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Les dossiers du BIP n° 132
août 2009
texte intégral


Sommaire

Carlos

Mon père

Il vient de mourir à 90 ans.

Il était originaire de Michelena, état du Táchira, comme les 13 autres de la fratrie de Rufina NAVAS (des NAVA, sans s, du sud du lac de Maracaïbo) et d’Ambrosio RAMÍREZ (de Lobatera).

Il fut baptisé JOSé ALTAGRACIA en 1913.

Les 60 premières années de sa vie, commencées à 16 ans dans le Parti de la Révolution Vénézuélienne de ses mentors francs-maçons Luis FOSSI Barroeta et Guglielmo Guglielmi, furent politiquement hasardeuses.

Il fut mêlé à 7 conspirations militaires au Venezuela (la dernière au début des années soixante-dix) et une en Colombie en 1959-1960.

Peu de ses contemporains ont connu l’histoire militante de mon père. Les services de renseignements vénézuéliens, surtout les militaires, l’ont surveillé étroitement toute sa vie!

Je connus l’existence des écoutes téléphoniques à 5 ans dans notre maison de Caracas. Mes deux premières expériences (passives) de lutte clandestine furent avec ma mère au début des années 50 à Caracas.

Mes deux premières expériences de conspiration active furent avec mon père à Bogotá en 1960 et à Miami l’année suivante.

Organisateur d’une conspiration de plus de 300 jeunes officiers nationalistes colombiens mon père essaya de la coordonner avec le mouvement militaire commandé par le général (à la retraite) Jesús María Castro León, qui marchait sur Miraflores à marche forcée.

Le soir où les officiers vénézuéliens s’apprêtaient à partir à Cúcuta depuis leur hôtel situé derrière le journal El Espectador, à 250 mètres de notre résidence de Bogota, mon père m'envoya porter un message au major Luis Alberto Vivas Ramírez, lui demandant qu'ils marquent le pas quelques jours de plus. Je fus poursuivi jusqu'au premier étage par des agents de la DAS (sécurité colombienne) qui filtraient l'entrée. Je frappai à la porte désignée et j'entrai sans attendre que l'on m'ouvrit, me trouvant face au «Cabito» Castro León et à ses officiers, resplendissants dans leurs uniformes. Je donnai le message à Luis Alberto (en civil) qui expliqua au «Cabito» que j'étais le «fils d'Altagracia». Je pris congé; dans le couloir ceux de la DAS me saisirent. Ceux qui me descendirent disaient «nous vous apportons ce putois», mais le responsable ordonna qu'ils me laissent aller. Je revins en courant à la maison, ému de constater que mon père était intouchable pour avoir derrière lui l'équivalent à Bogota de Fuerte Tiuna (caserne principale de Caracas) et de Conejo Blanco (base militaire de Caracas).

Le coup d’état de Castro León échoua à San Cristobal.

Deux jeunes sous-lieutenants, chacun à la tête d’un char blindé, commencèrent prématurément le soulèvement. Ils furent poursuivis par la Sabana de Bogotá jusqu’à manquer de carburant. Leur reddition et immédiate exécution à la mitraillette fut filmée par le gouvernement de Carlos Lleras Restrepo et passa en boucle à la télévision colombienne.

Aucun officier ne fut arrêté. Seul le chef de la conspiration le fameux lieutenant «Penacho» (à cause de sa chevelure hirsute), héros du bataillon colombien de la guerre de Corée, continua à purger la longue peine qu'il purgeait pour une autre rébellion; cela ne l'empêchait pas de venir déjeuner avec nous chaque semaine, accompagné par le lieutenant Hernán Gutierres, et de jouer aux échecs avec mon père. Mon petit frère Lénine et moi nous allions régulièrement le saluer dans sa froide cellule du Commandement de l'Artillerie colombienne, contigüe à un enclos verdoyant avec des cerfs.

Début 1961 notre modeste appartement avec jardin dans le Barrio Latino de Miami, à deux pâtés de maisons de l’Orange Bowl Stadium, était visité tous les jours par des exilés vénézuéliens: «El Chivo» Alfonso Sánchez Castro, «El Gato» Abel Romero Villate, le colonel Pulido Barreto, «El Bobo» Pérez Vivas, le président de la Banque du Táchira, «El Loco» Tony Páez, Nestor Prato… Mon rôle était de surveiller le passage des patrouilles du F.B.I. pour que les «invités» puissent entrer et sortir de notre maison sans problème.

Une fois, se rendant compte de mon «petit jeu» ceux du F.B.I. m’attrapèrent et essayèrent de m’interroger. Je prétendis ne pas comprendre l’anglais, et un des gringos me gronda en castillan avec un fort accent (les «gusanos» (exilés cubains) ne travaillaient alors qu’avec la CIA).

Voyant que ses vieux compagnons de conspiration, depuis les années 40, avaient une vision exaltée et pas du tout réaliste du renversement de Rómulo BetancourT, mon père décida de rentrer à Caracas, après avoir déchiré et brûlé avec mon aide un des deux parchemins de 1m2 de la conjuration de 1947 contre la Junte du gouvernement; conjuration dirigée militairement par son frère Carlos Julio, et politiquement par lui. La proclamation était écrite de sa propre main, signée en premier par lui, suivi par mon oncle et une centaine d'officiers; signant tous avec leur propre sang, moins les deux dernier conjurés, qui n'ont pas signé et se sont révélés être des agents de l'ambassade des États-Unis (comme le raconta Betancourt au Costa-Rica).

Luis Alberto Vivas Ramírez tomba ensuite dans le «coup de Barcelona», où fut bassement assassiné Tony Páez, non par Canache Mata, comme le dit la rumeur, mais par des sous-officiers sous les ordres de Betancourt.

N’étant pas homme à prendre les armes personnellement, mon père ne conquit pas le pouvoir, mais il déploya une extraordinaire capacité à organiser des coups d’état. C’est lui qui m’enseigna les règles de la conspiration, qui me guida dans le travail pratique de clandestinité, pour me déplacer entre les services de renseignement, et pour me servir de leurs agents, particulièrement ceux du sexe féminin, sans tomber dans les griffes de personne. Communiste sui generis mon père affirmait que le Parti Communiste du Venezuela n'arriverait jamais au pouvoir sans s'allier à des officiers nationalistes de type «nassérien». L'Histoire lui a donné raison. Il fut un partisan fervent de la Révolution bolivarienne; et moi, séparément, depuis mon cachot d'isolement de la Santé, j'ai proclamé mon appui au «marginal» candidat barinais Hugo Chávez.

Mon père avait une relation religieuse avec le Communisme, et sa collaboration avec le Parti était secrète. Je suis à peine arrivé à savoir qu’il s’agissait entre autres choses, de contacts clandestins avec des militaires exilés comme le major Manuel Alfonso Azuaje ortega, à Perpignan. Nos vieux camarades du PCV pourraient, sans aucun doute, être plus explicites sur le sujet.

Je vis mon père pour la dernière fois en 1974. Cependant j’affirme sans hésiter que je suis ce que je suis parce que j’ai été abreuvé au lait maternel et formé par mon père, mon grand maître et camarade, qui m’inculqua ses principes inébranlables. Je suis orgueilleux de lui, comme il le fut de moi

Repose en paix, mon cher vieux!

signé «Carlos»

Saint-Maur le 24 août 2003


Grèce

Le capital et ses gouvernements qui nous brûlent, nous dévastent et nous étouffent!!!

Résistons aux incendiaires de nos vies!!!

Le peuple grec a de nouveau vécu une répétition cauchemardesque des incendies de 2007. Dans l’espace de quatre jours plus de 30.000 hectares en Attique, à Eubée et en Béotie, ont été transformés en cendres. Des forêts, des cultures, des maisons ont disparu, et les conséquences — environnementales, sociales et économiques — sont incalculables.

Une fois de plus la politique que servent fidèlement la Nouvelle démocratie [Droite - NdT) et le PASOK [Socialistes – NdT] a conduit à la ruine et à la catastrophe, c’est la politique du tout mercantile, de l’indifférence provocatrice pour la vie et l’avenir du peuple et du pays, celle du bétonnage et de déférence aux intérêts du grand capital. C’est cette même politique qui appuie l’anéantissement des droits du travail et sociaux.

Il ne s’agit pas d’incompétence gouvernementale comme se hâtent de le clamer, soit pour désorienter, soit par naïveté, ceux dont le réveil et le sommeil sont régulés par …la vision des élections. Il s’agit d’un choix délibéré! Un choix qui se manifeste autant par la carence des mesures les plus élémentaires contre les incendies de forêt, mais surtout par le soutien ouvert et la légitimation des grands intérêts qui prennent possession de ce qui a été brulé. L’Ilie et l’Arcadie, la Parnitha et l’Hymette sont des preuves incontestables, il en est de même avec Elaionas et les parques d’Athènes qui disparaissent sous des tonnes de béton. Il s’agit du même choix qui continue et accélère la destruction du golfe de Corinthe pour le plus grand bénéfice du capital local et étranger, qui par la construction et l’extension de polluantes centrales de production électrique, laisse impunie la pollution démente de la rivière Assopos et de tant d’autres.

Combien est commode, vraiment, l’advenue de ces événements pour les projets du capital et de ses gouvernements! Les incendies en Ilie en 2007 «coïncidèrent» avec les plans pour l’ouverture de la route d’Ionie et l’octroi d’immenses étendues de terre en Péloponnèse oriental à des chaines hôtelières de luxe! Les incendies de cette année en Attique orientale «coïncident» avec le nouveau plan d’aménagement ΥΠΕΧΩΔΕ qui prévoit des constructions sur 20.000 hectares en Attique orientale(!!!), des autoroutes qui traverseront l’Hymette, un «obstacle» à ces plans, et la défiguration des régions forestières.

Combien commodes, vraiment, ces incendies pour la bourgeoisie, qui «envisage» une Athènes de 8.000.000 d’habitants, invivable et inhumaine, et la Grèce province désertifiée, avec l’extirpation de agriculture et la dissolution de l’industrie, une Grèce «servante» des intérêts impérialistes.

Le PCG(m-l) appelle le peuple grec à condamner sans détours cette politique et tous ceux qui la promeuvent et la soutiennent, d’organiser son combat contre les voraces et cauchemardesques projets du capital et de ses gouvernements, contre la logique de la «protestation muette» mais aussi contre le rôle de désorientation et le volontarisme des diverses ONG qui renvoient dos à dos le bourreau et la victime, culpabilisent le peuple et déchargent les vrais responsables de ce crime. C’est dans cette direction que doivent contribuer toutes les forces en lutte, les initiatives locales, les mouvements de villes et de voisinage.

Une immédiate et complète compensation pour les victimes

La mise en œuvre de travaux contre les inondations

Reforestation des régions brulées

Résistance contre toutes tentatives de défiguration et d’altération de l’usage de la terre.

Parti communiste de Grèce (marxiste-léniniste)

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[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Résistance

Les impérialistes anglais et la résistance nationale de Grèce et de Yougoslavie

par Costas CARAGHIORGHIS

Rien ne pourrait, peut-être illustrer plus nettement et d'une manière plus caractéristique la dégénérescence trotskiste et chauviniste des dirigeants du PCY que leur conduite envers la lutte anti-impérialiste de libération nationale du peuple grec. À l'heure actuelle leur position est devenue plus franchement et plus ouvertement hostile. Des paroles (déclarations de Tito, Pjade, Djilas, émissions de la radio yougoslave, articles de la presse yougoslave) on est passé aux actes. Les titistes n'ont pas hésité à aider par des actes les monarcho-fascistes en leur permettant de passer par le territoire yougoslave, pour nous frapper à Kaïmaktchalan. Le clou fut la fermeture de la frontière, ce qui fit jubiler les officiers monarcho-fascistes dans leurs unités et faire ouvertement l'éloge de Tito qui «est revenu au droit chemin».

Si la ligne antirévolutionnaire hostile de Tito envers le mouvement de libération grecque a été à présent entièrement démasquée, l'histoire de cette trahison remonte, cependant, à une date beaucoup plus reculée. Tito et ses collaborateurs inaugurèrent cette conduite envers nous déjà dès 1942-43 et ils l'ont depuis suivie avec conséquence dans la pratique, en la camouflant, avec plus ou moins de succès, de paroles hypocrites. Il y a quantité de documents sur la trahison titiste envers le mouvement grec durant toutes ces années, des trahisons qui seront relatées chacune à son tour. Cet article s'occupera seulement de la période de l'occupation des Allemands et des Italiens en Grèce et en Yougoslavie, et de la conduite des Anglais du gouvernement dit national de Churchill, tant vis-à-vis du mouvement grec, que vis-à-vis du mouvement yougoslave.

Le camarade Jacques Duclos écrit dans son article «Les nationalistes yougoslaves, agents de l'impérialisme» (No. 13 (40) de «Pour une paix durable, pour la Démocratie Populaire»): «Une chose est sûre, les services secrets des impérialistes ont leurs hommes dans les milieux dirigeants de la Yougoslavie et on peut se demander s'il n'était pas ainsi depuis longtemps déjà.

Nous savons par exemple comment Churchill refusa d'envoyer des armes aux Francs-tireurs et Partisans français.

Par contre, comme on le sait, Churchill avait adopté une attitude toute différente vis-à-vis de Tito et comme le vieux réactionnaire britannique n'a jamais perdu de vue les intérêts de la réaction, la question se pose de savoir quelles garanties avaient déjà pu lui être données par Tito. On est en droit de supposer que, pendant la guerre, l'Intelligence Service avait déjà ses hommes dans l'entourage de Tito. La trahison ouverte de la clique de Tito était, sans aucun doute, préparée de longue date».

Nous autres communistes grecs, nous aurions à ajouter quelques faits à ces réflexions du camarade Duclos. Car, sans aucun doute, dans les années 1942-1945 nous avons envisagé, en Grèce, une attitude de Churchill qui fut diamétralement opposée à celle qu'il appliqua à Tito en Yougoslavie. En Grèce, les Anglais faisaient tout pour mutiler le mouvement de libération nationale de l'EAM-ELAS, tandis qu'en même temps ils aidaient de tous les moyens l'Union Grecque Démocratique Nationale (EDES) de Zervas, la Renaissance Nationale et Sociale (EKKA) de Psarros et toute autre organisation nationaliste semi-fasciste ou ouvertement fasciste, pour peu qu'elle se proclamât anticommuniste (au général Sarafis, avant qu'il n'eût adhéré à l'ELAS, le général brigadier Eddie [Eddie Myers - NdR] proposa d'aller avec eux en lui promettant de le «faire puissant». Le général Sarafis ne fut cependant pas un traître à sa patrie, comme Zervas et Psarros).

En Yougoslavie, au contraire, comme on le sait, Tito fut sérieusement aidé en matériel. À ses côtés se trouvait, pour un assez long laps de temps, comme officier de liaison du Commandement du Moyen Orient, Randolph Churchill, fils de Winston Churchill, un fasciste pur sang, tandis que fut abandonné à son sort Michaïlovitch malgré le fait qu'il fut ministre du roi Pierre et qu'il présentait des garanties beaucoup plus grandes pour les Anglais que ne le fit en Grèce l'aventurier et escroc Napoléon Zervas.

Dès le premier jour où les officiers anglais Eddie, Hills, Eggs et Tom Brown (fin 1942 et premier semestre 1943) mirent leur pied sur le sol de la Grèce occupée, ils ne firent aucun effort pour organiser la guerre contre les Allemands et les Italiens. Ils nous dirent ouvertement qu'ils s'intéressaient, seulement à un certain sabotage dans les principales lignes de communications des Allemands. Ils concentrèrent toute leur attention à la façon dont ils dissoudraient l'ELAS et dont ils pourraient pousser en avant les autres organisations armées, monarchistes ou pseudo-démocratiques. Ce fut en vain que notre peuple et notre armée, dans n'importe quelle réunion où assistaient des Anglais, criaient: «Des armes! Des armes!» L'aide qui fut donnée en armes était ridicule. Et, souvent, ce fut une pure ironie. Nous mentionnons quelques faits qui sont bien connus de tous ceux qui ont vécu en Grèce Libre pendant l'occupation allemande.

Une fois on nous avertit qu'on allait nous parachuter des armes, spécialement des mitrailleuses, comme nous l'avions demandé. En vérité, ils nous parachutèrent quelques-unes en Roumélie. En ouvrant les colis, nous vîmes qu'il en manquait des accessoires essentiels.

