboutira par la suite en Italie, pour acheminer sous la mer Noire vers la Bulgarie le gaz depuis la côte sud de Russie. Le 7 juillet, après de longues négociations, le gouvernement bulgare a convenu de participer au projet South Stream de Gazprom.

Le gazoduc South Stream acheminera le gaz russe vers l’Europe occidentale en contournant l’Ukraine, où Washington a déployé ces dernières années des efforts considérables pour pousser le pays dans une posture antirusse, partisane de l’OTAN. Tel un vestige de l’ère soviétique au moment où les économies des deux pays opéraient comme une seule entité, la plupart des gazoducs russes transitent vers l’ouest à travers l’Ukraine. Cela a laissé Moscou très vulnérable quand, en janvier 2005, une «révolution orange» sponsorisée par les états-Unis a porté au pouvoir, sur un programme favorable à OTAN et opposé à Moscou, le candidat de Washington, Viktor Iouchtchenko. Les dernières élections ont considérablement atténué les tensions entre Moscou et Kiev car, tout en gardant des liens avec les deux, le nouveau président, Viktor Ianoukovitch, a engagé l’Ukraine dans une attitude plus neutre à l’égard de Moscou et de l’OTAN. La partie sous-marine du gazoduc South Stream, exploitée conjointement par le russe Gazprom et l’italien ENI, s’étirera sous la mer Noire depuis la partie continentale de Russie jusqu’à la côte bulgare. Dans le cadre du nouvel accord avec la Bulgarie, les gazoducs qui existaient déjà en Bulgarie serviront au transit.

Afin de construire Nabucco, une alternative au gazoduc South Stream qui éliminerait la Russie, Washington a mis une grosse pression sur les principaux pays de l’UE ainsi que sur la Turquie. Jusqu’ici Nabucco n’a guère eu de soutien dans l’UE et il ne dispose pas de sources de gaz suffisantes pour remplir le gazoduc.

L’achèvement de South Stream souderait un lien géopolitique majeur entre les pays de l’UE, l’Europe centrale et la Russie, quelque chose qui représenterait un cauchemar géopolitique pour Washington. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la politique étasunienne a consisté à dominer l’Europe occidentale, d’abord en attisant la Guerre froide avec l’Union soviétique, puis après 1990 en poussant l’OTAN vers l’Est jusqu’aux frontières de la Russie. Une Europe occidentale de plus en plus indépendante, se tournant vers l’est plutôt que vers l’Atlantique, signifierait un renversement majeur dans la domination soutenue de la «seule superpuissance».

De cette manière, sans le savoir, que les citoyens le réalisent ou non, la charmante station balnéaire de la ville de Lubmin dans le nord de l’Allemagne est devenue de facto un pivot central du drame géopolitique qui se joue entre Washington et l’Eurasie.

le 9 juillet 2020.


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[Source Mondialision.ca]

[Article original en anglais :

Pipeline Geopolitics: The Russia German Nord Stream Strategic Gas Pipeline]

[Traduction Pétrus Lombard]



Chine

Déclaration: Position de Vieux Révolutionnaires sur la montée des actions ouvrières en Chine

Défendre la Constitution, Respecter et assurer les droits de l’Homme, Soutenir la juste lutte des travailleurs de Honda, Condamner la gestion inhumaine de la direction de Foxconn (6 juin 2010)

Aux: Secrétaire général Hu Jintao et Membres du Comité central du Parti, Président Wu Bangguo du Congrès du Peuple, Premier ministre Wen Jiabao, les Vice-premiers ministres et les Membres du Conseil d’état, Compatriotes dans toute la Chine et tous les réseaux médiatiques.

Récemment de nombreux incidents ont marqué l’intensification des contradictions sociales dans notre pays. Selon les rapports des media, la société Foxconn de Shenzhen – financée par des intérêts taïwanais – dans le but de générer un maximum de profits traitait les travailleurs comme s'ils étaient des machines (ou pire encore, comme des pièces de rechange!) instaurant un système de gestion inhumain, destructif de la santé et du mental des travailleurs, au point que certains d'entre eux préférèrent renoncer à une telle vie. En une courte période de temps treize travailleurs de cette société ont sauté dans le vide. Leur mort tragique brise nos cœurs. C'est une situation qui a choqué le Monde entier!