Le lendemain nous fûmes avertis qu'il y avait eu erreur, et que les accessoires avaient été parachutés en Macédoine. Une autre fois ils nous parachutèrent des bottes que nous avions demandées instamment. En ouvrant les colis, nous trouvâmes des bottes seulement pour le pied gauche, celles du pied droit furent parachutées à l'autre bout de la Grèce. D'autres fois ils nous avertirent qu'ils allaient nous parachuter des articles de ravitaillement. Dans les paquets il y avait de l'orge pour le bétail. Leur façon de justifier leur manque d'empressement de nous aider par la phrase «i1 y a des nuages» est restée proverbiale. Un autre cas, dans la Macédoine Occidentale: les Anglais avaient d'assez grandes quantités d'armes dans des dépôts (des grenades, des panzers, etc.) et ils refusèrent, même pendant les opérations allemandes contre l'ELAS de nous les donner; à la fin ces dépôts tombèrent entre les mains des Allemands. Au mois de mai 1944 ils ne trouvèrent rien de plus approprié à parachuter en Thessalie que quelques centaines de capotes. Nous les avions demandées depuis l'automne et pendant tout l'hiver; et ils les ont envoyées au début de l'été. Pas un andartès [maquisard – NdR] n'accepta de traîner avec lui une capote dans la chaleur de l'été au cours de nos déplacements continuels. De temps à autre ils arrêtaient — en guise de punition — même ces maigres traces de ravitaillement qu'ils parachutaient dans certaines régions, comme ce fut, par exemple, le cas en Roumélie, Péloponnèse. En Épire ils n'ont jamais rien envoyé à nous, tout allait à Zervas. En Macédoine orientale, le major anglais Miller arrangeait les choses de sorte que les parachutages s'effectuent «par erreur» dans le territoire bulgare et le matériel tombait ainsi aux mains des bulgares de Boris et de Filof.

Dans la même période, les Anglais accordaient une aide énorme, à Zervas, en Épire, par voie de sous-marins. Chaque fois ils débarquaient 500 cargaisons d'armes, de munitions, de médicaments etc. pour lui, en plus de ce que lui parachutaient les avions. À l'autre organisation, l'EKKA (vendue de la tête aux pieds à l'Intelligence Service) on parachutait de tout en abondance avant même que cette organisation eût fait ses premiers pas. En Macédoine orientale les Anglais aidaient de tous les moyens Anton Tsaouss. C'est même sur ordre du Commandement du Moyen-Orient que ce Anton Tsaouss signa un pacte de trahison avec les bulgares de Boris et de Filof, afin de battre l'ELAS et pour que les fascistes bulgares restent en Macédoine orientale et en Thrace. Le colonel actuel de l'armée monarcho-fasciste Sfetsos, qui, à l'époque signa au nom de Anton Tsaouss, le pacte avec Filof, et était aussi allé alors à Sofia déclara tout bonnement, il y a deux ans, à un procès qui a eu lieu à Salonique, que tel fut l'ordre formel du Commandement du Moyen Orient.

Cependant dans leurs efforts acharnées de dissoudre l'ELAS, les Anglais allèrent encore plus loin. L'officier anglais Don [Don Scott - NdR] se rencontra avec des officiers supérieurs allemands de la Gestapo, à Athènes, par l'intermédiaire du maire quisling Georgatos. Le sujet de l'entrevue était la coordination de l'activité allemande et anglaise contre l'EAM-ELAS. Cette rencontre cynique fut plus tard relatée en détail dans le journal monarcho-fasciste d'Athènes Vradini. Quand, en 1945, eut lieu à Athènes le procès du Premier quisling Rallis, celui-ci déposa à l'appui de documents, que les Anglais lui avaient dit de devenir Premier ministre pour le compte des Allemands. D'ailleurs, c'est à l'archevêque Damaskinos, lié depuis lors avec l'Intelligence Service et qui plus tard eut la grande sympathie de Churchill et du Foreign Office, qu'il a prêté serment. Au même procès de Rallis, Stylianos Gonatas, l'inspirateur des Bataillons de Sécurité c'est-à-dire des prétoriens de l'occupation allemande, déclara que ce fut sous les directives des Anglais qu'il fonda les bataillons de Sécurité. D'ailleurs, la plupart des bourreaux de l'occupation allemande, les pires brutes des bataillons de Sécurité et de la police secrète présentèrent à leurs procès un certificat comme quoi ils étaient, en même-temps liés avec le Commandement du Moyen-Orient. Scobie plaça comme Commandant militaire de l'Attique, le général Spiliotopoulos, qui avait livré même des Anglais aux Allemands, tandis qu'en même temps il était en liaison avec le Commandement du Moyen-Orient. Le brigadier Gérakinis qui, à la tête des forces allemandes, combattait l'ELAS en Eubée, fut plus tard placé par Scobie sous-directeur de l'École Militaire, parce que, lui aussi, était lié avec le Commandement du Moyen-Orient. En 1944 surtout, les officiers anglais en Grèce se lièrent, financèrent et organisèrent les pires gredins qui, l'année d'après, lorsque l'occupation anglaise substitua celle des Allemands, se déchaînèrent complètement comme des bandes de droite (Sourlas, Kalambalikis, Manganas, etc.) Dans la période de la plus horrible activité de ces bandes, un officier anglais se faisait photographié avec la bande du brigand Sourlas. Cette photographie fut publiée dans le journal Rizospastis. D'autre part, le Président du Conseil du Gouvernement à l'étranger. Georges Papandréou, écrit dans le livre qu'il a publié et qui se rapporte à cette période, que son but était alors le même que celui des Anglais de Churchill: dissoudre l'ÉAM-ELAS et quant à la libération de la Grèce, celle-ci serait effectuée par les Anglais seuls.

Et le plus important: le colonel anglais Chris [Christopher Woodhouse - NdR] , chef de la mission alliée en Grèce, proposa ouvertement en 1944, au Commandement du Moyen-Orient qu'on fasse descendre en Grèce une sérieuse force de parachutistes pour exterminer l'état-major de l'ELAS et ensuite attaquer et dissoudre l'ELAS tout entier. Le texte de ce télégramme fut publié en 1946 dans l'organe du PCG Rizospastis, et Chris n'a pas même essayé de le démentir. À cette époque, pour des raisons d'opportunité le Commandement du Moyen-Orient n'a pas envoyé les parachutistes pour nous «dissoudre», mais il envoya plus tard — après que les Allemands furent chassés, — le général Scobie avec des tanks, une forte aviation, et des troupes britanniques et coloniales afin de noyer dans le sang la Résistance nationale grecque. La fureur de l'attaque britannique en décembre 1944, qui dépassait la fureur allemande, donne la mesure des intentions de Churchill à l'égard de l'EAM-ELAS et à l'égard des «brigands et bandits communistes grecs» ainsi qu'il nous appelait dans la Chambre des Communes où il n'a pas manqué de nous qualifier même «des trotskistes, pas des communistes».

Cependant dans cette même période, 1942-1945, Churchill s'était arrangé fort bien avec Tito. Il fit son éloge dans la Chambre des Communes britannique. Celui-ci n'était pas «trotskiste, bandit ou canaille» comme les communistes grecs, il était le chef du peuple yougoslave. Churchill lui sacrifia bien volontiers, non seulement Michaïlovitch, mais le roi Pierre lui-même. À Tito, ils n'ont pas seulement fourni une aide importante en matériel, mais ils ont aussi donné un aéroport à Naples qui ne fut pas contrôlé par les Anglais et de même un endroit de liaison non contrôlé dans la ville de Naples. Quel pouvait donc être le contenu des rapports secrets qu'envoyait à son père le fils de Churchill, quand il restait si longtemps auprès de Tito? Et quelle était alors l'opinion anglaise sur Djilas, quand Djilas depuis 1945 était de l'avis que les officiers soviétiques étaient inférieurs aux officiers anglais au point de vue moral? Et à quoi était due l'insistance assidue de Tito et de ses collaborateurs à ne pas vouloir changer le premier adjoint du ministère des Affaires Étrangères de la Yougoslavie Vélébit ainsi que l'Ambassadeur yougoslave à Londres, Léonditch et trois de ses collaborateurs du moment que le Gouvernement Soviétique, avec toute son autorité, affirmait responsablement qu'ils sont des espions des Anglais?

Nous ne pouvons pas manquer de noter qu'en même temps que les Anglais aidaient systématiquement Tito, tandis qu'ils sabotaient systématiquement le mouvement de libération grec, les nationalistes yougoslaves, de leur côté, avaient déjà commencé leur perfide campagne de calomnies contre le Parti Communiste de Grèce. À la tête de cette campagne se trouvait le général Tempo lui-même, l'homme de Tito pour la Macédoine. C'est de celui-ci et de ses collaborateurs que partait la politique dislocatrice parmi le peuple slavo-macédonien de la Macédoine grecque, la sape de l'autorité de PCG, l'accusation qu'il «avait trahi les Macédoniens, qu'il s'était vendu aux Anglais» que toute sa direction se composait de traîtres etc. etc. Quand Tempo vint en Grèce Libre, en automne 1943, il se rencontra à Conisco de Thessalie, avec une délégation du CC du PCG, composée de Georges Siantos, Pandélis Simos et Costas Caraghiorghis. Outre l'arrogance étonnante dont il fit preuve et les «conseils» qu'il prodigua en abondance, il n'hésita point à déclarer à la délégation que selon l'opinion des chefs yougoslaves, la lettre historique du camarade Zachariadis, qui en novembre 1940, appelait le peuple grec à organiser sa résistance contre Mussolini, est une «trahison des principes du communisme». On peut s'imaginer ce que fomentaient encore d'autre contre le PCG, les chauvinistes du PCY, surtout parmi la population slavo-macédonienne. Leur but était dès lors simplement chauviniste, tel qu'il serait même si Michaïlovitch et le roi Pierre l'avait emporté: annexer à la Yougoslavie la Macédoine de l'Égée et avoir accès à la mer égée par un corridor, sinon prendre aussi Salonique. Et ils comprenaient bien que le plus grand obstacle à une telle politique chauvine, serait le PCG avec sa politique nationale conséquente aux principes de Lénine et de Staline et son vrai internationalisme prolétarien-révolutionnaire. Pour revenir aux Anglais, comment ne pas trouver de nouveau quelque rapport entre la politique macédonienne chauvine de Tito et de Tempo et la propagande du consul anglais, Hill à Florina, qui en 1945-46 parlait d'«autonomie» de la Macédoine? Il n'y avait pas à Florina et dans toute la Macédoine Occidentale, un seul sujet britannique les intérêts duquel aurait pu défendre un consulat britannique. Mais il y avait les intérêts de l'impérialisme britannique et le mot d'ordre liquidateur «autonomie de la Macédoine» secondait à merveille la politique chauvine de Tito et de Tempo, qui réclamaient l'annexion de la Macédoine grecque à la Yougoslavie.

Quand, au mois de décembre 1944 arriva l'heure de la collision armée du peuple grec, avec à sa tête l'EAM-ELAS, un camarade fut envoyé auprès de Tito pour lui demander du secours. La rencontre eut lieu, mais aucune aide ne fut donnée. Cependant, en même temps, quand, sous la pression militaire des Anglais, l'ELAS fut obligé de quitter Athènes, les nationalistes yougoslaves nous mandèrent que «quitter Athènes signifie trahir».

Il est vrai que, parmi toutes les difficultés qu'a rencontrées sur son chemin la révolution démocratique populaire en Grèce, la plus grave fut, et l'est encore, la trahison des dirigeants nationalistes du PCY. Ce n'est pas curieux, que le fait seul que Tito et ses collaborateurs ont jeté leur pays comme un cadeau inattendu dans les bras de l'impérialisme, ait enthousiasmé les impérialistes anglo-américains. Depuis la trahison de Tito ils insistent beaucoup plus sur la question grecque, en soutenant de tous les moyens le monarcho-fascisme d'Athènes pourri jusqu'à la moelle. Avec une Grèce monarcho-fasciste assujettie à eux, comme suite géographique d'une Yougoslavie de Tito, asservie elle aussi (malgré son pseudo-communisme, démasqué actuellement) ils tâcheront, d'isoler et d'étrangler les autres Démocraties Populaires aux Balkans pour s'assurer ainsi une tête de pont impérialiste de plus grande étendue encore qu'ils ne l'avaient espéré l'année passée avec seule la Grèce.

Il y a quelques jours le Manchester Guardian demandait aux puissances occidentales d'intensifier la guerre froide en Bulgarie et en Albanie et d'encourager «leurs peuples» à une révolte ouverte contre le régime des Démocraties Populaires. La discussion y relative à la Chambre des Communes en mars dernier est caractéristique ainsi que tout ce qu'a déclaré à ce sujet l'ex-ministre conservateur Macmillan avec le cynisme bien connu des Tories. Si les Anglo-Américains n'interviennent pas plus énergiquement la Grèce peut s'effondrer cet été, et alors ils perdraient toute autre possibilité favorable qu'ils pouvaient avoir dans les Balkans et surtout en Yougoslavie.

Cependant ni le peuple grec, ni le peuple yougoslave ne permettront à Tito et à ses collaborateurs de compléter leur trahison. Ils démentiront les espoirs des maîtres, de Tito, les impérialistes anglais et américains.

21-7-49

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[La trahison de Tito envers la Grèce démocratique — éditions «Grèce nouvelle»]


Libéria/Burkina Faso

Les témoignages que nous reproduisons ci-dessous proviennent de la retranscription de ceux extraits du documentaire «Ombres africaines» de Silvestro Montanaro. Ce documentaire a été diffusé le 15 juillet à 23h55, comme la première partie d’une trilogie sur le Libéria, la suite l’étant les 22 et 29 juillet. Ces documentaires sont réalisés pour l’émission «C’era une volta» de Silvestro Montanaro, journaliste d’investigation. L’intégralité du documentaire peut être visionné à l’adresse http://www.rai.tv/dl/RaiTV/

Nous n’avons traduit que les retranscriptions de la partie du film concernant l’assassinat de Sankara. La version italienne se trouve à l’adresse http://www.thomassankara.net/spip.php?article786

Les personnes interrogées, parfois en caméra cachée, sont :

Jewel Howard Taylor, sénatrice du Libéria, ex-épouse de Charles Taylor

Momo Jiba, ex chef de camp de président Taylor, aujourd’hui général

Marcus Dahn, historien, actuellement ministre des Postes et des Télécommunications du Libéria

Cyril Allen, ex chef du parti de Taylor et ex-président de la compagnie pétrolière nationale

Moses Bleah, ex vice-président du Liberia pendant quelques années

Prince Yormie Johnson, ex seigneur de guerre. Il a d’abord combattu aux côtés de Charles Taylor dans le National Patriotic Front of Liberia (NPFL) avant de créer sa propre faction rebelle, l’Independent National Patriotic Front of Liberia (INPFL). Il est aujourd’hui sénateur du Libéria. Ses déclarations sur la participation de Libériens à l’assassinat de Sankara avaient déjà retenu l’attention durant l’été 2008.

La partie que nous présentons ci-dessus est la traduction de la retranscription fidèle des témoignages. Ils sont traduits dans l’ordre où ils ont été montés pour le film par le réalisateur.

Le nom de Montanaro apparait aussi dans la retranscription. il s’agit du réalisateur qui pose les questions. Les commentaires qui accompagnent les images sont précédés de la mention voix off.

La traduction a été réalisée par Mme Rose Marie Hertz. Qu’elle soit ici très vivement remerciée.

Retranscription des extraits du documentaire

«Ombres africaines»

de Silvestro Montanaro

Voix off : En fait une intrigue internationale. Je vais rencontrer la sénatrice libérienne Jewel Howard Taylor, l’ex femme de Charles Taylor

Montanaro : Pensez-vous que des personnes puissent se sentir inquiétées si Taylor dit «la vérité»? Des gens importants?

Lady Taylor : Oui absolument, certainement… j’en suis sûre…

Montanaro : Des personnes très importantes?

Lady : Certes. Car une partie de cette histoire est encore restée secrète et il ne l’a jamais racontée, pas même à moi. Je suis sûre qu’il avait encore des secrets. Comment a-t-il quitté l’Amérique? Quel accord a-t-il passé avec Kadhafi pour l’entraînement en Libye? Quels étaient ses amis, quelles informations lui ont-ils données?

Jiba : Il avait beaucoup d’amis en Amérique….

Montanaro : Des gens importants?

Jiba : Oui… certes…dans les affaires…

Montanaro : Pouvez-vous me donner quelques noms?

Jiba : Ah….non, je ne peux pas révéler leur nom… je ne suis pas idiot.. Il avait quelques bons amis diplomates… qui maintenant ont disparu quelque part… mais je sais qui ils sont.. et que cela ne leur ferait pas plaisir si je parlais.. Car Taylor n’est pas tombé du ciel .. ainsi… de la prison sur le Libéria. C’est eux qui l’ont envoyé ici, au Libéria ! Et ils le savent bien..

Voix off : Ce monsieur, lui aussi considéré par l’ONU comme un criminel, était l’aide de camp du Président Taylor. Aujourd’hui le Général Momo Jiba – l’un de ceux qui est bien au courant -- laisse entrevoir de lourdes responsabilités derrière l’aventure de pouvoir de Charles Taylor.

Montanaro : Qui l’a envoyé ici?

Jiba : Ceux qui l’ont fait le savent. La grande main. Eux ils savent tout. Il n’est pas venu ici tout seul. Taylor était en prison en Amérique…et peu après, il était à Monrovia au Libéria.. Comment a t-il fait pour sortir de prison en Amérique? Comment a t-il fait pour s’échapper d’une prison Américaine?

Montanaro : La CIA?

Jiba : Eh heh.. je ne peux pas le dire .. une grande main, la grande main.

Historien [Dahn? - BIP] : Ce qui se passe en Amérique avec Charles Taylor est vraiment une histoire incroyable.

Voix off : L’actuel ministre des postes et télécommunications du Libéria, Marcus Dahn, est aussi l’un de ses plus important historiens. Lui aussi soupçonne de lourdes responsabilités sur la fugue de Charles Taylor

Historien [Dahn? - BIP] : Charles Taylor s’était enfui du Libéria après avoir été accusé par le président Doe d’avoir volé un million de dollars des caisses de l’État. Il fut arrêté et devait être extradé au Libéria. Bon, vous devez savoir que l’avocat de Charles Taylor était l’un des meilleurs en Amérique, Ramsey, qui avait été l’Avocat Général des États-Unis sous le président Jimmy Carter. Ce fut justement lui l’avocat de Taylor. Taylor était écroué dans une prison fédérale au Massachussetts, une des plus sûres. D’une prison Fédérale il me semble très difficile, sinon impossible de pouvoir s’en évader… Taylor, lui, il réussit à s’en évader, à venir ici lancer sa révolution et à essayer de mettre dehors Samuel Doe

Bleah : On ne peut s’échapper d’une prison de ce genre sans l’aide de quelqu’un. Taylor n’était pas un petit oiseau, il n’était ni Dieu ni un esprit.

Voix off : Mose Bleah était le vice président de Taylor, l’un de ses hommes de la première heure. Lorsque Taylor est parti en exil il a été Président du Libéria pendant quelques mois.

Bleah : Nous avons été aidés, aussi par beaucoup de gens qui maintenant ont des rôles importants dans notre pays, et de même notre Président a admis avoir aidé Taylor, et lui avoir donné de l’argent à cette époque.

Montanaro : Mais ce furent surtout les américains qui l’ont fait…

Bleah : Certainement…oui …

Montanaro : De quelle manière?

Bleah : Comment pourrais-je vous expliquer… notre bon père, nous le nommons ainsi car nous autres Libériens nous nous considérons comme une province des états-Unis, enfin eux nous ont aidés, eux étaient d’accord pour que Charles Taylor devienne Président de ce pays.

Allen : Vous devez savoir que Taylor fut choisi par les leaders du NPFL. La direction du NPFL, incluait par exemple Mme Ellen Sherif, notre actuelle Présidente.

Voix off : Cyril Allen, aux premières places de la liste noire des Nations Unies, a été le chef du parti de Taylor et aussi le président de la compagnie pétrolière nationale.

Allen : Eux, ils demandèrent de l’aide pour renverser Samuel Doe. Alors les américains leur demandèrent qui ils avaient choisi comme leader de celle-ci, oui de cette révolution. Leur réponse fut claire et sans hésitations. Nous avons un Libérien qui a beaucoup de raisons de rancœurs envers Samuel Doe. Cet homme a une remarquable personnalité militaire, il est très intelligent et courageux.. Maintenant malheureusement il est dans l’une de vos prisons. Nous vous demandons de le libérer, de pouvoir l’utiliser comme leader de notre révolution. Et ils acceptèrent. Et Taylor…

Montanaro : Ils acceptèrent?

Allen : Bien sûr, et ils firent en sorte que Taylor puisse s’échapper.

Ministre Doe [Dahn? - BIP] : Vous devez le demander au département d’État américain, vous devez le demander aux plus hauts niveaux de la CIA, vous devez le demander aux plus hauts niveaux du FBI, vous devez le demander aux politiques qui maintenant gouvernent ce pays, eux savent bien ce qui s’est passé… Écoute, je souhaite de ne jamais finir, dans ma vie, dans un pénitencier américain. Ce sont des endroits dont il est pratiquement impossible de s’évader. Taylor incroyablement a réussi. Maintenant soyez attentifs au déroulement des faits… Qui était l’avocat de Taylor? Ramsey Clark, l’ex-Avocat-général des États-Unis, l’un des hommes les plus puissants du monde, était l’avocat de Taylor. Taylor s’évade d’une prison de Boston, et où retrouvons-nous ensuite Taylor? Nous le retrouvons en Afrique. Lorsque Taylor est arrivé ici, il avait un sac d’argent, quand nous avons contrôlé la provenance des premiers 25.000 dollars qui étaient parvenus à Taylor, j’avais toutes ces informations sur un ordinateur, mais ensuite d’étranges individus l’ont détruit nuitamment, mais l’un de mes amis a une copie, eh bien l’une des signatures était celle d’une personne qui ensuite est devenue Président de ce pays et l’autre eh bien disons d’un américain.

Montanaro : Où avez-vous été entraîné?

Jiba : J’ai été entraîné.

Montanaro : Dites la vérité.

Jiba : Oui.. en Libye

Montanaro : Qui vous a entraîné?

Jiba : Eh ehe hehehe, c’est une question importante. Une bonne question.

Montanaro : Quel genre d’instructeurs avez-vous eu… D’où venaient-ils… De quel pays? Vous le direz sur...

Jiba : ça je ne peux le dire devant une caméra de télévision, c’est top secret. Je ne peux le révéler… c’étaient des instructeurs, ça c’est sûr.

Montanaro : Qui vous a donné les armes?

Jiba : Pour combattre ?

Montanaro : Oui

Jiba : Ehe he he

Montanaro : Les mêmes personnes?

Jiba : Noooo…c’était la révolution, on se débrouillait seul. Personne ne nous a donné quoi que ce soit. Le Président Taylor utilisait ses ressources personnelles.

Voix off :Là-dessus j’invite l’équipe du tournage à aller faire un aller retour avec une caméra cachée. Une caméra de télévision cachée

Montanaro : Qui sont ceux qui vous ont entraînés, vous me le dites...

Jiba : Eh eh eh bon ça va ... non je ne peux pas le lui dire ... et après tout il le sait...

Montanaro : La CIA?

Jiba : Oui.. la CIA m’a entraîné

Montanaro : Mais alors Kadhafi… la Libye.

Jiba : Laisse tomber… c’est de la politique…

Montanaro : Incroyable..

Jiba : Laisse tomber… c’est de la politique

Montanaro : Et eux vous ont donné l’argent …

Jiba : L’argent, tout.

Montanaro : Les armes? 

Jiba : Tout, tout.

Montanaro : La CIA?

Jiba : Laisse tomber… c’est de la politique.

Montanaro : Miséricorde…

Jiba : Vous le savez … ils sont dangereux … maintenant ils veulent le silence… ils n’apprécieraient pas que l’on parle … si nous le faisions, cela serait dangereux pour eux ..

Montanaro : Comment est-ce possible que la CIA ait aidé Charles Taylor à s’évader de prison?

Lady Taylor : Je suis sure qu’ils étaient impliqués.

Montanaro : Mais ensuite il était en Libye à organiser la guerre contre Doe. La Libye était l’ennemie des États-Unis.

Lady Taylor : Je pense que Charles Taylor a seulement été une marionnette dans ce jeu entre nations. Les USA étaient contre la Libye, mais dans le même temps les USA voulaient renverser Doe. C’est pour cela qu’ils avaient besoin qu’un ami vienne faire le travail. C’est pour cela qu’ils ont autorisé Taylor à aller en Libye suivre l’entraînement pour revenir ici faire la guerre avec ses hommes. Mais aussi pendant cette guerre, avant qu’il ne soit Président, il était toujours en contact avec les États-Unis. Il faisait partie du plan pour chasser le Président Doe. Il avait besoin de comprendre quelles étaient les priorités : la question libérienne, son sens pour l’administration américaine, les réserves naturelles qu’ils avaient et qui pouvaient devenir des ressources pétrolières pour eux. Tout ceci faisait que le Libéria devenait un point stratégique. C’est pour cela que la question libérienne était bien plus importante que la libyenne.

Voix off : Comme me le révèle le général Jiba, Taylor à cette époque travaillait pour la CIA espionnant Kadhafi et les mouvements de libération africains qui durant ces années s’entraînaient en Libye.

Jiba : C’était une opération de la CIA

Montanaro : Enfin la vérité c’est que Taylor travaillait pour la CIA et avait été envoyé pour infiltrer les mouvements de libération africains qui s’entraînaient en Libye.

Jiba : C’est certainement la vérité

Montanaro : Ce n’est pas sûr?

Jiba : Certainement que oui, je travaillais avec lui, et nous parlions de ces choses là, et je n’ai pas l’habitude de mentir, moi.

Montanaro : Et quelles opérations spéciales a mis au point Taylor pour la CIA en espionnant Kadhafi?

Jiba : Une ... une importante fut au Burkina Faso

Montanaro : La mystérieuse fugue de Charles Taylor croise le destin de Thomas Sankara, le très jeune Président du Burkina Faso. Il y a quelque temps un ex-seigneur de guerre, Prince Johnson, actuellement sénateur, a raconté devant la Commission Vérité au Libéria que lui et Taylor ont eu un rôle dans la mort de Sankara. Je suis allé le rencontrer pour qu’il m’explique mieux cette histoire.

Prince : Mais cela ne fait pas partie de ce que vous avez écrit ici…

Montanaro : C’est compris dans la dernière question

Prince : Non cela n’y est pas et en tous les cas vous devez respecter la séquence de la demande que vous avez écrite ici…

Montanaro : Vous dites?

Prince : Et vous ne pouvez pas me faire de nouvelle demande que vous n’avez même pas écrite ici.

Montanaro : C’est si difficile pour vous de répondre à cette question?

Prince : Non, non… cela ne va pas comme ça.

Montanaro : Enfin que s’est-il passé au Burkina.

Prince : Non, nous… lorsque l’on parle d’un fait une fois, deux, trois fois...

Montanaro : De Thomas Sankara

Prince : Pour finir c’est fastidieux

Montanaro : Vous dites?

Prince : Je suis allé à la Commission réconciliation, j’ai donné une interview à une agence de presse française, elle a été diffusée dans le monde entier et je continuerai à répéter en continu ce que j’ai dit à propos du Burkina Faso

Montanaro : Je comprends mais répondez

Prince : Et peu après que j’ai parlé, le Président du Burkina a eu plein de problèmes et je ne veux pas que cela arrive à nouveau. Et puis, si vous voulez réellement savoir ce qui est arrivé au Burkina Faso, eh bien, allez là-bas et demandez-le au Président Compaoré… vous êtes un représentant des médias internationaux, vous êtes comme un docteur à qui l’on doit toujours dire la vérité, alors allez au Burkina Faso… (éclats de rire)

Voix off : Ensuite, avec la caméra apparemment éteinte ….

Prince : Cela a été un pacte international pour mettre dehors cet homme et si je raconte comment cela s’est passé, les services secrets pourraient vous tuer, vous le savez ?

Montanaro : Un complot international. C’est parce que la vérité apporterait beaucoup de problèmes à Blaise Compaoré, l’actuel Président du Burkina. Compaoré, en 1987 lorsque Sankara fut tué, était considéré comme son meilleur ami. C’est ce qu’il raconta tout de suite après sa mort… Compaoré : J’étais malade

Voix off : On me raconte comment se sont réellement passées les choses, je suis Jiba et Allen

Allen : Yahya Jammeh, l’actuel président de la Gambie, Blaise Compaoré, Thomas Sankara, Domingo Guengeré, et … Foday Sankoh, et puis l’homme du Tchad, dont je ne me rappelle plus de son nom … en tous les cas, ils ont tous été entraînés dans une localité libyenne et ils étaient tous amis. En fait, ce furent eux qui organisèrent la révolution au Burkina Faso et fait de Sankara son Président. Il devient Président et commence à appliquer son programme et à gouverner. Mais ensuite les Américains infiltrèrent le mouvement africain de libération aussi pour renverser Thomas Sankara qui était trop à gauche. Sankara ne plaisait pas aux Américains, il parlait de nationaliser les ressources de son pays pour les utiliser en faveur de son peuple; en fait, c’était un socialiste. Et ils décidèrent de l’éliminer.


Cette partie contient une succession d’images d’archives. Ci-dessous les commentaires qui accompagnent les images

Voix off sur vidéo où l’on voit Sankara : Thomas Sankara, de 1983 à 1987, fut président de la Haute Volta qu’il rebaptisa Burkina Faso, c’est à dire «le pays des hommes intègres». Pour ne pas subir les dictats extérieurs, il refusa les aides du FMI et de la Banque Mondiale. Son pays semi-désertique, affamé, endetté, avec une mortalité infantile des plus élevées du monde, ne pouvait compter que sur lui même. Et ceci signifiait devoir lutter contre l’avancée du désert, et développer l’auto suffisance alimentaire, garantir à tous instruction et assistance sanitaire. «Deux repas et 10 litres d’eau pour tous et tous les jours», devint le slogan qui résumait l’espoir d’un futur meilleur. Le pays, surtout les femmes, furent appelées à se mobiliser autour de ces objectifs: le volontariat de masse, à consommer seulement ce que le pays était capable de produire de manière autonome, arrêt des importations superflues et des achats militaires, lutte contre les gaspillages, les privilèges et la corruption. L’exemple personnel.

Sankara : Nos ministres ne peuvent pas voyager en première classe, mais seulement en classe touriste. En outre nous avons aussi supprimé les indemnités présidentielles et sommes en train de réduire les salaires des fonctionnaires d’état et des bureaucrates. Les procès contre les voleurs, contre ceux qui volent l’argent de notre pays, se déroulent maintenant ils ont lieu et sont publics.

Voix off : Thomas Sankara mangea du mil comme les paysans de son pays, circula à bord d’une petite voiture déglinguée, s’habilla toujours à la burkinabé, et il n’eut jamais de propriété personnelle. Son salaire de Président était si misérable, à faire rougir tous les hommes d’état de la planète et de son pays, ses semblables l’ont suivi avec enthousiasme. Furent construits: des rues, chemin de fer, des écoles et des hôpitaux, la production agricole augmente, des terres sont gagnées sur le désert. En quatre ans, le rêve de deux repas et de dix litres d’eau par jour et pour tous devint réalité. Mais le cauchemar de la dette extérieure accumulée par les précédents gouvernements corrompus, menaçait à l’horizon. Sankara se bat au niveau international contre ce nouvel esclavage de la dette.

Sankara : Nous devons être unis pour dire que la dette ne peut être payée, car si je suis seul à me battre , je serai assassiné. Si nous sommes unis, nous pourrons ne pas payer et ne pas payer pour que l’on puisse travailler et construire un avenir meilleur pour nos peuples. Si seul le Burkina Faso refuse de payer sa dette, je ne serai pas ici à la prochaine conférence.

Commentaires Montanaro : Sankara avait fait du bonheur, le bonheur de tous, l’indicateur principal de son action gouvernementale. Il remettait en question des équilibres délicats de cette époque. C’était un scandale qui devait être supprimé… Le général Momo Jiba et Cyril Allen, les deux hommes les plus fidèles de Charles Taylor m’ont raconté ce qui s’est passé.

Les interviews reprennent

Jiba : Mon boss est allé trouver Thomas Sankara pour lui demander de l’aider pour prendre le pouvoir au Libéria. En contre partie il lui offrait beaucoup d’affaires possibles. Thomas Sankara lui répondit qu’il n’était pas intéressé et lui demanda de quitter le Burkina Faso. Il lui dit de trouver un autre endroit où s’organiser et qu’il ne l’aurait jamais aidé. Alors, Guengere est un homme très grand qui maintenant est ministre de la Défense au Burkina Faso… En fait Guengere, Blaise Compaoré, Charles Taylor et l’actuel président du Tchad… oui le président… vous savez qui c’est ?

Montanaro : Oui

Jiba : Bon, lui aussi

Montanaro : Oui

Jiba : …Ils se sont retrouvés en Mauritanie et ont discuté un jour entier ... ils ont beaucoup discuté et puis un homme a été envoyé par Paris, un homme blanc qui a longuement discuté avec eux… puis il y eut une autre rencontre en Libye, où l’on parla encore du problème Sankara et ce qui fut clair pour tous est que nous voulions utiliser le Burkina comme base, Sankara devait être éliminé. Blaise Compaoré deviendrait président et allait nous aider..

Montanaro : Et Kadhafi était d’accord ?

Jiba : Bien sûr. Attention tout ceci doit rester secret …. C’est top secret

Montanaro : Oui…oui…

Jiba : Si, Kadhafi aidait Taylor, mais aussi la France envoya l’un de ses hommes pour dire qu’elle aurait appuyé le coup d’État…ou mieux la France mit à disposition l’argent et dit, pour nous ça va, nous sommes avec vous… si vous le tuez, Compaoré devient président et nous, nous reconnaîtrons son gouvernement, il n’y a pas de problème… Alors Blaise dit à Guengere, il est actuellement commandant des forces armées au Burkina Faso, de réunir un groupe de commandos fiables au Burkina Faso et Taylor fournit d’autres hommes et firent le coup d’état.

Montanaro : Seule la France fut impliquée ?

Jiba : La France fut totalement impliquée.

Montanaro : Et les États-Unis et la CIA?

Jiba : Non, ça je ne le sais pas et je ne veux pas dire de sottises.

Allen : Le piano fut accordé par les Américains et les Français. Il y avait un homme de la CIA à l’ambassade des États-Unis au Burkina qui travailla en étroit contact avec le chef des services secrets de l’ambassade française, eux ont pris les décisions les plus importantes.

Montanaro : Ensuite la CIA et les services secrets français …

Allen : Et les services secrets français décidèrent de mettre hors jeu Sankara. Ainsi sont les faits.

Jiba : Eux apportèrent leurs hommes, quelques commandos et puis il y avait Prince Johnson, il y avait moi, nous communiquions avec des talkie-walkie, nous avions toutes les informations sur Sankara, quand il sortait ou rentrait chez lui … tout était planifié.