À Foshan, Guangdong, est basée la société japonaise Honda Auto Parts Manufacturing Co. Ltd [Fabrication de pièces détachées Honda - NdT]. Celle-ci rapporte d'énormes profits à ses propriétaires capitalistes, alors que ses employés - qui ne peuvent même pas compter sur le syndicat de l'entreprise pour représenter leurs intérêts - ont des salaires qui ne suffisent même pas à leur survie. Près de deux mille travailleurs ont fait la grève pour réclamer l'augmentation de leurs salaires et la réforme de leur syndicat. La direction japonaise n'a cédé qu'une petite augmentation, bien inférieure aux revendications des travailleurs. De surcroît les employeurs ont en toute illégalité demandé aux travailleurs de signer l’engagement «de ne pas se mettre en grève», menacé de licenciement les grévistes et licencié deux des travailleurs les plus actifs.

D’autres incidents rapportés dans les media témoignent d’une augmentation des conflits entre le capital et les travailleurs. Certains travailleurs à Tchongqing Qijiqng Gear Transmission Co [Fabrication de transmissions mécaniques - NdT], obligés de travailler en heures supplémentaires le samedi et dimanche, sont morts d'épuisement. Le surmenage, les bas salaires et la corruption de dirigeants d'entreprise conduisent les travailleurs à se mettre en grève. Près de 1700 ouvriers de la Taishen Furniture Company [Fabrication de meubles – NdT], basée dans la province de Guangdong, ont fait une grève de trois jours en protestation contre le stress et les bas salaires. Mille travailleurs de la fabrique de pièces détachées à destination de la société Hyundai basée à Beijing, ce sont mis en grève revendiquant la hausse de leurs salaires. Des travailleurs de la Lanshou Vinylon Company se sont mis en grève parce qu'on ne leur assurait pas un minimum de niveau de vie. Dans la ville de Datong (province de Shanxi), les travailleurs licenciés de la société d'état Xinghuo Pharmaceutical Company, mise en faillite, se sont vus refuser plusieurs pétitions. À la suite de cela plus de 10.000 personnes ont occupé un bâtiment municipal, où certaines d'entre elles ont été battues par police armée. Les travailleurs en grève de Pingdingshan Cotton Spinning Mill [Filatures de coton - NdT] (province de Henan) ont été brutalement battus par des hommes de main de la direction transportés dans des véhicules de la police. Ils ont blessé beaucoup d'ouvrières. À Shenzhen les travailleurs qui se mettaient en avant pour demander les arriérés de salaires et la protection des droits des travailleurs ont eu leurs noms inscrits dans plusieurs listes noires, ce qui fait qu'il leur est maintenant difficile de trouver un emploi. Ce ne sont que quelques incidents récents qui illustrent l'étendue du problème.

Dans l’ensemble la bourgeoisie a transposé la charge de la crise économique sur le dos des travailleurs et accentué la férocité de son oppression. La classe ouvrière est obligée de se lever et de résister, mais comme les travailleurs, en tant que groupe social sont, ces dernières années, devenus faibles, privés des droits élémentaires prévus par la Constitution, et dans une situation lamentable où leurs décès restent sans écho, leurs grèves sans soutien et leurs plaintes inaudibles. Selon la Constitution de notre pays, particulièrement les quatre principes et droits de base des citoyens, nous avançons la pétition suivante par rapport à la situation et les problèmes actuels.

Premièrement, nous devons soutenir fermement les travailleurs de Foshan Honda et d'autres usines dans leur juste lutte pour la survie et contre l'oppression. L'Article 33 de la Constitution de notre pays déclare: «l'état respecte et assure les droits de l’Homme». Le droit de se mettre en grève est inséparable des droits de l’Homme et constitue un droit civique fondamental inscrit dans des Constitutions à travers le monde. Nous soutenons toutes les raisonnables revendications des travailleurs de Honda pour le changement de leurs brutales conditions de travail et bas salaires. Nous sommes fortement opposés aux menaces de la direction de licencier des travailleurs. Les deux militants qui ont été mis à pied doivent être immédiatement réintégrés à leurs postes.

Nous sommes convaincus que nous aurons l’appui de tous ceux qui défendent l’autorité de la Constitution, qui respectent les droits de l’Homme et qui sont épris de justice.