Montanaro : Vous y étiez ?

Jiba : Bien sûr, j’étais au Burkina Faso, j’étais dans cette opération

Montanaro : Et vous étiez présent quand Sankara a été assassiné ?

Jiba : Oui, bien sûr, j’étais dans la pièce lorsqu’il a été assassiné.

Montanaro : Quels souvenir avez-vous de cet instant ?

Jiba rit

Montanaro : Sankara attendait Blaise Compaoré pour un meeting ?

Jiba : Non ce n’était pas un meeting… c’était d’importantes rencontres en cours…

Jiba : Et Blaise Compaoré après avoir fait semblant de rentrer chez lui, à minuit pile il était là, prêt à agir avec les autres… il entra dans la pièce et il tira.

Allen : C’est lui qui tira le premier coup… parce que lui il était assis ici et Compaoré était assis là de l’autre côté de la table… et alors il tira le premier coup, puis le second et Sankara s’est affaissé sur la chaise et mourut … juste avant ils parlaient et Compaoré lui faisait face…

Jiba : Moi j’étais à deux pas lorsque Thomas Sankara a dit : «Blaise, tu es mon meilleur ami, celui que j’appelais mon frère, et c’est justement toi qui m’assassines? «Blaise fit un geste d’agacement et lui dit quelque chose en français, moi je ne comprends pas bien le français, puis il tira.»

Allen : Si Blaise Compaoré n’avait pas tiré sur Sankara, Guengere l’aurait fait et maintenant ce serait lui le Président. Tout cela est dû à l’intérêt de l’Amérique à prendre le contrôle du Burkina Faso.

Voix off : Quoi qu’il en soit, c’est certain, le bonheur a migré ailleurs et le Burkina Faso est redevenu un des pays les plus pauvres du monde.


Corée

La visite de Clinton fait exploser le mythe de «l’isolement» de la RPDC

La visite surprise de l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, à Pyongyang, le 4 et le 5 août 2009

La visite surprise de l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, avait pour objet immédiat de demander au peuple coréen de pardonner et de renvoyer chez-elles, pour des raisons humanitaires, les deux jeunes journalistes étasuniennes d’origine asiatique qui sont entrées illégalement en RPDC. Elles allaient préparer un documentaire hostile à la RPDC pour une chaîne de télévision fondée par l’ancien vice-président étasunien, Al Gore. Les deux femmes ont été arrêtées rapidement à leur entrée en Corée et condamnées à de longues peines, reflétant l’hostilité des relations entre les États-Unis et la RPDC, ainsi que les menaces proférées par les premiers à l’égard des derniers.

Suite à la rencontre avec le dirigeant de la RPDC, Kim Jong Il, et le dîner qui a duré plusieurs heures, la demande des États-Unis a été consentie. Le lendemain Clinton repartait avec les deux journalistes.

Ainsi il devint le second ancien président des États-Unis à visiter la RPDC pour des pourparlers avec les dirigeants de ce pays. En 1994, Jimmy Carter, alors ancien président, avait visité Pyongyang pour s’entretenir avec le président Kim Il Sung.

Une importante différence marque les deux visites. Celle de Carter était - au départ tout au moins - à son initiative personnelle, malgré que la Maison Blanche sous Clinton ait été assez réticente. Cette fois-ci l’initiative provenait de l’administration Obama. En dépit de ses protestions - guère convaincantes - affirmant qu’il s’agissait d’une affaire privée de et qu’elle n’avait aucune implication avec les relations plus générales avec la RPDC, ni les diverses questions en suspends, en particulier le nucléaire, l’administration Obama était intimement impliquée dans la préparation de la visite de Clinton ainsi que de la suite.

Dans son rapport du 5 août sur la visite l’agence de presse APCC a noté: «La visite de Clinton et de son parti à la RPDC contribueront à l’approfondissement de la compréhension mutuelle et du développement de la confiance bilatérale».

Plus tard en août, les diplomates de la RPDC de la mission des Nations Unies à New York, au cours d’une rare sortie au-delà du rayon de 40 km où ils sont normalement confinés par les autorités étasuniennes, ont visité l’état du Nouveau Mexique à l’invitation du gouverneur Bill Richardson qui avait auparavant visité la RPDC. Mis à part les discussions politiques avec le gouverneur les diplomates ont aussi visité un certain nombre d’entreprises et d’instituts académiques et de recherche, liés à l’énergie renouvelable.

Un point important à noter à propos de telles visites est qu’elles nient complètement les calomnies impérialistes affirmant que la RPDC est un pays isolé. Non seulement celle-ci maintient des relations étroites avec les pays socialistes et d’autres pays anti-impérialistes, mais même les politiciens les plus importants des pays les plus puissants sont obligés de rechercher et de pétitionner les dirigeants de ce petit pays de quelque 24 millions d’habitants. Quelques personnes dans le mouvement ouvrier qui devraient être mieux avisées, voudraient nous faire croire que la Corée a été écartée du monde parce qu’elle défend résolument sa souveraineté, même au point de se doter d’armes nucléaires. Mais encore une fois c’est le contraire qui est vrai. La raison pour laquelle l’Occident envoie à la RPDC des envoyés présidentiels et non pas des bombes à sous-munitions est précisément parce que le pays peut se défendre.

Depuis la visite de Clinton un nombre de signes positifs sont apparus dans les relations entre la RPDC et la Corée du Sud, après le déclin constant qui a suivi la prise de pouvoir par le régime droitier de Lee Myung Bak. Le 16 août, le camarade Kim Jong Il a eu une longue discussion avec Hyon Jong Un, le président du groupe Hyundai, du monopole sud-coréen. Celui-ci a pris la tête de l’initiative visant à développer les relations économiques entre les deux parties de la Corée. Après cette rencontre les deux côtés ont convenu de résumer et développer leur coopération dans le tourisme, de développer la zone industrielle conjointe de Kaesong, ville nord-coréenne, et de poursuivre les réunions des familles divisées par la partition de la nation coréenne.

Quelques jours plus tard, une légation de haut niveau de la RPDC s’est rendu à Séoul, la capitale sud-coréenne, pour rendre hommage à Kim Dae Jung, le premier président démocratique de Corée du Sud, décédé le 18 août, et dont la visite historique à Pyongyang en 2000 à soulevé auprès du peuple coréen de si hauts espoirs pour la réconciliation et la réunification nationale.

Un article de l’Independent a admis malgré lui que la double tactique de préparation militaire et de flexibilité diplomatique apportaient des résultats impressionnants: «C’est l’arrestation et la condamnation des journalistes étasuniennes qui ont précipité la diplomatie de Mr Clinton. Mais c’est l’essai nucléaire … avec tous les périls dont il est porteur, qui a rendu urgent un nouveau dialogue avec la Corée du Nord.

«L’essai nucléaire a fait que les Nations Unies ont réclamé des ‘sanctions sans précédent’, et l’ambassadrice étasunienne, Susan Price, ‘des dents qui mordront’. Mais le monde s’est fait rappeler combien ses options étaient limitées…».

L’article a poursuivi en citant un rapport de l’International Crisis Group, un groupe de réflexion: «Ramener les Coréens à la table de négociations demandera des changements significatifs dans la manière dont est géré le portefeuille à Washington, y compris une approche de haut niveau par les États-Unis». Il concluait: «Maintenant que la nouvelle approche paraît être sur les rails…. Kim Jong Il bouge de manière constante vers ce but» (‘La mort du lauréat Nobel ouvre une percée diplomatique’ 22 août 2009).

————————————————

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Première partie

États-Unis — Moyen-Orient

Victimes de guerre

L’enfer de la guerre vient au pays

par Dave Phillips

The Gazette, 26 juillet 2009 – L’unité de Marquez, consistait en 3500 soldats. Elle porte maintenant le nom de Détachement combat de la 4ème Brigade de la 4ème Division d’infanterie. Elle avait combattu aux endroits les plus sanglants d’Iraq et eu de loin plus de victimes que toute autre unité de Fort Carson. Depuis 2006, 10 de ses soldats d’infanterie de retour au pays, avaient été arrêtés, accusés de meurtre, tentative de meurtre ou homicide. D’autres se sont suicidés ou ont tenté de le faire.

Avant le commencement des assassinats, la mère d’Anthony Marquez avait téléphoné à son sergent à Fort Carson pour le prévenir que son fils se préparait à tuer.

C’était en février 2006, et ce soldat de 21 ans, n’avait jamais été le même après avoir été blessé en Iraq et revenu chez lui huit mois plus tôt. Il avait des crises de violence, des épouvantables cauchemars. Il dévorait des pilules antalgiques et buvait trop. Il portait toujours une arme sur lui.

«C’était une combinaison dangereuse. Je leur ai dit qu’il était une bombe ambulante» a dit sa mère, Teresa Hernandez.

Le sergent lui avait répondu qu’il n’y avait rien qu’il puisse faire. Puis ajouta-t-elle, il a commencé à taquiner son fils lui disant des choses comme «Ta maman a appelé. Elle dit que tu deviens fou».

Huit mois plus tard, la bombe à retardement a explosé quand son fils qui, à propos de quelque 30 grammes de haschisch, s’est servi à répétitions d’un pistolet de type tazer sur un petit revendeur de drogue de Widefield, avant de lui tirer une balle à travers le cœur. Marquez était le premier soldat d’infanterie à avoir tué quelqu’un après son retour d’Iraq. Il n’allait pas être le dernier.

Beaucoup parmi ces soldats se sont engagés dans cet emploi, le plus dangereux du monde, étaient trop jeunes pour s’acheter une bière. Presque aucun d’entre eux, n’avait un passé criminel sérieux. Beaucoup ont été récompensés de médailles pour leur bonne conduite.

Mais dans la confusion pernicieuse du combat en Iraq où l’ennemi n’est pas clairement identifié, beaucoup de soldats considèrent que leur entraînement ne leur servait à rien. La boucherie était devenue monnaie courante. En armure de protection, déployés tournée après tournée dans le combat, cela aurait tué des guerriers de la génération précédente. La discipline détériorait. Les soldats admettaient que la torture et le meurtre de civils guettaient depuis leurs rangs. Et quand ils rentraient chez eux, à Colorado Springs souffrant des blessures émotionnelles causées par le combat, certains étaient ignorés, d’autres négligés ou carrément rejetés, et d’autres encore punis.

Certains ont continué à tuer, mais cette fois-ci: à Colorado Springs.

Beaucoup parmi ces soldats sont derrière des barreaux. Leurs troubles toutefois se font sentir bien au-delà de leurs prisons – même au-delà de l’Armée. Leur unité a été déployée de nouveau en mai, cette fois-ci dans une des régions les plus dangereuses d’Afghanistan, près du défilé de Khyber.

Ce mois-ci Fort Carson a publié un rapport de 126 pages, fait par une équipe de professionnels du comportement-santé de l’armée qui ont cherché des traits communs se rapportant aux crimes commis par les soldats. Ils ont conclu que l’intensité de la bataille, la stigmatisation de longue date contre l’appel à l’aide, les accidents causés par des abus de substances et [l’absence] de traitement psychologique, auraient pu converger avec des «conséquences négatives», mais une étude plus approfondie était nécessaire.

Marquez, arrêté avant la mise en place de ces programmes, dit qu’il n’aurait pas appuyé sur la détente s’il n’avait pas été en Iraq.

«Si j’avais été n’importe qui dans la rue, j’aurais hésité à tirer,» dit Marquez depuis l’établissement pénitentiaire de Bent County où il purge une peine de 30 ans. «Mais après l’Iraq, c’était simplement naturel».

D’autres tueries, par plus de soldats, allaient suivre.

En août 2007, Louis Bressler, 24 ans, a volé et tiré sur un soldat qu’il avait pris dans une rue de Colorado Springs.

En décembre 2007, Bressler et un autre soldat Bruce Bastien, 21 ans, et Kenneth Eastridge, 24 ans, ont laisse le corps d’un soldat de leur unité criblé de balles dans une rue de West-side.

En mai et juin 2008, la police affirme que Rudolfo Torres-Gandarilla, 20 ans, et Jomar Falu-Vives, 23 ans, roulaient en voiture avec un fusil d’assaut, tirant sur des gens au hasard.

En septembre 2008, la police a affirmé que John Needham, 25 ans, battit sa petite amie à mort.

La plupart des tueurs provenaient d’une seule unité de 500 soldats, le 2ème Bataillon du 12ème Régiment d’infanterie [4ème Brigade, 4ème Division — NdT], qui s’étaient surnommés les «guerriers létaux».

Des soldats d’autres unités de Fort Carson avaient aussi commis des crimes au retour de leur déploiement au Moyen-Orient – les incarcérations de militaires avaient triplé depuis le début de la guerre en Iraq – mais aucune autre unité n’a été responsable d’autant de meurtres que la 4ème Brigade. La vaste majorité des soldats de la brigade n’ont pas commis de crimes, mais le taux de ceux qui en ont est de loin supérieur à celui de la population en général. Dans une période d’un an, depuis l’automne de 2007 à l’automne de 2008, le taux de meurtres des 500 «guerriers létaux» était supérieur de 114 fois à celui de Colorado Springs.

Le bataillon était composé de jeunes hommes qui, démographiquement, avaient le plus haut taux de meurtre aux États-Unis, mais la brigade montrait néanmoins un taux 20 fois supérieur à celui des jeunes mâles dans leur ensemble.

Les tueries ne sont que la partie apparente de l’iceberg, celle qui attire des titres de journaux, elle couvre une vaste pyramide de crimes. Depuis 2005, les soldats de la brigade ont été impliqués dans des bagarres, voies de faits, viols, conduites sous influence, vente de drogue, violences domestiques, fusillades, coups de couteau, enlèvements et suicides.

Comme Marques, la plupart des soldats incarcérés avaient eu du mal à s’adapter une fois rentrés chez eux après le combat. Comme Marquez, beaucoup, avant de finir derrière des barreaux, manifestaient des signes de perturbation grandissants. Comme Marquez, ils soulèvent tous des questions très difficiles à propos de la cause de la violence.

Est-ce l’infanterie qui a transformé ces hommes en tueurs ou est-ce des tueurs qui cherchent l’infanterie? Est-ce l’armée qui est permissive pour les criminels ou est-ce les soldats meurtris par les combats qui tombent dans des habitudes criminelles? Est-ce que c’est Fort Carson qui a failli en ne prenant pas soin des soldats ou est-ce les soldats qui ont négligé de prendre avantage des soins qui leurs étaient offerts?

Plus important encore, alors que la brigade est en Afghanistan, y aurait-il moyen d’éviter que la violence se reproduise?

Le major-général Mark Graham, qui a pris le commandement de Fort Carson quand les meurtres étaient à leur plus haut, a ordonné des changement sensibles sur la manière de traiter les soldats qui retournent du Moyen-Orient, dit qu’il espère qu’ils auront un effet.

«Quand nous voyons un problème, nous essayons de l’identifier et d’apprendre comment il faut le traiter. C’est ce que nous essayons de faire ici.» déclara Graham dans une récente entrevue. «Il y a une culture et un stigma qui doivent changer».

Sous son commandement, presque tout le monde – des colonels aux sergents de compagnie – sont maintenant formés à aider les troupes qui manifestent des signes de stress émotionnel. Fort Carson a doublé ses conseillers comportementaux-santé et rendu plus stricts les règlements des hôpitaux au point qu’un soldat qui va voir un docteur militaire pour n’importe quelle raison, même si ce n’est qu’une entorse de cheville, ne puisse pas repartir sans une évaluation de son état mental.

Graham a aussi proposé Fort Carson comme champ d’expérimentation pour les programmes de l’armée destinés à faciliter la transition des soldats, de la guerre au civil.

Eastridge, un soldat première classe qui a pris 10 ans pour complicité de meurtre, a dit que ça prendra longtemps avant que l’on efface les effets de l’Iraq.

«L’armée t’enseigne d’être comme cela. À l’entraînement à la baïonnette le sergent hurlait: ‘C’est quoi qui fait pousser l’herbe?’ et nous répliquions: ‘Le Sang! Le Sang! Le Sang’ alors que nous percions le mannequin. L’armée t’enfonce dans le crane jusqu’à ce que ça devienne instinctif: Tuez tout le monde; tuez tout le monde; et vous le faites. Puis ils pensent que vous pouvez juste rentrer chez vous et changer comme si on appuyait sur un bouton….. S’ils ne trouvent pas moyen de prendre soin des soldats qu’ils ont entraîné à tuer, cela va simplement continuer.


(Fin de la première partie)

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[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Iraq — États-Unis

Le texte du mémorandum du colonel Reese

Texte du mémorandum du colonel Timothy R. Reese, chef du Détachement de Commandement des Opérations à Bagdad, Division multinationale-Bagdad (DMN-B), Iraq

Le 30juillet, 2009 «NYT»: - Selon un vieil adage «les hôtes, tels les poissons, après trois jours, commencent à sentir mauvais». Depuis la signature de l’Accord sur la sécurité (AS) de 2009, nous sommes des hôtes de l’Iraq et après six années de présence nous commençons à offusquer les narines iraquiennes. Aujourd’hui les Forces de sécurité iraquiennes (FSI) sont suffisamment expérimentées pour empêcher que le Gouvernement d’Iraq (GdI) soit renversé par l’Al-Qaïda locale (AQI), les Baathistes ou les extrémistes chiites, violents qui, il y a un an ou deux, auraient pu le faire. L’Iraq pourrait bien dégringoler dans le chaos, mais pour d’autres raisons. Nous avons rendu les FSI suffisamment fortes pour la mission de sécurité interne. C’est peut-être un de ces abjects paradoxes de la contre-insurrection, qui fait que bien que les FSI ne soient d’aucune manière objective satisfaisantes, elles sont néanmoins suffisamment adéquates pour l’Iraq de 2009. Malgré ce démenti à propos d’un avenir iraquien instable, les États-Unis ont bien atteint leur objectif. Le Premier ministre (PM) Maliki saluait le 30 juin comme «une grande victoire», insinuant par là: une victoire contre les États-Unis. Mais laissant de côté ses puérils auto-satisfecit, il avait toutefois plus raison qu’il ne le pensait. Nous aussi nous devrions déclarer victoire et rapatrier nos forces de combat. À cause de notre tendance à nous concentrer sur les détails tactiques, et comme le dit le proverbe, ne pas voir la forêt à cause de l’arbre, cette opportunité stratégique critique risque d’être ratée.

Il est également important de se rendre compte que notre approche actuelle n’aide pas à l’amélioration ni du GdI ni des FSI, de manière significative. Rester en Iraq jusqu’à la fin de décembre 2011 contribuera peu à la capacité de fonctionner des FSI ou du GdI. De surcroît, à la lumière de l’interprétation présente du GdI; les limitations imposées par les bornes du 30 juin de l’Accord de Sécurité de 2008, la sécurité des forces étasuniennes est menacée. L’Iraq n’a pas un précédent historique de bien traiter ses hôtes, même les bienvenus. Cela ne veut pas dire que nous pouvons être défaits, seulement depuis le 30 juin le danger d’un incident violent, susceptible de rompre le partenariat actuel, a augmenté. Une telle rupture nous contraindrait à un départ précipité, susceptible d’endommager nos intérêts à long terme avec l’Iraq et potentiellement défaire tout le bien réalisé depuis 2003. L’usage de l’instrument militaire du pouvoir national sous sa forme actuelle a atteint tout ce qu’on attendait de lui. Dans la section suivante je présenterai un point de vue partial des preuves qui soutiennent cette opinion. Ces informations sont tirées uniquement du terrain d’opérations de la DMN-B dans la province de Bagdad. Ma lecture des rapports d’autres provinces, suggère que leurs situations sont analogues.

L’absence de progrès dans les services essentiels et la gouvernance est maintenant si étendu qu’il devrait être clair que nous faisons plus «avancer» les Iraquiens. Ci-dessous est un aperçu des informations sur lesquelles je base mon évaluation:

L’incapacité et la corruption des ministères du GdI sont légendaires;

La politique anti-corruption n’est guère qu’un instrument de campagne pour Maliki;

Le GdI ne prend pas les mesures nécessaires pour améliorer l’infrastructure électrique, l’exploitation pétrolière, la production, ni les exportations;

Il n’y a pas de progrès par rapport à la résolution de la situation kurde;

La réconciliation sunnite est au mieux gelée et plus probablement en régression;

Les Fils de l’Iraq ou la transition Sahwa vers les FSI et le service public du GdI ne se fait pas, alors que les règlement des salaires des fonctionnaires continuent à prendre de plus en plus de retards;

La situation kurde continue à suppurer;

La violence et l’intimidation politiques s’étalent dans la communauté civile ainsi que parmi les militaires et les institutions judiciaires;

La réception du vice président en fin de semaine, a été plutôt froide. IL a été publiquement informé que les affaires internes de l’Iraq ne concernaient pas les États-Unis.

La cadence d’amélioration des FSI, compte tenu l’effort et les ressources fournies par les États-Unis, est beaucoup plus lente qu’elle ne le devrait. Les États-Unis ont progressé énormément dans la construction des FSI. Nos efforts initiaux de 2003 à mi-2004 n’avaient que marginalement réussi. Mais de 2004 à 2006 les États-Unis ont transformé les FSI en une force combattante. Depuis le commencement de la «charge» en 2007, nous avons de nouveau étendu et amélioré les FSI. Ils sont maintenant sur le point où ils ont battu l’insurrection organisée contre le GdI et sont marginalement autosuffisants. C’est une histoire remarquable pour laquelle ils peuvent, avec raison, être fiers. Nous avons atteint cependant le point où le rendement diminue et nous avons besoin de nouveaux instruments. Les contributions massives des États-Unis au partenariat avec les FSI ne donnent plus des résultats en rapport avec les efforts et génèrent leur propre opposition. De nouveau, voici certains aspects de cette évaluation:

Si jamais il eut une fenêtre ou les graines de la culture militaire professionnelle auraient pu être semées, il est maintenant trop tard. Les forces étasuniennes ne seront pas ici suffisamment longtemps ou avec suffisamment d’influence pour pouvoir la modifier;

La culture militaire du modèle baathiste-soviétique de Saddam Hussein est bien retranchée et ne changera pas. Dans l’environnement actuel, le haut commandement des FSI est incapable de changer:

La corruption parmi les officiers est étendue,

Les conscrits, c’est la norme, sont négligés et soumis à des mauvais traitements,

La réticence d’accepter les rôles de sous-officiers, persiste,

Le copinage et le népotisme sont répandus,

La fainéantise est endémique,

La centralisation extrême de C2 [guerre psychologique – NdT] est la norme,

L’absence d’initiative fait légion,

La réticence au changement, de faire quelque chose de nouveau, bloque le progrès,

La presque totale inefficacité des organisations institutionnelles de l’armée iraquienne et de la police nationale, empêche les FSI de devenir auto-suffisantes,

Pour chaque histoire positive à propos d’un bon officier subalterne avec initiative; ou un commandant des FSI qui conduit une répétition ou un examen après une opération ou un événement des Spécialistes occupationnels militaires d’entraînement [des effectifs non combattants - NdT], il y a dix exemples d’absence de la plus élémentaire compréhension militaire, et cela malgré les efforts par nos forces de combat et les efforts consultatifs des équipes de transition militaire et des équipes de transition de la police nationale;

3) Pour toutes les louanges flatteuses en direction du Commandement des opérations Bagdad (COB) et le ministère de la Défense, depuis le commencement de la «poussée», pour leur efficacité, ils ont quand-même des sérieuses défaillances. Voici quelques exemples saillants:

Ils sont incapables de planifier leurs actions à l’avance, et de s’assurer de leur approbation par le PM,

Ils sont incapables d’affronter les partis politiques chiites,

Ils sont incapables de conduire une opération de relations publiques en soutien de la SA et par conséquence ils ont maintenant peur des masses ignorantes,

Ils sont incapables d’instiller la plus élémentaire discipline militaire parmi leurs officiers et leurs unités,

Ils sont incapables de mettre un terme au copinage et au népotisme,

Ils sont incapables de prendre des mesures pour gérer le processus de développement de leurs forces,

Ils sont incapables de respecter leurs engagements auprès des dirigeants étasuniens.

Il est clair que l’étape du 30 juin ne représente même pas un petit pas dans une longue série de changements graduels qui aboutissent au retrait des États-Unis, cependant Maliki la qualifie de «grande victoire» sur les étasuniens et un changement fondamental dans nos relations. L’impact récent de cet état d’esprit sur les opérations militaires est évident:

Que les restrictions unilatérales du Commandement des forces terrestres iraquiennes exercées sur des forces des États-Unis violent les aspects les plus basiques de la AS;

Que les restrictions unilatérales de la COB violent les plus élémentaires aspects de la AS;

Les incidents de la semaine dernière dans la Zone internationale où les forces des FSI se sont adonnées à des démonstrations de force pour imposer leur volonté aux Points de contrôle de passage (PCP), y compris le 4 juillet leur prise par la force du PCP-1;

La soudaine froideur vis-à-vis des conseillers et des officiers commandants, et l’omission de les inviter à des réunions;

Des problèmes étendus de partenariat ont été rapportés d’autres régions: des unités des FSI se sont confrontées avec des forces étasuniennes dans la ville de Bagdad et dans d’autres grandes villes iraquiennes;

Les unités des FSI sont beaucoup moins motivées à conduire des opérations de combat avec les forces étasuniennes ou pour aller après des cibles que les é-u considèrent comme d’importance, etc.,

Le système judiciaire iraquien du côté Rusafa de Bagdad a manifesté récemment une volonté de relâcher des individus détenus originellement par les États-Unis pour des attaques qui les visaient.

Pourtant malgré les graves manquements notés ci-dessus, la capacité des FSI est suffisante pour gérer les menaces courantes provenant des groupes, sunnites ou chiites, violents. La présence de nos forces de combat dans les rues et les régions rurales n’ajoute que marginalement à la capacité des FSI, alors qu’elle expose nos soldats à des attaques auxquelles nous ne pouvons réagir effectivement.

Le GdI et les FSI ne seront pas renversés par la violence comme cela aurait pu être le cas entre 2006 et 2008. Bien que deux semaines ne fassent pas une tendance, le quasi arrêt des combats depuis le 30 juin en dit long sur la facilité avec laquelle la violence chiite peut être contrôlée, et révèle la totale faiblesse d’AQI. L’étendue de l’influence d’AQ en Iraq est limitée au point d’être insignifiante. Ce n’est que lorsque cette dernière est chanceuse avec une attaque qui provoque une masse de victimes qu’elle profite d’une quelconque crédibilité. Les groupes chiites travaillent soit avec le PM et ses alliés politiques, soit complotent contre lui en vue des prochaines élections. Nous ne sommes que des cibles opportunes pour la livraison de messages de certains groupes contre Maliki, et peut-être aussi par Maliki lui-même quand il veut que nous soyons ciblés. La violence extrémiste de tous les groupes vise à affecter leur standing politique à l’intérieur des structures politiques iraquiennes. Il n’y a plus d’insurrection cohérente ou une menace sérieuse à la stabilité du GdI par des groupes violents.

Nos opérations de combat sont victimes d’une logique circulaire. Nous conduisons des opérations pour tuer et capturer des extrémistes violents de tous types, pour protéger le peuple iraquien et soutenir le GdI. Les extrémistes violents nous attaquent parce que nous sommes toujours là et que nous conduisons des opérations militaires. De plus, leurs attaques contre nous ne font pas partie d’une campagne organisée qui vise à briser notre volonté de rester. Les attaques qui font tuer et mutiler des troupes de combat étasuniennes ne sont que des signaux ou des messages envoyés par divers groupes dans le cadre de la lutte politique pour le pouvoir interne. L’exception à cela c’est l’AQI qui poursuit sa campagne de terreur globaliste. Nos opérations sont en soutien au gouvernement iraquien qui ne se réjouit pas de notre aide, et que nos opérations génèrent une opposition extrémiste à notre encontre, alors que divers groupes concourent pour le pouvoir en Iraq après l’occupation.

Le GdI et les FSI continueront à pressurer les États-Unis pour nous tirer tous les «subsides» que nous pouvons leur fournir d’ici 2011, et cela tout en éliminant notre rôle sécuritaire et en résistant contre nos efforts à résoudre les problèmes institutionnels qui empêchent les FSI de s’améliorer. Ils nous toléreront tant qu’ils peuvent sucer les amples glandes mammaires de l’oncle Sam. Entretemps le niveau de résistance à notre liberté de mouvement et nos opérations s’accroitra. La potentialité de violence contre les états-Unis est maintenant grande et grandit chaque jour. Le ressentiment des deux côtés s’accroitra et se renforcera jusqu’à ce qu’un incident violent éclate ouvertement. Si cela devait arriver la violence restera tactiquement isolée, mais détruirait nos relations stratégiques et forcera notre retraite dans des circonstances défavorables.

Depuis longtemps l’approche préférée des États-Unis était de «travailler au plus bas niveau de partenariat» comme moyen de rester en dehors des échauffourées, avec l’espoir que le bon travail au niveau tactique compenserait et graduellement améliorerait le contexte stratégique. Du niveau de la compagnie à celui de la brigade, les soldats et les fusillers-marins étasuniens continuent à travailler incroyablement durement et, dans presque tous les cas, obtiennent des résultats positifs. Cette approche nous à valu dans le passé des succès impressionnants, mais aujourd’hui elle est en train d’échouer. Les disfonctionnements stratégiques de GdI et des FSI ont atteint des niveaux si bas qu’ils affectent négativement le bon travail tactique et rompent les bonnes collaborations jusqu’alors. Comme un observateur politique astucieux l’avait fait remarquer: «Nous avons perdu toute notre influence stratégique avec le GdI et tenter d’influencer les événements et les gens depuis le niveau tactique/opérationnel c’est courtiser le désastre, faire perdre des vies, et simplement retarder l’inévitable».

La réalité de l’Iraq de juillet 2009 fait que les suppositions sous-jacentes à l’AS de 2008 sont maintenant dépassées par les événements – bien que ceux-là, pour la plupart ait été bons. L’AS décrit une série d’étapes aboutissant au retrait militaire, une analogie avec le père qui enseigne à son gosse de monter une bicyclette. Si le GdI à l’époque où le AS avait été signé croyait avoir besoin d’une longue et graduelle période de sevrage, maintenant il a quitté son nid (bien qu’il continue à téter, comme mentionné plus haut). Les réalités stratégiques et tactiques ont changé beaucoup plus rapidement que les prévisions et le programme de l’AS pouvaient s’en accommoder. Nous avons maintenant un gouvernement iraquien qui a gagné de l’équilibre et croit savoir comment monter une bicyclette dans une course. En fait probablement ils savent conduire suffisamment bien, tout au moins pour la piste sur laquelle ils rencontrent leurs adversaires actuels. Notre main qui tient la selle les retient et provoque du ressentiment. Nous devons les lâcher avant que nous tombions tous les deux par terre.

Par conséquent nous devons déclarer notre intention de retirer toutes nos forces d’Iraq d’ici le mois d’août 2010. Cela ne constitue pas une déviation stratégique, mais une accélération de quelque 15 mois des plans existants. Nous devons arrêter immédiatement nos opérations de combat, hormis celles nécessaires pour notre propre protection - interprétées étroitement – pendant notre retraite. Nous devons en conséquence réviser le flux entrant des forces en Iraq. L’accent devrait être mis sur le conseil et seulement le conseil des FSI pour préparer notre retraite. Les conseillers devraient probablement être limités au niveau divisionnaire ou plus haut. Nos fonctions d’entraînement et d’équipement, devraient commencer leur transition vers le programme de Ventes militaires étrangères [ventes à des gouvernements amis ou alliés – NdT] Au cours de la période de retraite le gouvernement des États-Unis et le GdI devraient développer un nouvel accord sur un cadre stratégique qui comprendra la présence militaire de 1-3 larges bases d’entraînement militaires, d’aviation ou lieux clés pour quartiers-généraux. Mais cela ne devrait pas inclure la présence de forces de combat, sauf celles nécessaires à la protection ou aux exercices occasionnels. Ces changements non seulement aligneront nos actions sur la réalité de l’Iraq de 2009; mais enlèveront aussi les causes qui aggravent les frictions et réduiront le coût de l’Opération liberté iraquienne, en sang et en trésorerie. Finalement, elle préparera les conditions pour de nouvelles relations entre les États-Unis et l’Iraq sans les complications et les effets résiduels de l’invasion et de l’occupation étasunienne.

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[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Palestine

Entretien avec Khalida Jarrar

du Front populaire de libération de la Palestine

par Mary RIZZO

Commençons par l’appréciation du FPLP de l’administration Obama et du nouveau gouvernement israélien. Croyez-vous que la nouvelle administration étasunienne apporterait un quelconque changement au conflit israélo-palestinien?

Nous ne pensons pas que des individus puissent avoir un grand effet sur la politique d’un état. Je crois qu’Obama n’apportera pas de changements substantiels, tout au moins par rapport à la politique étrangère des États-Unis. Nous parlons de changements institutionnels, non pas ceux d’individus. Évidemment, chaque président, chaque parti, a une approche différente à la politique étrangère, mais en tout cas il n’y aura plus des politiques insensées comme c’était le cas avec Bush. Toutefois Obama ne peut pas changer le système et les contradictions sont à l’intérieur du système lui-même: le système économique capitaliste, les considérations impérialistes qui ont conduit à l’occupation militaire de l’Irak et de l’Afghanistan. Par rapport au Moyen-Orient ils parlent encore du «processus de paix» qui pour nous ne veut rien dire, ce n’est pas un réel processus de paix. Je crois que la priorité pour les États-Unis actuellement est la crise financière et les problèmes économiques internes au système capitaliste. Nous ne sommes donc pas optimistes, Obama ne changera pas le système et par conséquent pour les Palestiniens la situation ne changera pas beaucoup.