Deuxièmement, nous devons exiger que Foxconn et d'autres sociétés similaires mettent immédiatement un terme aux méthodes de gestion dont ils se servent pour surexploiter les travailleurs. Nous exigeons que la direction respecte l'intégrité et la dignité des travailleurs, obéisse aux lois de l'état, améliore les conditions de travail, observe de la journée de travail de huit heures et récompense les travailleurs pour les heures supplémentaires. Elle doit s’assurer que les travailleurs obtiennent des salaires suffisants pour leur subsistance et leur reproduction. Celle-ci est la seule manière pour atténuer les conflits entre la main d’œuvre et le capital et réduire ou prévenir les problèmes dits «psychologiques». Nier la contradiction fondamentale entre main d’œuvre et capital en soulignant unilatéralement le «conseil psychologique» consiste à occulter intentionnellement la contradiction confondant cause et effet. Il a été rapporté par les media que certains parmi ceux qui se sont suicidés avaient des blessures antérieures causées par des coups. Des soupçons pèsent sur la mort de certains d’entre eux qui auraient été défenestrés. Ces faits exigent déjà une enquête judiciaire. Les autorités d’état devraient s’en occuper sérieusement à afin de trouver la vérité.

Troisièmement, les syndicats devraient se ranger clairement en faveur de la classe ouvrière, représenter et soutenir ses intérêts comme le stipule la Constitution. Si une organisation syndicale ignore la Constitution, «accepte des pots-de-vin» et suit les «souhaits» des patrons, alors elle sera rejetée par la classe ouvrière. La direction syndicale de chaque entreprise doit être démocratiquement élue par ses membres. Les parents et les représentants des patrons ne devraient pas être admis à des postes de direction syndicale et si cela devait arriver, le syndicat à des niveaux plus élevés devrait le refuser. Les hauts échelons syndicaux devraient aider les syndicats de base à organiser des réunions de tous leurs membres et aider à la reconstruction des syndicats d'entreprise au moyen d'élections démocratiques.

Quatrièmement, le gouvernement à tous les niveaux, particulièrement les autorités locales, devraient veiller sur les droits civiques dans le strict respect de la loi, en résolvant sérieusement les conflits entre la main d’œuvre et le capital, tout en assurant aux citoyens la liberté de parole. Le gouvernement devrait administrer légalement, prévenir et arrêter les incidents qui violent les droits civiques fondamentaux décrits par l'Article 33 de la Constitution ainsi que d’autres règlements. Il devrait activement traiter selon la loi les cas de conflit entre travail-capital. L’attitude qui consiste à ignorer les exigences raisonnables des travailleurs, soit par inaction, soit en se rangeant du côté de la direction, doit être résolument corrigée. De manière à assurer le droit du peuple à l’information et le droit à la supervision, les media doivent avoir la liberté de rapporter honnêtement les faits sur les conflits travail-capital et d’autres cas, ainsi que de transmettre sans obstruction ni interférence les voix du peuple.

Cinquièmement, nous appelons à la restauration de la classe ouvrière comme classe dirigeante de notre pays ainsi que le rétablissement de la propriété populaire socialiste comme pilier de notre économie nationale. Article l de notre Constitution énonce «La République populaire de Chine est un état socialiste conduit par la classe ouvrière sur la base de l’alliance ouvrière et paysanne». Article 6 de la Constitution déclare, «L’économie socialiste de la République populaire de Chine est basée sur la propriété populaire socialiste des moyens de production, c'est-à-dire, la propriété collective de tout le peuple et de tous les ouvriers» «Dans la phase primitive du socialisme, l’état devra établir un système économique avec comme pilier la propriété sociale qui se développerait en conjonction avec d’autres formes de propriété. La rétribution devra être basée principalement ‘à chacun selon son travail’ et coexister avec d’autres formes de rétribution». Le Parti communiste chinois doit être la vraie avant-garde de la classe ouvrière. Il doit renforcer sa direction dans la politique du peuple et renforcer la dictature démocratique populaire. Nous appelons à ce que la propriété sociale soit rétablie comme partie principale de l’économie nationale. Ce n’est que de cette façon que les travailleurs, les paysans et le peuple en général pourront devenir maîtres des entreprises et du pays et implémenter un système de rétribution basé sur le travail effectué. À présent il est impératif d’améliorer les conditions de travail et d’augmenter les salaires et les avantages dans le cadre de l’économie privée (financée par des investissements nationaux et étrangers). Il est tout à fait juste de soutenir activement les luttes des travailleurs à cette fin. Mais tant que c’est l’économie capitaliste privée avec ses structures d’exploitation qui domine, plutôt que celle l’économie socialiste, la faiblesse de la position de la classe ouvrière ne changera pas, pas plus que le système de répartition et la disparité entre riches et pauvres. Sous ces conditions, il est également impossible de transformer notre économie orientée vers les exportations en une qui soit indépendante, autosuffisante et qui cherche à satisfaire les besoins matériels et culturels de la population.

Sur la base des conditions actuelles, ce ne sera qu’au long terme que la classe ouvrière pourra rétablir sa position prépondérante et que l’économie nationale se transformera sur la base d’une prépondérance de propriété publique. Nous avons comme guide le Marxisme-Léninisme-Pensée de Mao-Zedong, et également la Constitution, en particulier le noyau des quatre principes fondamentaux, comme instrument légal. Tous les membres du Parti communiste et tout le peuple devraient se conformer à la Constitution. La modernisation socialiste que nous prônons est en harmonie avec les intérêts de la plus large partie du peuple et correspond au développement historique de l’humanité. Si tout les gens soutenant le socialisme, aimant leur pays et se conformant à la Constitution, étaient unis et persistants, alors par une lutte de long terme, nous serons en mesure d’atteindre notre objectif.

Signataires:

Li Chengrui (ancien Directeur du Bureau des Statistiques de l’état), Gong Xiantian (Professeur à l’Université de Beijing), Han Xiya (ancien Secrétaire alternant du Secrétariat de la Fédération des syndicats de Chine), Liu Rixin (ancien chercheur à la Commission de l’état au Plan), Zhao Guangwu (Professeur à l’Université de Beijing)


Hongrie

Crise économique: La Hongrie défie le FMI

par Jérôme Duval

La Hongrie qui assurera pour 6 mois à partir du 1er janvier 2011 la présidence de l’Union Européenne, subit très fortement les conséquences d’une crise financière qui n’en finit pas. Pourtant pas si éloignée des objectifs de Maastricht en matière de déficit (3,8% en 2008), la Hongrie devient le premier pays de l’Union européenne à obtenir un soutien financier de la Troïka FMI, UE et Banque mondiale.

En octobre 2008, un plan de 20 milliards d’euros est décidé pour la Hongrie: 12,3 milliards d’euros sont prêtés par le FMI; 6,5 par l’Union européenne et 1 par la Banque mondiale. Le stock de la dette s’accroit mécaniquement. Outre la perte sèche en paiement des intérêts qui alourdit le déficit, les conditions sont sévères pour la population: hausse de 5 points de la TVA, aujourd’hui à 25%; âge légal de départ à la retraite porté à 65 ans; gel des salaires des fonctionnaires pour deux ans; suppression du treizième mois des retraités; baisses des aides publiques à l’agriculture et aux transports publics…

L’extrême droite entre au Parlement

La Hongrie, auparavant gouvernée par les sociaux-démocrates, avait réussi à sauvegarder un système social relativement protecteur, mais l’application, sur injonction du FMI, de telles mesures d’austérité a mécontenté la population et bénéficié à la droite conservatrice qui a remporté les élections législatives d’avril 2010. Pourtant, la victoire du nouveau Premier ministre conservateur, Viktor Orban, est aussitôt saluée par l’agence de notation Fitch Ratings qui estime que son parti, le Fidesz, obtenant la majorité nécessaire pour modifier la Constitution, «représente une opportunité pour introduire des réformes structurelles»1. Les sociaux-démocrates ont ainsi connu une défaite historique et ont ouvert un boulevard à l’extrême-droite (Jobbik) qui est entrée au Parlement pour la première fois avec un score de 16,6%.

À peine arrivé à la tête de l’état, le gouvernement lance des déclarations alarmistes sur la situation financière du pays évoquant une sous-estimation des comptes par l’exécutif précédent ramenant le déficit à 7,5% du PIB, bien plus que les 3,8% escomptés par le FMI. Coup de bluff ou falsification de comptes? Le lendemain 5 juin 2010, un vent de panique fait chuter les Bourses de Londres, Paris, Budapest…et l’euro se déprécie dans la crainte de difficultés semblable à celles de la Grèce. Le gouvernement sous pression tente alors de se reprendre et multiplie les communiqués pour calmer tant bien que mal les spéculateurs survoltés.

Taxer le capital ou le travail?

Pour réduire son déficit à 3,8% du PIB en 2010 comme le réclame le FMI et l’UE, le gouvernement prépare l’instauration d’une taxe temporaire sur l’ensemble du secteur financier, qui permettrait de prélever 0,45% de l’actif net des banques (calculée non pas sur les bénéfices, mais sur le chiffre d’affaires), de taxer à hauteur de 5,2% les revenus des compagnies d’assurance et de 5,6% pour les autres entités financières (bourse, agents financiers, gérants de fonds d’investissement…). La Hongrie surenchérit ainsi sur Obama qui a timidement évoqué une taxe de seulement 0,15% sur les banques. Mais cette mesure qui devrait rapporter environ 650 millions d’euros de recettes annuelles pendant deux ans (en 2010 et 2011), soit environ 0,8% du PIB selon le gouvernement, ne plait pas aux banques: celles-ci font pression et menacent de retirer leurs investissements en Hongrie. Quand au FMI, il stoppe toute négociation et menace de fermer le robinet du crédit accordé en 2008. Le plan devant initialement expirer en mars 2010 avait pourtant été prolongé jusqu’à octobre de la même année.