À propos du gouvernement israélien? Il semblerait qu’ils ne s’engageront même pas pour la solution de deux états…

Le gouvernement israélien!? Les élections montrent que le gouvernement israélien penche de plus en plus vers l’extrême droite. La nouveauté est que Lieberman a réussi à augmenter le consensus en sa faveur, ainsi qu’à entrer au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères. C’est lui maintenant qui représente clairement, à un niveau officiel, le racisme, les politiques de nettoyage ethnique du gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens. Ils augmentent le nombre de colonies de peuplement, les démolitions des maisons à Jérusalem. Alors allons-nous parler ou ne pas parler avec eux? J’appartiens au parti qui dès le départ disait que ce processus de paix ne pourrait conduire à une quelconque paix ou justice pour les Palestiniens. Nous avons demandé qu’un terme soit mis à toute négociation de paix avec les gouvernements israéliens, particulièrement celui-ci. Nous ne croyons pas à un processus de paix basé sur des discussions personnelles avec des individus, sans que soient appliquées les résolutions internationales relatives à la cause palestinienne et la reconnaissance des droits fondamentaux des Palestiniens. Je ne parle pas seulement du droit à créer un état palestinien pleinement indépendant, mais aussi le droit à l’autodétermination et le droit de retour des réfugiés palestiniens. Il n’a pas lieu de discuter ou d’arriver à des compromis sur de tels droits fondamentaux et inaliénables; ils devraient juste être appliqués au moyen d’une conférence internationale selon la loi international et les Résolutions de l’ONU appropriées.


Les pourparlers du Caire: pensez-vous qu’il soit réaliste de croire à une réconciliation entre le Hamas et le Fatah?

Je suis pessimiste par rapport à la possibilité de réunification. Je ne pense pas qu’il y ait des vraies discussions entre eux sur la réunification nationale, seulement des discussions entre individus. Chaque parti utilisera son pouvoir pour créer des mécanismes qui lui permettront de gagner davantage de pouvoir et diriger le territoire déjà sous son contrôle. Nous pensons qu’il devrait y avoir une discussion étendue sans conditions et interférences externes sur la formation d’un nouveau gouvernement. En tant que partis politiques palestiniens nous partageons le fait que nous soyons sous occupation: et pour cette raison nous devons nous respecter mutuellement et utiliser seulement les moyens démocratiques pour résoudre les problèmes, plutôt que contrôler la situation par l’usage de la force. Nous avons besoin de tenir des élections, et aussi de changer la loi électorale de manière à donner à tous les partis politiques l’opportunité d’y participer. Nous devons arrêter ce terrible mécanisme de conflit entre le Hamas et le Fatah qui, grâce à des interférences extérieures, contrôle tout.


Un nombre croissant de critiques et de dissidents de la direction de l’Autorité nationale palestinienne deviennent la cible de l’appareil de sécurité de l’ANP en Cisjordanie. Pensez-vous que l’ANP devient de plus en plus autoritaire et les forces de sécurité plus militarisées? Que pensez-vous à propos de la coordination entre eux et les Israéliens?

Cet aspect fait partie de l’accord de la Feuille de route. Nous refusons totalement la coordination entre les forces de sécurité palestiniennes et israéliennes et nous pensons qu’elles doivent cesser immédiatement. Toute force de sécurité devrait aider les Palestiniens dans leur lutte pour faire appliquer les droits de ses citoyens, plutôt que collaborer avec l’ennemi. C’est une des questions qui sont actuellement sur la table de dialogue. Nous sommes opposés à toute forme d’attachement des forces de sécurité à des partis politiques, comme c’est le cas en Cisjordanie et à Gaza. Je suis vraiment préoccupée concernant les violations des droits de l’homme des Palestiniens: aussi bien en Cisjordanie qu’à Gaza il y a des prisonniers politiques, des assassinats, la fermeture des institutions des partis rivaux. À Gaza le Hamas ne permet pas au Fatah de tenir des activités politiques normalement, et inversement il est de même en Cisjordanie contrôlée par le Fatah. Les premières victimes de ces politiques sont les droits de l’homme des Palestiniens eux-mêmes.


L’Autorité palestinienne croit toujours que les négociations de paix sont le meilleur moyen pour obtenir la paix et la justice pour les Palestiniens. Croyez-vous que l’ANP représente les intérêts du peuple palestinien?

Je suis membre d’un parti qui dès le début était opposé au soi-disant processus de paix. Nous ne sommes pas d’accord sur la poursuite de pourparlers individuels et continuels et nous appelons l’ANP à mettre un terme à cette politique qui mène nulle part. Nous constatons qu’Israël utilise les négociations pour la paix comme un instrument et une couverture pour ses actions sur le terrain, ses constantes agressions et ses attaques contre les Palestiniens dans leur pays.


Y a-t-il nécessité pour une autre forme de représentations des Palestiniens? Même l’Organisation pour la libération de la Palestine ne serait-elle pas dépassée?

Nous n’avons pas besoin de créer une autre institution. Nous percevons l’OLP comme une représentation politique des Palestiniens aussi bien ceux de l’intérieur que ceux de l’extérieur de la Palestine, ainsi qu’un symbole de leur lutte. L’ANP ne représente pas tous les Palestiniens, dont la plupart sont des réfugiés, à l’extérieur, il devrait être juste une institution qui aide les Palestiniens à survivre sous l’occupation. Par conséquent, nous avons besoin d’une représentation politique: Je crois que nous devons préserver l’OLP pour cette fonction. Tout d’abord il est nécessaire de réviser notre politique: nous devons apprendre du passé et arrêter l’approche politique des futiles négociations et accords de paix. Deuxièmement, il devrait y avoir une réforme démocratique au sein de l’OLP elle-même. Des élections pour une Conférence nationale palestinienne devraient se tenir pour donner à tous les Palestiniens l’opportunité d’une représentation adéquate. À partir de cette élection un Comité central et un Comité exécutif seront créés.

Vous voyez, un autre aspect du conflit entre le Hamas et le Fatah est la question de la représentation: le Fatah pour préserver son hégémonie à l’OLP ne veut pas que le Hamas soit admis. Au contraire le Hamas veut avoir une forme alternative de représentation parce qu’il a gagné les élections. Nous considérons l’OLP comme la maison de tous les Palestiniens et un instrument pour leur représentation dans la lutte pour l’autodétermination.


Discutons de la gauche palestinienne. Est-ce possible qu’une gauche divisé puisse représenter une troisième voie réaliste entre le Hamas et le Fatah?

La critique de la fragmentation des partis gauchistes est exacte, c’est une grave faiblesse. Nous pensons que la Gauche devrait être unifiée. Je ne parle pas d’un nouveau parti ou d’une unification immédiate, mais d’une coalition de tous les groupes gauchistes et progressistes, des organisations de base et des individus autour d’une plateforme politique minimale. Cela serait le premier pas en direction d’un processus qui pourrait conduire vers l’unification de la gauche. Autrement cette situation où le Hamas et le Fatah contrôlent tout, persistera encore longtemps. Ce n’est que si les partis démocratiques et gauchistes, ainsi que des individus, s’unifient en une coalition, que la gauche pourrait représenter une troisième voie. Nous travaillons durement là-dessus. Dans certains conseils d’étudiants ils ont déjà tenu des élections ensemble; les mouvements gauchistes féminins discutent sur un projet pour former une coalition…


Quels sont les obstacles concrets qui entravent l’unification de la Gauche?

Les obstacles principaux sont politiques. Par exemple nous avons des point de vue différents concernant le processus de paix: certains partis acceptent les accords d’Oslo, la Feuille de route, etc. D’autres non. Toutefois, comme je l’ai déjà dit, cela ne devrait pas nous empêcher de nous mettre d’accord sur un programme politique minimum.


Il me parait que les groupes gauchistes en général, de même que le FPLP, affrontent une crise consensuelle dans la société palestinienne: Pourquoi? La gauche où est-elle passée? Que faites-vous pour être plus présents et visibles dans la société civile palestinienne (ONG, organisations de base, mouvements populaires)?

C’est le défi: aucun parti gauchiste ne peut faire grand-chose tout seul. Maintenant les gauchistes sont confrontés à une situation difficile: nous n’avons pas de pouvoir, pas d’argent, pas de soutien international. Même dans le monde arabe les groupes islamiques obtiennent la part du lion. Nous avons des problèmes internes en même temps que le problème économique. Nous sommes des partis pauvres et si vous voulez mettre en place des programmes sociaux, vous avez besoin d’argent pour le faire. Comment pouvons-nous concurrencer le Hamas qui possède une importante infrastructure et des fonds? Les gens ne veulent pas seulement des paroles, mais des actions au niveau social. Nous devons aussi dépendre du volontarisme. Mais voilà la question: comment encourager le volontarisme quand nous avons à faire face à tant d’obstacles géographiques? Au niveau international, particulièrement après l’effondrement de l’Union soviétique, nous avons perdu du soutien, de la couverture, et toute forme de protection. Nous nous sentons vulnérables: Si vous dites que vous êtes membre du FPLP, vous finissez en prison le jour même. Mais votre critique est juste, nous devons réviser notre politique, revenir aux mouvements de base, être plus présents…

tel que la résistance non violente contre le Mur

Nous participons déjà aux activités à Bil’in, Ni’lin, al-Ma’sara, nous sommes dans ces comités populaires.


Avez-vous des relations avec les mouvements anti-occupations international et israélien?

Nous croyons que la lutte nationale requiert le soutien actif du mouvement de solidarité international. Par rapport aux mouvements israéliens, nous leur demandons la pleine reconnaissance des droits palestiniens…


Ne croyez-vous pas qu’il soit temps que le FPLP accentue ses efforts dans la lutte locale et populaire, et qu’il attache moins d’importance à la confrontation militaire?

Le FPLP croit dans toutes les formes de résistance. Bien entendu la résistance principale est la populaire (le boycott des produits, le boycott culturel et académique, les manifestations pacifiques contre le Mur et les colonies de peuplement). Aucun parti ne soutien uniquement la résistance armée. À la lutte armée participent des individus, et elle change selon la situation, mais la lutte populaire est la manifestation majeure celle qui peut être rejointe par beaucoup de monde. Je ne critique pas par principe la résistance armée, parce que l’occupation que nous subissons n’est pas du tout agréable, c’est une occupation militaire. Je suis d’accord qu’il faudrait augmenter notre résistance populaire contre le Mur, les colonies de peuplement, etc. Il y a un lien entre les deux formes de résistance.


Peut-être que ce n’est pas le moment pour une troisième Intifada, aussi en constatant que la réaction en Cisjordanie lors de l’attaque israélienne contre Gaza n’était pas aussi forte que l’on aurait pensé….

La réaction n’était pas si forte à cause du rôle des forces de sécurité palestiniennes et du fait, et cela est la raison principale, que nous sommes divisés au niveau national.

Une Intifada demande des dirigeants, mais nous n’avons pas de dirigeants. Et elle demande que nous soyons unis, mais il n’y a pas d’unité du tout. Je crois que le moment viendra pour une troisième Intifada, les gens n’attendront pas indéfiniment que la situation s’aggrave, mais la priorité maintenant est l’unité entre Palestiniens.


Le FPLP est un parti marxiste séculier, mais vous avez des positions politiques beaucoup plus proches de celles d’un parti religieux tel que le Hamas que d’autres partis séculiers. Comment expliquez vous cette contradiction?

Je ne pense pas que nous soyons politiquement très proches du Hamas, nous critiquons son approche politique et sa croyance en un cessez-le-feu de long terme comme moyen pour mettre fin à l’occupation. Il y a bien entendu des similitudes: nous sommes tous les deux contre les accords d’Oslo, la Feuille de route, le piège des négociations pour la paix. Et comme d’autres mouvements révolutionnaires, par exemple en Amérique latine, il peut y avoir à certains moments historiques des relations de quelque sorte entre le marxisme et la religion. Nous devons définir l’étape dans laquelle nous nous trouvons, de manière à établir les priorités: en tant que Palestiniens, nous sommes confrontés à une lutte nationale démocratique. Vous devriez consulter le programme politique à propos de l’occupation: en ce moment notre priorité doit être la lutte nationale unifiée, à d’autres moments les questions sociales et démocratiques prendront la priorité. Tout d’abord, je crois que nous devons travailler pour créer un front national unifié entre tous les partis pour mettre fin immédiatement à l’occupation.

Enrico Bartolomei,

Centre d’information alternatif

5 août 2009

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[Traduction Alexandre MOUMBARIS]


Espagne—Russie

Lettre remise à l’ambassade d’Espagne à Moscou

Au Premier ministre d’Espagne José Luis Rodríguez Zapatero,

Au ministre de la Justice d’Espagne Francisco Caamaño Domínguez

Au procureur général d’Espagne Cándido Conde Pumpido:

Nous savons qu’actuellement dans les prisons d’Espagne se consument beaucoup de prisonniers politiques communistes membres du Parti communiste d’Espagne (reconstitué), y compris son secrétaire général Manuel Pérez Martínez le «camarade Arenas». Beaucoup de camarades passèrent déjà plus de 6 ans dans les prisons françaises et pourraient être libérés en décomptant de leur peine les condamnations purgées en France. Mais le ministère de la Justice et le gouvernement d’Espagne firent et font tout leur possible pour empêcher la libération de ces militants, et sous divers prétextes prolongent leur peine en présentant de nouvelles et ridicules accusations.

Ainsi le secrétaire général du PCE(r) Manuel Pérez Martínez a été accusé de «non dénonciation» et de «délit par omission», ce qui en soi ne peut servir de motif de condamnation. Il faut noter que les accusations ont été basées sur la loi des partis, qui entra en vigueur bien après l’arrestation de Martinez. Ceci est un cas sans précédent; il donne un effet rétroactif à la loi, ce qui est illégal. Nous exigeons de vous, avec une certaine espérance, un changement positif vis-à-vis des camarades du PCE(r), car nous connaissons l’histoire de votre parti. Nous savons que, malheureusement, le PSOE a renié l’idéologie marxiste et il y a déjà 30 ans. Mais nous savons aussi qu’au XIXe siècle le PSOE fut l’initiateur de la création de l’UGT, et le premier programme de votre parti demandait le passage du pouvoir politique aux mains des travailleurs et la socialisation des moyens de production. Nous savons que beaucoup de membres de votre parti combattaient, avec les autres participants du Front populaire, pour la République espagnole. Dans ces combats, mourut de la main des franquistes, Juan Rodríguez Lozano, capitaine de l’armée républicaine, grand-père du Premier ministre actuel. Votre grand-père monsieur Zapatero!

Nous savons que, durant ces années de lutte glorieuse, l’Espagne et son peuple conquirent un grand prestige aux yeux de peuples du monde. Ce sont les meilleurs fils d’Espagne qui menèrent cette lutte et les Brigades internationales, venues de nombreux pays, les aidèrent. Les camarades du PCE(r), maintenant en 2009, combattent pour ce que le PSOE déclarait être son objectif à ses débuts: le passage du pouvoir politique aux mains des travailleurs.

Nous n’avons pas l’illusion de croire que les dirigeants actuels du PSOE vont satisfaire nos demandes quant à la situation du PCR(r) qui n’a pas renié l’idéologie marxiste-léniniste, la lutte pour les intérêts des travailleurs, l’amitié révolutionnaire entre l’Espagne et l’URSS. Mais nous apprécions positivement certaines actions du gouvernement de Zapatero comme le retrait des troupes d’Irak ou la suppression des statues de Franco de tout le territoire. Nous savons que ce même PSOE travailla dans la clandestinité de 1939 à 1977, mais maintenant c’est un parti gouvernant. Nous pensons que l’appui du peuple à votre parti résulte en grande partie du souvenir populaire sur sa participation à la lutte pour la République de 1936 à 1939, et de son rapport avec lui comme parti poursuivi de longues années pour son action illégale.

Il est très probable que la répression actuelle dont souffre le PCE(r) et les mauvais traitement subis par ses membres dans les prisons paraissent une mauvaise plaisanterie pour ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir. Le peuple, très mécontent de la crise, qui est arrivée exactement comme l’avait prédit Marx, pourrait tourner le dos à ceux qui sont seulement «un peu» socialistes et appuyer les vrais communistes, fidèles à la République espagnole.

Nous vous demandons de faire tout ce qui dépend de vous pour que ne soient pas cherchés de nouveaux prétextes illégaux pour prolonger les peines des camarades du PCE(r) emprisonnés, et d’aider par tous les moyens à leur libération immédiate.

Nous demandons la libération du secrétaire général du PCE(r), Manuel Pérez Martínez, celle de Marcos Martín Ponce et d’autres camarades prisonniers. Outre leur libération nous demandons une aide médicale d’urgence pour les prisonniers politiques qui en ont besoin, y compris Manuel Pérez Martínez qui déjà depuis longtemps souffre d’une dégradation sérieuse de la vue et ne reçoit aucun soin.

Liberté pour les prisonniers politique luttant pour le socialisme!

Aide médicale immédiate pour Manuel Pérez Martínez!

Libérez le camarade Arenas!

Comité central du Mouvement de toute la Russie
pour la défense des prisonniers politiquesluttant pour le socialisme

N.O. Glagonleva, Présidente du Comité central


Espagne—Russie

Manifestation à Moscou en solidarité avec le PCE(r)

Chers Camarades

Nous vous faisons savoir que mercredi 24 juin s’est tenue, devant l’ambassade d’Espagne, une réunion pour exiger la libération des prisonniers politiques membres du Parti communiste d’Espagne (reconstitué), et particulièrement de son secrétaire général Manuel Pérez Martínez (le Camarade Arenas). Les participants ont aussi demandé pour lui une aide médicale urgente, motivée par ses graves problèmes oculaires qui, non traités en prison, s’aggravent catastrophiquement.