C’est bien évidemment le projet de taxe sur le secteur financier, véritable pomme de discorde entre le FMI et la Hongrie, qui bloque la poursuite du prêt. Le Fonds estime que le pays doit prendre des mesures en adéquation avec le dogme néolibéral en cours: entendez par là taxer les pauvres avant de taxer les banques: certes, les pauvres ont peu d’argent mais il y a beaucoup de pauvres…N’auriez vous pas remarqué le cynisme à l’œuvre?

De plus, le projet de plafonnement des rémunérations dans la fonction publique, salaire du gouverneur de la banque centrale compris, est tout à fait aux antipodes des recommandations du Fonds qui préfère un nivellement par le bas en réduisant ou gelant les salaires comme en Grèce ou en Roumanie par exemple. Attention à ne pas se faire d’illusion pour autant de la part d’un parti au pouvoir qui avait déjà favorisé la pénétration du néolibéralisme dans les années 1990…

«C’est soit la taxe bancaire, soit l’austérité»

Christoph Rosenberg, qui conduisait la délégation du FMI en Hongrie, a indiqué que l’organisation internationale souhaitait obtenir davantage de précisions sur le budget de l’année prochaine: «Lorsque nous viendrons la prochaine fois, à moins que nous ne venions la semaine prochaine, le gouvernement aura logiquement avancé sur le budget 2011 et ce sera un budget très important», a-t-il dit2. Une fois de plus le FMI s’apprête à revoir la copie du gouvernement et intervenir directement dans l’élaboration du budget hongrois au dépend de toute souveraineté. En attendant, le FMI estime que le pays va devoir prendre «des mesures supplémentaires» d’austérité pour parvenir aux objectifs de déficit qu’il a lui-même fixé. De son côté, le ministre de l’économie Gyorgy Matolcsy déclare lors d’un entretien: «Nous avons dit que nous ne pouvions pas mettre en place de nouvelles mesures de rigueur [...]. Cela fait cinq ans que nous appliquons des mesures d’austérité, c’est pourquoi nous en sommes là». «Nous allons imposer la taxe bancaire, nous savons que c’est un lourd fardeau supplémentaire, mais nous savons également que nous pouvons atteindre (l’objectif) d’un déficit de 3,8%», «C’est soit la taxe bancaire, soit l’austérité», a-t-il par ailleurs ajouté3. Afin de se protéger d’une extrême droite en pleine ascension lors des prochaines élections municipales début octobre, la droite conservatrice au pouvoir veut éviter des mesures trop impopulaires et rejette toute poursuite de négociation avec le Fonds.

Rupture consommée entre la Hongrie et le FMI?

Le 17 juillet le FMI suspend la négociation et par voie de conséquence, le versement de nouvelles tranches. Dans un premier temps, la sanction des marchés ne s’est pas fait attendre et la monnaie nationale, le forint reculait d’environ 2,4% à l’ouverture, tandis que la Bourse perdait plus de 4%. Le Premier ministre, Viktor Orban, monte au créneau et réussit à calmer les spéculations en remerciant le FMI pour son «aide de trois ans» tout en indiquant que «l’accord sur le prêt expirait en octobre, et qu’il n’y avait donc rien à suspendre.». «Les banques étaient à l’origine de la crise mondiale, il est normal qu’elles contribuent au rétablissement» de la situation, a-t-il souligné4.

La nouvelle loi sur la taxe financière qui prévoit par ailleurs une réduction de l’impôt sur les petites et moyennes entreprises (PME) de 16 à 10%, est approuvée haut la main (301 votes en faveur et seulement 12 contre) le 22 juillet par le Parlement dominé par le Fidesz de M. Orban. Sans surprise, dès le lendemain, les agences de notation financière Moody’s et Standard and Poor’s placent la note de la dette souveraine hongroise sous surveillance avec un possible abaissement à la clé. Le rôle de ces agences, juges et parties d’un système spéculatif mortifère, est résumé en peu de temps: on améliore la note lors de l’accession du gouvernement conservateur au pouvoir en l’estimant sur la voie de l’austérité capitaliste et quand on se rend compte que les mesures prennent un chemin divergeant du dogme néolibéral, on s’apprête à l’abaisser.


Le journal Le Monde soutient les créanciers

Contrairement aux dires du journal français Le Monde5 dans son édition du 20 juillet, il faut soutenir l’insoumission affichée du gouvernement hongrois envers le FMI et défendre l’idée qu’il en fasse de même avec son autre créancier, l’Union européenne. Prendre ses distances envers ces créanciers ne constitue en rien une insulte envers le peuple hongrois qui devra in fine rembourser une dette dont les conditions imposées par le FMI et l’UE sont déjà un lourd fardeau pour la population.

Bien sûr, il faut aller au-delà d’une simple rupture diplomatique en proposant par exemple un front de pays unis contre le paiement de la dette, car comme l’a si bien dit Sankara, ancien président du Burkina Faso, quelques mois avant d’être assassiné: «La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également. (…) Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence. Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai besoin, (applaudis-sements) avec le soutien de tous, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement.»6 Seule une mobilisation populaire réclamant la vérité sur la destination des sommes empruntées au même titre que la satisfaction des revendications en termes de salaires, emplois ou protection sociale permettra de faire payer le coût de la crise aux véritables responsables de celles–ci.

C’est pourquoi il est primordial pour les peuples d’Europe et d’ailleurs, d’auditer ces dettes entachées d’illégalités pour en répudier le paiement. C’est un premier pas vers la souveraineté qui permettrait d’envoyer les énormes fonds dédiés au remboursement de la dette vers les véritables besoins des populations en matière de santé, d’éducation ou de pensions de retraite, de sauvegarder leurs services publics plutôt que de les offrir aux entreprises privées.


 Notes

|1| Hongrie: Fitch salue le résultat électoral, Le Figaro, 26 avril 2010 : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...
|2| http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
|3| http://fr.reuters.com/article/frEur...
|4| http://www.lesechos.fr/info/inter/a...
|5| « M. Orban affiche ouvertement une insultante désinvolture à l’adresse de ses créanciers », Le Monde, 19 juillet 2010. http://www.lemonde.fr/idees/article...

|6| Discours de Thomas SANKARA à Addis-Abeba, le 29 Juillet 1987, quelques mois avant sa mort.

[Source Mondialistion.ca]

Jérôme Duval est un collaborateur de Mondialisation.ca


Grèce

À l’enfer du chômage opposons

la résistance et la solidarité ouvrières

La monstruosité anti-ouvrière a été votée. L’Assemblé nationale vient d’adopter des ordonnances scélérates régissant les conditions et les indemnisations de licenciement.

Désormais, avec cette loi «entre leurs mains», les employeurs peuvent procéder «légalement» au licenciement de 6 travailleurs par mois, pour les entreprises de 20 à 150 salariés, […] et jusqu'à 30 travailleurs par mois pour les entreprises de plus de 150 salariés.

Les indemnisations de licenciement sont réduites de moitié et si nous tenons compte du fait que dans beaucoup de secteurs sont imposés le chômage technique partiel et le travail par alternance, cela signifie que les indemnités de licenciement seront réduites proportionnellement, puisque celles-ci sont calculées sur la base des revenus perçus le dernier mois ouvré.

Ces ordonnances favorisent l’instauration d’une atmosphère de terreur et de coercition sur les lieux de travail. Ainsi les licenciements qui affectent plus spécialement les employés les plus anciens, très souvent initiateurs de résistance à l’arbitraire patronal, deviennent ainsi plus faciles et surtout moins onéreux pour les employeurs. Le capital peut d’un côté terroriser les travailleurs avec les licenciements et imposer des conditions de «galère» à l’usine, au magasin, à la boutique, au chantier, et de l’autre se débarrasser à peu de frais des travailleurs qui sont trop «coûteux» ou qui sont «politico-syndicalement» dangereux, pour les remplacer par des employés avec des salaires plus bas.

La conséquence est qu’il y aura une vague massive de licenciements qui fera plonger dans l’enfer du chômage des centaines de milliers de travailleurs. Déjà en avril de 2010 le chômage avait atteint 11,9% contre 9,4% il y a un an, le nombre de chômeurs était alors de 597.000, 130.000 chômeurs de plus qu’en 2009. Tout cela est présenté par la nouvelle Autorité statistique grecque - restructuré selon les instructions de la troïka (EU, FMI, BM). Parallèlement l’Institut du Travail de la Confédération générale des travailleurs de Grèce (ΙΝΕ/ΓΣΕΕ) estime qu’en 2011 le chômage atteindra 20% soit 1 million de travailleurs (!!!) se trouveront sans emploi.