Un tract sur les prisonniers politiques en Espagne a été distribué aux nombreux passants. Il se terminait par ces paroles:

«Que tous ceux qui prennent ce tract sachent qu’aujourd’hui sur la terre il y a des hommes qui luttent avec toute la passion de leur âme pour un meilleur avenir pour les travailleurs de leur pays et du monde entier. Comme toujours de tels hommes ne ménagent pas leurs forces, ni leur vie dan cette lutte. C’est seulement par la protestation des masses qu’il est possible d’obliger les autorités à mettre fin à la répression contre eux. C’est seulement avec l’appui des masses à cette lutte que les travailleurs pourront obtenir la victoire, la délivrance de leur oppresseurs et un avenir heureux pour leurs fils.

Liberté pour les prisonniers politiques d’Espagne luttant pour le socialisme!

Aide médicale immédiate pour Manuel Pérez Martínez!

Liberté pour les héros ouvriers d’Espagne, Arenas l’inflexible!

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[Traduction Josette LINARES]


Économie

Dansons tant qu’il y de la musique

par Juan Manuel OLARIETA ALBERDI

Pas même eux, les grands financiers internationaux, ne sont capables de dissimuler la profondeur de la crise: «Dansons tant qu’il y a de la musique» dit, il y a un mois, le directeur de l’une des plus grandes multinationales bancaires du monde. Ce n’est pas que la chanson s’achève sinon que le MP3 lui-même n’a plus de batterie. Pendant ce temps les économistes cherchent les «causes» de la crise comme si les conséquences ne leur suffisaient pas.

Mais cette crise n’a pas de «causes», pas une seule, parce que le capitalisme est la crise; c'est-à-dire que le capitalisme n’existe pas sans crise économique. Cependant je crois qu’il n’est pas suffisamment clair de soutenir cela sans affirmer, en même temps, que nous sommes dans la phase ultime du capitalisme, la phase impérialiste, et que, par conséquent, il s’agit de la crise de l’impérialisme.

L’impérialisme est, selon Lénine, la crise générale du capitalisme; c'est-à-dire un capitalisme en crise permanente, un capitalisme qui a fait de la crise sa forme naturelle d’existence et, de ce fait, ne peut en sortir sans cesser d’être ce mode de production. Chercher les «causes» de la crise est une perte de temps. Ceux qui s’obstinent à cette tâche veulent se référer à son détonateur, mais quand il y un détonateur c’est parce qu’il y a, à côté, une substance explosive.

En même temps, parler de crise «générale» du capitalisme signifie être bien établi qu’il ne s’agit pas d’une crise «cyclique», parce que les cycles économiques appartiennent au 19ème siècle. Au contraire, sous l’impérialisme, c'est-à-dire depuis un siècle, il n’y a pas eu de cycles économiques, sinon un effondrement retentissant du mode de production qui a déjà conduit à deux guerres de portée mondiale. Ceux qui connaissent l’histoire de l’économie capitaliste savent qu’il n’exista aucun genre de politique économique capable de surmonter la banqueroute de 1929: ni le New Deal, ni le plan Dawes, ni rien de différent du réarmement et de la guerre mondiale. Comme nous devrions le savoir, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens; ou ce qui est la même chose: la véritable politique économique anticrise fut la guerre de 1939-1945. L’étape «expansion» économique postérieure à la guerre avait coûté 50 millions de morts et la destruction d’un continent pour seulement 20 ans d’éphémère prospérité dans une poignée réduite de pays (États-Unis, Europe, Japon, Australie).

S’ils appellent cela un «cycle d’expansion économique», je rectifierai mon propos et je dirai qu’effectivement il y a de petites étapes d’amélioration dans la crise générale du capitalisme. Mais j’insisterai sur le fait que pour réaliser ces petites améliorations le capitalisme procède à des massacres massifs, donc que seuls les survivants en profitent.

Baser sur l’impérialisme, ultime phase du capitalisme, les manifestations de la crise est important pour deux motifs supplémentaires. Précisément, cela aide à se débarrasser de l’équivoque d’opposer le capital bancaire spéculatif, cause du désastre, au capital industriel, l’économie «réelle» endommagée de l’intérieur: Sous l’impérialisme il n’y a qu’un capitalisme financier qui est l’unité étroite du capital bancaire et du capital industriel. Deuxièmement, parce que la notion d’impérialisme apporte aux controverses économiques leurs nécessaire composante politique, dont on parle bien peu. En parlant de la crise économique il est indispensable de mettre en évidence la crise politique qui l’accompagne, quoiqu’ils la masquent avec la normalité, la démobilisation et le cirque électoral permanent. C’est le calme précédant la tempête, la fausse tranquillité, l’inertie de la routine et surtout l’absolue ignorance des expériences du passé, le détournement de la mémoire historique, qui nous anesthésient. Je vais le dire avec les paroles de Strauss-Kahn, qui, en sa qualité de président du Fonds monétaire international et vieil enfant de chœur des finances françaises, connaît très bien ces phénomènes: «La crise poussera des millions de personnes à la pauvreté et au chômage, augmentant les risques de désordres sociaux et même de guerres […] Tout cela affectera dramatiquement l’emploi, et, dans de nombreux pays provoquera des désordres sociaux, dangers pour la démocratie, et dans quelques cas aussi aboutira à des guerres».

Il faut donner raison aux vautours charognards des finances. Le remplacement de Solbes à la tête de l’hyper-ministère de l’économie [Espagne — NdT] a été un pâle reflet de l’impuissance des enfants de chœur devant la banqueroute. Solbes était résigné et avait manifesté publiquement que «tout ce qui pouvait être fait contre la crise avait déjà été fait». Il convenait seulement de s’asseoir et d’attendre.

Les comparaisons sont odieuses mais elles clarifient certains détails. Les vieux syndicalistes se souviennent peut-être des pactes de la Moncloa de 1977… s’ils eurent la patience de les lire. Les plus vieux se souviennent peut-être même du vieux plan de Stabilisation de 1959. Ces deux plans montrent que dans les temps reculés du capitalisme existait encore ce que l’on appelait la «politique économique». Aujourd’hui, au contraire, il ne leur reste plus qu’à prier. Maintenant il n’y a pas de politique industrielle; maintenant il n’y a pas de politique douanière; maintenant il n’y a pas de politique monétaire; maintenant il n’ya pas de politique fiscale, il n’y a rien de rien. Ils ne parlent même pas de quelque sorte de plan, parce qu’ils ne voient d’avenir d’aucun côté. Ils n’ont rien d’autre à faire que de se mettre à pleurer, à se lamenter sur l’euro, sur les accords de Maastricht, sur la Banque européenne, sur la flambante Union européenne, sur le FMI et autres erreurs. Il n’y a qu’à constater les conférences de presse où ils annoncent avec tambours et trompettes leurs «mesures» économiques pour combler le vide pour feindre qu’il reste encore quelque chose à faire, en plus de prier et pleurer.

Plus tard elle éclate, plus dure sera la chute, c’est ce qui différencie cette crise de celle de 1929. Maintenant ils se lamentent de la spéculation bancaire, des mauvaises pratiques spéculatives, des bulles, etc. mais c’est cela, et pas autre chose, qui a masqué la crise durant trois décades. Il fallut qu’ils bourrent le malade de pilules pour qu’il paraisse sain, pendant qu’ils préparaient son testament devant le notaire. Comme ils l’ont reconnu eux-mêmes ils ne purent pas même gagner du temps en cachant l’écroulement imminent pour les motifs que j’ai déjà exposés: parce qu’ils ne pouvaient faire autre chose contre la crise que la retarder. L’ingénierie spéculative enfla des chiffres qui étaient déjà alarmants depuis longtemps. Maintenant il ne s’agit plus seulement de mauvais indicateurs sinon d’indicateurs négatifs, de chiffres rouges. Toute l’économie capitaliste est profondément endettée, en commençant par le joyau de la couronne, les états-Unis: déficit privé, déficit public et déficit extérieur. Non seulement il n’y a pas un centime sinon qu’il y des dettes que personne ne peut payer: ni les pays, ni les entreprises, ni les travailleurs. Les créanciers qui ne peuvent se faire payer ont des problèmes, et les débiteurs, qui n’ont rien pour payer, ont de problèmes. Pour sortir l’argent de quelque part les grandes puissances capitalistes manifestent un intérêt renouvelé à mettre la main sur la caisse des paradis fiscaux, y compris la Suisse que sa traditionnelle neutralité met en péril.

Pour être plus exact je dirai qu’en réalité il y a une sortie possible: que chaque pays reporte sa crise sur son voisin, par la concurrence, la rivalité, consubstantielles au capitalisme. L’un pourra avoir une crise supportable si l’autre subit un redoublement de la sienne. C’est ce que l’on observe dans les dernières réunions internationales, autre symbole de l’impuissance face à l’avalanche. En novembre de l’an dernier le G20 souscrivit un accord par lequel les pays signataires s’engageraient à éviter les mesures protectionnistes. Le dos tourné, 17 d’entre eux adoptèrent des mesures commerciales restrictives aux dépens des autres. Le 6 février le secrétaire au Trésor des États-Unis accusa la Chine de manipuler le yuan: «Préoccupation croissante de la communauté internationale au sujet d’une éventuelle guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine» titrent les périodiques spécialisés. La Chine répondit en affirmant qu’elle ne tolérerait pas l’intervention des États-Unis dans ses décisions sur le taux de change de sa monnaie. Le 11 mars la Banque nationale de Suisse dévalua le franc. C’est la première fois qu’une banque centrale adopte une mesure de cette sorte depuis que le Japon fit la même chose en 2004. «Cette mesure est le début de guerres monétaires» dit un directeur de la banque ING.

Il reste seulement à ajouter que les guerres monétaires ont toujours été l’antichambre des guerres. Nous sommes devant une nouvelle phase «d’apogée» du capitalisme.

Combien de gens assassineront-ils cette fois?


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[Traduction Josette LINARES]


Économie

Crise systémique: le trou noir

par Gilles Bonafi

Nous sommes plusieurs à vous le dire, le répéter, insister lourdement, nous ne sommes pas en 1929, c’est bien plus grave! Il s’agit ici d’une crise systémique, un système de captation du capital par quelques-uns, basé sur la consommation à partir de dettes et donc, parler seulement de dettes revient à occulter le problème de la consommation. Or, il faut le rappeler, sans consommation il n’y a pas de travail.

De plus, l’histoire nous apprend que ce n’est pas en 1929 que la crise a touché le fond mais en 1932 soit 3 ans plus tard.

Nous sommes très peu à informer sur l’ampleur du désastre (Paul Jorion, le LEAP, Abderrahmane Mebtoul, moi même ou Pierre Jovanovic entre autres).

Ce dernier, avec humour résume notre avenir: Koh-Lanta pour tous! Paul Jorion, plus sobre indique que c’est la fin du capitalisme.

Stiglitz, Krugman et Roubini avaient peut-être prévu la crise mais sont passés à côté de son ampleur.

Le LEAP parle de 3 vagues scélérates, il faudrait plutôt parler de tsunami. Voici donc un petit tour d’horizon qui devrait vous éclairer.

Le 24 juin 2009, «Lepoint.fr» indiquait que les exportations japonaises ont baissé de 40,9% sur un an. Le commerce mondial est sinistré et l’on assiste à l’effondrement du secteur du transport maritime (- 21%) et du fret aérien (-28%): FOCUS/Panalpina en baisse après résultats semestriels.

Pour le secteur aérien, on est au bord du gouffre (voir le blog de Pierre Jovanovic: www.jovanovic.com, truffé d’infos à ce sujet) avec selon l’IATA (l'Association internationale du transport aérien ) une baisse de 16,5% pour le fret et de 7,2% pour les passagers en juin par rapport à l'an dernier et donc neuf milliards de dollars de pertes estimées pour 2009.

On le voit ici, 16,5% déclarés et 28% réels, voilà comment on triche avec les chiffres.

Si l’on prend en compte, les accidents récents (impact psychologique), la hausse du carburant, la grippe et l’aggravation de la crise, il faudra multiplier par 3, voire 4, ce chiffre. De très nombreuses faillites sont pour bientôt, ce que j’avais annoncé l’année dernière, le 23 octobre 2008 dans mon article Cessation de paiement.

L’industrie automobile est dans un état encore pire. Par exemple aux USA, les ventes de voitures se sont effondrées en juin 2009: Ford: -10,9%, General Motors: -33,6%, Toyota: -31,9%, Chrysler: -42%, Honda: -29,5%, Nissan: - 23,1%.

C’est vrai, j’oubliais, la crise est terminée!

Bien sûr, mon calendrier a été repoussé de quelques mois car on a injecté dans l’économie des sommes faramineuses. En effet, la Fed (Banque de Réserve Fédérale des états-Unis), le 18 mars 2009 (le jour où le dollar est mort), a décidé de racheter des bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette, et, le 29 avril 2009, a confirmé qu’elle se portait acquéreuse de 1700 milliards de dollars soit 12,5% du PIB de titres émis par le privé et d’obligations http://www.federalreserve.gov/newsevents/press/monetary/20090429a.htm

Ils devraient d’ailleurs écrire plus petit pour mieux cacher la réalité! Sélectionnez le texte et copiez-le, le chiffre exact apparaîtra.

Pour les retraites, par exemple, 15 millions de britanniques n’auront pour vivre que 560 livres par mois et pour le reste de l’Europe, l’exemple Letton sera le modèle avec 20 à 30% de baisse des pensions.

Mais le pire concerne le chômage qui explose et le moment est venu de vous démontrer comment les chiffres sont tronqués. Jacques Freyssinet, économiste français né en 1937 dont les travaux font autorité sur l'emploi et le chômage a démontré que le chômage réel était plus de 1,5 fois supérieur à celui déclaré par le BIT (Bureau International du Travail) car le calcul ne tient pas compte des demandeurs d’emploi en formation, des cessations anticipées d’activité et de ceux qui sont dans l’absence de recherche d’emploi: 2.5 Le halo du chômage.

Par exemple, en France, le chômage a augmenté de 18,7 % sur un an et l'INSEE prévoit un taux de chômage de 10,5 % à la fin de l’année (9,1 % au premier trimestre) ce qui signifie, si l’on tient compte de la réalité que nous aurons un taux réel de chômage de 16 % en décembre.

Pour les États-Unis, on atteindra aussi 10,5% et donc là aussi un taux réel de chômage de 16% en décembre.

En fait, c’est bien simple, tous les chiffres sont totalement faux et je vous invite à lire ou relire Crise systémique – Les solutions (n°5: une constitution pour l ... concernant la recapitalisation des banques à l’aide de magouilles comptables. Vous comprendrez ainsi pourquoi tout va mieux.

Cette crise est donc bien une crise systémique, un système basé sur le travail (dont l’essentiel des revenus sont captés par quelques-uns) qui dépend de la consommation, qui elle-même dépend de dettes.

Selon Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988 « L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile.»

Pour rappel, depuis 2000, la dette totale des ménages américains a augmenté de 22 %, une catastrophe !

Bernard Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA, dans son livre blanc en novembre 2008 :

«L’opération de sauvetage américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation: prix de l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la NASA et la course à la lune réunis.»

En effet, le montant total des dérivés (des produits financiers qui lors d’une crise majeure ne valent plus rien), est évalué par la BRI (Banque des règlements internationaux) à 591.963 milliards de dollars au 30 décembre 2008, ce qui représente plus de 10 fois le PIB mondial: http://www.bis.org/statistics/derstats.htm cliquez sur «Amounts outstanding of over-the-counter (OTC) derivatives by risk category and instrument» en pdf ou directement sur http://www.bis.org/statistics/otcder/dt1920a.pdf.

Pour ceux qui croient que ces chiffres sont du vent, voici les preuves du crime.

Essayez d’emprunter 10 fois la valeur de votre maison! La finance, elle, contrôlant l’ensemble de la classe politique du monde, peut tout se permettre.

Or, il faut le rappeler, les entreprises, la finance, les banques sont interconnectées et littéralement infectées par ces produits financiers que Paul Jorion nomme «les métastases». Les premières grosses défaillances ont commencé (Chrysler, General Motors par exemple) et nous assistons en ce moment, par effet domino, à l’implosion du système. Les sommes en jeu sont tellement énormes que tel un trou noir, elles font disparaître l’ensemble des états-nations et au passage, nos emplois, nos retraites et toutes nos protections sociales.

D’ailleurs, Laurent Carroué, directeur de recherche à l’Institut français de Géopolitique, Expert du groupe Mondialisation du Centre d’Analyse Stratégique (ex-Commissariat Général au Plan), en mai 2009 a estimé le coût de la crise à 103% du PIB mondial soit 55.800 milliards de dollars : La crise mondiale : une ardoise de 55 800 000 000 000 de dollars américains

C’est vrai, tout va mieux!

J’ai donc encore une fois de plus essayé de vous informer, de vous donner des preuves irréfutables de l’ampleur du désastre à venir et j’espère qu’une prise de conscience collective est en train de naître. Un autre modèle économique est à bâtir, qui ne doit pas être celui de la Banque Mondiale ou du FMI, une constitution pour l’économie (ecce - home) car l’origine de tous les problèmes est là. Pour conclure je vous laisse méditer sur ces paroles qui résument à elles seules la façon dont les choses se passent.