La résistance aux licenciements

Du point de vue du capital, la vague massive de licenciements de la période précédente et celle à venir, a comme «cause» la baisse du cycle des commandes et la «dépression» plus générale de l’activité économique, conséquente à la crise économique du système.

Bien entendu derrière ces «justifications» celui-ci tente d’occulter le fait que de nombreux salariés ont été licenciés pour des raisons clairement politico-syndicales, parce qu’ils étaient des militants actifs dans le mouvement ouvrier, et cela dans le but d’affaiblir la résistance des travailleurs. Actuellement les employeurs ciblent des centaines de travailleurs militants avec des prétextes illégaux mais aussi «légaux», et s’empressent de les licencier pour les détruire professionnellement et de les «désarmer» politico-syndicalement.

L’évocation de la «dépression» par le capital, par rapport à la vague massive de licenciements, du chômage partiel et du travail en alternance, est une admission implicite que le processus de production, «le but de produire», n’est pas sa préoccupation principale, ce qui l’intéresse avant tout c’est de maintenir sa profitabilité. Dans la situation d’aujourd’hui le capital crée des conditions de destruction des forces de production et surtout de la force de travail, avec pour objet la chute du coût de la main d’œuvre, l’abolition des acquis de la classe ouvrière, créant ainsi un terrain fertile pour de nouvelles opportunités de profit.

À la base nous n’avons aucune raison de partager les «besoins» du capital, serait-il étranger ou local, pour surmonter la crise sur notre dos. Nous refusons entièrement le rappel de la «dépression» pour justifier les licenciements. Nous dévoilons et dénonçons aux travailleurs les vraies intentions des employeurs. Nous organisons des luttes massives pour l’annulation des licenciements et le rétablissement des travailleurs dans leurs emplois. Nous refusons de nous soumettre aux chantages et aux «faits accomplis», dans les lieux de travail, fomentés par le capital et ses collaborateurs (l’aristocratie ouvrière, les mass media, les analystes etc.) Nous associons cette lutte avec la condamnation de ceux qui diffusent la politique du capital, le gouvernement et les autres partis bourgeois qui par leur action fabriquent cette «avidité» politique et cadre anti-ouvrier qui donne tout son essor à l’attaque contre les conquêtes sociales et les droits des travailleurs.

La lutte contre l’enfer du chômage commence par la lutte contre les licenciements. Sans un mouvement de résistance et de solidarité ouvrière de masse, les travailleurs se sentent seuls et impuissants fasse aux appétits du capital. Dans cette direction, jouent un rôle significatif les initiatives et les comités qui se sont constitués dans des quartiers d’Athènes et de Thessalonique, sur les lieux de travail, comme dans beaucoup de villes provinciales.

Lutte pour le droit au travail

Les milliers des travailleurs au chômage ont, parmi d’autres, deux problèmes d’importance existentielle. Tout d’abord les problèmes de subsistance. La frugalité des salaires mensuels ou journaliers, la hausse des prix ces dernières années, ont fait disparaître pour la grande majorité des travailleurs toute possibilité de «mettre quelque chose de côté» pour «un mauvais jour», comme aujourd’hui. Ainsi sans épargne et avec une indemnité chômage humiliante qui couvre à peine quelques besoins pendant quelques jours, les travailleurs au chômage se voient confrontés au cauchemar de la faim et de la misère croissante. Simultanément ils sont confrontés au sérieux problèmes des soins de santé, depuis que la loi instaurée par le parti de la Nouvelle Démocratie fait que chaque année le coût des timbres pour les carnets de santé augmentent. Alors que pour les travailleurs immigrés le chômage leur «ouvre» soit la voie à l’expulsion, du moment où ils n’ont pas le nombre de timbres requis à leur «carte», soit celle de la résidence «illégale» avec ses rudes extorsions et le travail au noir.

Le travailleur au chômage a perdu son «espace de masse», son travail, au moyen duquel il se reconnaît comme producteur, comme collègue, comme individualité qui à travers des processus collectifs peut défendre son niveau de vie et celui de sa famille. En dehors de son travail productif chaque travailleur aujourd’hui, est seul face à l’angoisse de la survivance, vulnérable au chantage du travail au noir, sans défense contre les malversations des employeurs, pour faire temporairement face à la situation.

Les conditions ci-dessus créent un cadre particulièrement défavorable pour qu’on puisse parler d’un «mouvement de chômeurs» qui se rassemblerait, qui formulerait des positions et des objectifs, qui développerait des luttes pour le droit au travail, pour des emplois avec des droits et des libertés; alors que simultanément il revendiquerait pour toute période de chômage et pour tous les chômeurs une allocation adaptée au coût de la vie, ainsi que la couverture maladie gratuite et sans conditions.

La lutte ci-dessus est une affaire collective des travailleurs dans tous les secteurs et dans tout le pays. C’est une affaire commune des travailleurs qu’ils soient natifs ou étrangers. Il faut qu’elle devienne l’affaire de chaque organisation de base et que les travailleurs l’imposent avec les recommandations des comités de chômeurs, par branche et par lieu de travail, qui fonctionneront dans son cadre, et qui exigera et imposera à sa direction qu’aucun membre travailleur au chômage ne puisse être exclu, que soient organisés des luttes pour les problèmes de subsistance des chômeurs, des manifestations de solidarité et de soutien à la population au chômage. Dans la mesure où les directions des organisations refusent, et c’est ce qui arrive généralement, et qui arrivera là où auront lieu de telles initiatives, les comités de chômeurs pourraient fonctionner indépendamment en s’adressant à des comités d’autres associations, mais aussi plus généralement à des comités de travailleurs-populaires et d’autres initiatives, pour mieux s’étendre et se coordonner. La question la plus importante pour les travailleurs au chômage est de préserver leurs liens politiques et organisationnels avec le mouvement ouvrier et leurs collègues, avec des luttes communes de toute la classe ouvrière contre l’attaque du gouvernement-capital-impérialistes, c’est pour cela que leur organisation doit faciliter cette orientation.

D’un autre côté pour un grand nombre de travailleurs situés soit dans des milieux sans organisation syndicale, soit n’ayant eux-mêmes pas établi de liens avec celles existantes pour différentes raisons se pose le manque de confiance, à cause de la politique collaborationniste de leurs directions avec le patronat... Ces phénomènes, particulièrement dans la jeunesse ouvrière, sont massifs et de sérieux efforts doivent être entrepris pour organiser ce monde, avec des méthodes et des schémas qui faciliteront son rassemblement.

La situation dans le mouvement ouvrier aujourd’hui fait que les choses sont devenues encore plus difficiles pour l’organisation de la lutte, quand d’un côté le gouvernement et de l’autre l’aristocratie ouvrière à la solde du patronat ont abandonné les chômeurs à leur destin depuis des années, alors que les organisations syndicales qu’ils contrôlent non seulement ne se battent pas pour leurs droits, mais comme si cela ne suffisait pas les rayent de leurs rangs, les privant ainsi de la possibilité de s’organiser et de lutter collectivement. En même temps les éléments statistiques du chômage calculés par ΙΝΕ/ΓΣΕΕ, tels qu’ils sont présentés (le terrorisme des chiffres) renforcent l’insécurité et facilitent le passage des dilemmes coercitifs du gouvernement-capital.

[…]

La lutte contre l’enfer du chômage est la lutte politique pour un des droits les plus fondamentaux des travailleurs, celui du droit au travail, la possibilité de la classe ouvrière et de toute la population laborieuse de vivre en produisant tous les biens nécessaires à la société. Le droit au travail ne s’offre pas il est à conquérir avec des luttes. Il ne peut être fractionné ni transformé en chômage partiel, ni en travail en alternance, ni en travail temporaire sans assurance sociale; c’est un droit insécable absolu de tous les travailleurs, et il ne peut être «échangé» contre les conditions barbares que veut lui imposer le capital. Le droit au travail est une cible de lutte, une revendication au gouvernement qui ne la «partage pas». Celle que le gouvernement «partage» est celle de la «concurrence» que veulent bâtir le capital étranger et national, le FMI et l’UE sur la misère grandissante du monde du travail.

La période est extraordinairement critique et difficile, toutefois, quotidiennement, par des résistances sur les lieux de travail, des petites victoires de réintégration de travailleurs dans certains branches, ont de nos jours une grande signification, il devient ainsi clair que peuvent se construire des conditions d’organisation et de lutte de masse jusqu’au moment où ils constitueront une orientation commune aboutissant à une action commune d’un grand potentiel réel de militants de classe et de formations ouvrières de lutte.


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[Προλεταριακή Σημαία, 28.8.2010]

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]