«D’abord nous décidons quelque chose, ensuite on le lance publiquement. Ensuite nous attendons un peu et nous regardons comment ça réagit. Si cela ne fait pas scandale ou ne provoque pas d’émeutes, parce que la plupart des gens ne se sont même pas rendus compte de ce qui a été décidé, nous continuons, pas à pas, jusqu’à ce qu’aucun retour ne soit possible...». Premier ministre, ministre des finances luxembourgeois, gouverneur de la Banque mondiale de 1989 à 1995 ancien gouverneur de la BERD et du FMI président actuel de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker dans une interview Der Spiegel n°52/1999 p136 : Wikipedia ou Democratie . Nu - Witte Werf januari 2000.

Gilles Bonafi est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Gilles Bonafi publiés par Mondialisation.ca

© Droits d'auteurs Gilles Bonafi, Mondialisation.ca, 2009


Économie

Communiqué public Global Europe Anticipation Bulletin (GEAB)

Spécial été 2009 N°36 (16 juin 2009)

Trois vagues scélérates

par H-G Fandrich

Comme anticipé par LEAP/E2020 dès Octobre 2008, à la veille de l'été 2009, la question de la capacité des états-Unis et du Royaume-Uni à financer leurs déficits publics désormais incontrôlés s'est imposée comme la question centrale dans le débat international, ouvrant de ce fait la voie au double phénomène d'une cessation de paiement des états-Unis et du Royaume-Uni d'ici la fin de l'été 2009.

Ainsi, à ce stade de développement de la crise systémique globale, contrairement au discours médiatique et politique dominant actuellement, l'équipe de LEAP/E2020 n'envisage pas du tout de reprise après l'été 2009 (ni d'ailleurs dans les douze mois à venir)1. Bien au contraire, du fait de l'absence de traitement de fond des problèmes à l'origine de la crise, nous considérons que l'été 2009 va voir la convergence de trois «vagues scélérates»2 particulièrement destructrices qui traduisent la poursuite de l'aggravation de la crise et vont provoquer des bouleversements historiques d'ici les mois de Septembre/Octobre 2009. Comme c'est le cas depuis le début de cette crise, chaque région du monde ne sera bien entendu pas affectée de la même manière3; mais, pour nos chercheurs, toutes sans exception connaîtront une forte dégradation de leur situation d'ici la fin de l'été 20094.

Cette évolution risque ainsi de prendre à contre-pied nombre d'opérateurs économiques et financiers tentés par l'euphorisation médiatique actuelle.

Dans ce numéro spécial «été 2009» du GEAB, notre équipe présente bien entendu en détail ces trois vagues destructrices convergentes et leurs conséquences. Et notre équipe détaille en conclusion ses recommandations stratégiques (or, immobilier, bons, actions, devises) pour éviter d'être emporté par cet été meurtrier.

Ainsi, pour LEAP/E2020, loin des «jeunes pousses» («green shoots») aperçues depuis deux mois dans tous les coins de tableaux statistiques5 par les médias financiers internationaux, leurs experts attitrés et les politiciens qui les écoutent6, ce sont trois vagues particulièrement destructrices pour le tissu socio-économique qui vont converger au cours de l'été 2009, traduisant la poursuite de l'aggravation de la crise et entraînant des bouleversements historiques dès la fin de l'été 2009, en particulier des situations de cessation de paiement des états-Unis et du Royaume-Uni, tous deux au cœur du système global en crise :

1. La vague du chômage massif: trois dates d'impact qui varient selon les pays d'Amérique, d'Europe, d'Asie, du Moyen-Orient et d'Afrique;

2. La vague déferlante des faillites en série: Entreprises, banques, immobilier, états, régions, villes;

3. La vague de la crise terminale des Bons du Trésor US, du Dollar et de la Livre et du retour de l'inflation.

Ces trois vagues ne sont en fait pas successives comme ces vagues scélérates appelées «trois soeurs» pourtant si destructrices; elles sont bien plus dangereuses car elles sont simultanées, asynchrones et non parallèles. De ce fait, leur impact sur le système mondial est générateur de dislocation puisqu'elles l'atteignent sous divers angles, à différentes vitesses, avec des forces variables. La seule certitude à ce stade, c'est que le système international n'a jamais été aussi faible et démuni face à une telle situation: la réforme du FMI et des institutions de gouvernance mondiale annoncée au G20 de Londres reste lettre morte7, le G8 ressemble de plus en plus à un club moribond dont tout le monde se demande désormais à quoi il peut bien servir8, le leadership américain n'est déjà plus que l'ombre de lui-même qui tente désespérément de conserver des acheteurs pour ses bons du trésor9, le système monétaire mondial est en pleine désintégration avec les Russes et les Chinois notamment qui accélèrent leur jeu pour se positionner dans l'après-Dollar, les entreprises ne voient aucune amélioration à l'horizon et accroissent leurs licenciements, des états de plus en plus nombreux vacillent sous le poids de leur dette accumulée pour «sauver les banques» et devront assumer une déferlante de faillites dès la fin de l'été10. à l'image des banques, d'ailleurs, qui, après avoir soutiré encore une fois l'argent des épargnants crédules grâce à l'embellie des marchés financiers orchestrée ces dernières semaines, vont devoir reconnaître qu'elles sont toujours insolvables dès la fin de l'été 2009.

Aux états-Unis comme au Royaume-Uni en particulier, l'effort financier public colossal réalisé en 2008 et début 2009 au seul profit des grandes banques a atteint un tel degré d'impopularité qu'il était devenu impossible au Printemps 2009 d'envisager de nouvelles infusions de fonds publics au profit des banques pourtant toujours insolvables11. Il est alors devenu impératif d'orchestrer un «beau conte de fée» pour pousser l'épargnant moyen à injecter ses propres fonds dans le système financier. à coup de «green shoots», d'indices boursiers poussés vers le haut sans fondement économique réel et de «remboursements anticipés de fonds publics», la mise en condition a été effectuée. Ainsi, pendant que les grands investisseurs des monarchies pétrolières ou des pays asiatiques12, profitant de l'aubaine, sortaient du capital des banques en question, une multitude de nouveaux petits actionnaires y entraient pleins d'espoir. Quand ils découvriront que les remboursements de fonds publics ne sont qu'une goutte d'eau par rapport à ce que ces mêmes banques ont obtenus en terme d'aide public (notamment pour garantir leurs actifs toxiques) et que, d'ici trois à quatre mois au maximum (comme analysé dans ce GEAB N°36), ces mêmes banques seront à nouveau sur le point de s'effondrer, ils constateront, impuissants, que leurs actions ne valent à nouveau plus rien.

Intoxiqués par les financiers, les dirigeants politiques de la planète vont à nouveau avoir la surprise après l'été de découvrir que tous les problèmes de l'année passée vont resurgir, démultipliés, car ils n'ont pas été traités, mais juste «enfouis» sous des masses immenses d'argent public. Une fois cet argent dilapidé par des banques insolvables, forcées à «sauver» des concurrents en pire état qu'elles-mêmes, ou dans des plans de stimulation économique mal conçus, les problèmes ressortent aggravés. Pour des centaines de millions d'habitants d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Afrique, l'été 2009 va être une terrible transition vers un appauvrissement durable du fait de la perte de leur emploi sans perspective d'en retrouver un avant deux, trois ou quatre années; ou du fait de l'évaporation de leurs économies placées directement en bourse, dans des fonds de retraite par capitalisation ou des placements bancaires liés à la bourse ou libellés en Dollar US ou en Livre britannique; ou bien du fait de leur investissement dans des entreprises poussées à attendre désespérément une embellie qui ne viendra pas avant longtemps.

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Notes:

(1) Pas même de reprise sans emplois («jobless recovery») comme essayent de nous le vendre nombre d'experts. Aux états-Unis, au Royaume-Uni, en zone Euro, au Japon, ce sera une reprise sans reprise («recoveryless recovery»), une pure invention destinée à essayer de faire re-consommer des consommateurs américains ou britanniques insolvables et à faire patienter le plus longtemps possible les pays acheteurs de Bons du Trésor US et de Gilts britanniques (avant qu'ils ne décident qu'il n'y a plus d'avenir pour leurs produits aux pays du Dollar et de la Livre).

(2) Les « vagues scélérates » sont des vagues océaniques très hautes, soudaines et qui étaient considérées comme très rares, même si aujourd'hui on sait qu'elles apparaissent au cours de pratiquement toutes les tempêtes d'une certaine importance. Les «vagues scélérates» peuvent atteindre des hauteurs de crête à creux de plus de 30 mètres et des pressions phénoménales. Ainsi, une vague normale de 3 mètres de haut exerce une pression de 6 tonnes/m². Une vague de tempête de 10 mètres de haut peut exercer une pression de 12 tonnes/m². Une vague scélérate de 30 mètres de haut peut exercer une pression allant jusqu'à 100 tonnes/m². Or, aucun navire n'est conçu pour résister à une telle pression. Il existe aussi le phénomène des «trois sœurs». Il s'agit de trois «vagues scélérates» successives et d'autant plus dangereuses, car un bateau qui aurait eu le temps de réagir correctement aux deux premières, n'aurait en aucun cas les possibilités de se remettre dans une position favorable pour affronter la troisième. Selon LEAP/E2020, c'est à un phénomène de ce type que le monde va être confronté cet été; et aucun état (navire) n'est en position favorable pour les affronter, même si certains sont plus en danger que d'autres comme l'anticipe ce GEAB N°36.

(3) LEAP/E2020 considère que ses anticipations sur l'évolution socio-économique des différentes régions du monde publiées dans le GEAB N°28 (15/10/2008) sont toujours pertinentes.

(4) Ou, plus exactement, dans chacune des régions, la dégradation de la situation ne pourra plus être masquée par des artifices médiatiques et boursiers.

(5) Il sera d'ailleurs intéressant, en matière de statistiques économiques américaines, de suivre les conséquences de la révision par le Bureau of Economic Analysis des classifications et processus de calcul qui interviendra le 31/07/2009. En général, ce type de révisions a pour résultat de rendre plus complexe les comparaisons historiques et de modifier dans un sens favorable les statistiques importantes. Il suffit pour s'en rendre compte de constater comment les révisions précédentes ont permis de diminuer par 3 en moyenne le niveau d'inflation mesuré. Source : MWHodges, 04/2008.

(6)Les lecteurs du GEAB n'auront pas manqué de constater que ce sont exactement les mêmes personnes, médias et institutions qui, il y a 3 ans, trouvaient que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes; il y a 2 ans, qu'il n'y avait aucun risque de crise grave; et il y a un an, que la crise était sous contrôle. Donc des avis d'une très grande fiabilité!

(7) Sauf au niveau régional, où chaque entité politique s'organise à sa manière. Ainsi, profitant de l'effacement politique du Royaume-Uni englué dans la crise financière, la crise économique et la crise politique, l'UE est en train de mettre la City londonienne sous tutelle (source: Telegraph, 11/06/2009). L'été 2009 risque ainsi de mettre fin à 300 ans d'histoire d'une City toute puissante au cœur du pouvoir britannique. A ce sujet, il faut lire le très instructif article de George Monbiot dans The Guardian du 08/06/2009 et surtout prendre le temps de lire le brillant essai de John Lanchester publié dans la London Review of Books du 28/05/2009 et intitulé «It's finished».

(8) D'ailleurs qui se soucie encore des déclarations finales des G8, comme celle du G8 Finance du 13/06/2009 (source: Forbes, 13/06/2009), à un moment où chacun agit en fait de son côté : Américains d'un côté, Canadiens et Européens de l'autre, Britanniques et Japonais au milieu, tandis que les Russes jouent un jeu différent ?

(9) La mésaventure arrivée au Secrétaire d'état au Trésor américain, Timothy Geithner lors de son récent discours aux étudiants en économie de l'université de Pékin est à ce titre très instructive : le public de l'amphithéâtre a éclaté de rire lorsqu’il s’est mis à expliquer doctement que les Chinois avaient fait un bon choix en investissant leurs avoirs en Bons du Trésor et en Dollars US (source : Examiner/Reuters, 02/06/2009)! Or il n'est rien de pire pour un pouvoir établi que de susciter l'ironie ou le ridicule car la puissance n'est rien sans le respect (de la part à l'ami autant que de l'adversaire), surtout quand celui qui se moque est censé être «piégé» par celui qui est moqué. Cet éclat de rire vaut, selon LEAP/E2020, de longues démonstrations pour indiquer que la Chine ne sent pas du tout «piégée» par le Dollar US et que les autorités chinoises savent désormais exactement à quoi s'en tenir sur l'évolution du billet vert et des T-Bonds. Cette scène aurait été impensable il y a seulement douze mois, peut-être même il y a seulement six mois, d'abord parce que les Chinois étaient encore dupes, ensuite parce qu'ils pensaient qu'il fallait continuer à faire croire qu'ils étaient toujours dupes. Visiblement, à la veille de l'été 2009, cette préoccupation a disparu : plus besoin de feindre désormais comme l'indique ce sondage de 23 économistes chinois publié le jour de l'arrivée de Timothy Geithner à Pékin qui jugent les actifs américains « risqués » (source : Xinhuanet, 31/05/2009). Les mois à venir vont résonner de cet éclat de rire estudiantin…

(10) Et il n'y a pas qu'aux états-Unis que les actionnaires seront systématiquement lésés par l'état sous prétexte de l'intérêt collectif supérieur, comme le montrent les pertes des fonds de pension qui avaient investi dans les actions de Chrysler ou GM, ou les pressions de la Fed et du gouvernement US sur Bank of America pour qu'elle cache à ses actionnaires l'état désastreux de Merrill Lynch au moment de son rachat. Sources : OpenSalon, 10/06/2009 / WallStreetJournal, 23/04/2009. Au Royaume-Uni, en Europe et en Asie, les mêmes causes produiront les mêmes effets. La «raison d'état» est depuis toujours l'excuse la plus simple pour justifier toutes les spoliations. Et les crises graves sont propices pour invoquer la «raison d'état».

(11) En Allemagne, un problème similaire se pose du fait de l'élection nationale de Septembre prochain. Après l'élection, les problèmes bancaires du pays feront la une des médias, avec plusieurs centaines de milliards d'actifs à risque dans les bilans des banques notamment régionales. On est loin de l'ampleur des problèmes des banques US ou britanniques, mais Berlin va sans aucun doute devoir faire face à des faillites potentielles. Source : AFP/Google, 25/04/2009. Et aux états-Unis, les banques aidées par l’état fédéral ont tout simplement diminué leurs prêts à l’économie alors qu’elles étaient censées faire le contraire. Source : CNNMoney, 15/06/2009

(12) Sources : Financial Times, 01/06/2009; YahooFinance, 04/06/2009; StreetInsider+Holdings/4656921.html , 15/05/2009; Financial Times, 01/06/2009

Mardi 16 juin 2009


Le XXIIe Congrès du PCUS et le PCF

Résolution du Comité central du Parti communiste français sur le XXIIe Congrès

LE Comité central du Parti communiste français, réuni à Ivry les 25, 26 et 27 novembre 1961, a discuté et adopté le rapport du Bureau politique présenté par le camarade Waldeck Rochet sur les travaux du XXIIe Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique. Il a approuvé sans réserve l'activité de la délégation qui a représenté le Parti au XXIIe Congrès.

— I —

ALORS que le monde capitaliste est entré dans une nouvelle étape de sa crise générale, le XXIIe Congrès a adopté le Programme de l'édification du communisme en U.R.S.S. En face du capitalisme fondé sur l'exploitation de l'homme et l'oppression des peuples, le Programme constitue le Manifeste de ceux qui veulent faire tout pour l'homme, pour son bonheur, pour la liberté et pour la paix. Il est l'expression de l'humanisme le plus élevé.

L'objectif du communisme : créer l'abondance de tous les biens nécessaires à l'homme et passer à l'application du principe de « chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins» devient la tâche pratique actuelle des Soviétiques.

En vingt ans, l'Union soviétique s'assigne l'objectif de dépasser tous les autres pays par le niveau de son industrie, de son agriculture, de sa culture.

Au terme de cet effort, le citoyen soviétique aura non seulement les conditions de vie matérielles les plus élevées du monde, mais aussi le plus haut niveau de développement culturel et moral.

Les rythmes impétueux de développement que le socialisme a assurés à l'Union soviétique depuis quarante-quatre ans montrent assez que les objectifs fixés par le nouveau Programme seront, cette fois aussi, atteints et dépassés.

Les succès économiques, techniques, culturels et scientifiques éclatants de l'U.R.S.S. ont montré l'efficacité et 1a supériorité du régime socialiste pour assurer l'épanouissement d'un grand pays. C'est faire oeuvre de patriote, soucieux de la prospérité et de la vraie grandeur de son pays, que de lutter pour l'engager dans la voie du socialisme.

— II —

LA paix est l'aspiration et le besoin de tous les hommes. Étrange et hostile à toute politique d'agression de la nature même de son régime, l'U.R.S.S. a intérêt au maintien de la paix. La réalisation rapide du programme du communisme en dépend.

Le XXIIe Congrès a réaffirmé la nécessité et la possibilité de la coexistence pacifique entre États ayant des régimes sociaux et politiques différents.

Le rapport des forces à l'échelle mondiale s'étant radicalement modifié en faveur du camp du socialisme et de toutes les forces de paix, la guerre n'est plus fatale. Elle peut être conjurée, bien que l'impérialisme n'ait pas changé de nature et qu'il subsiste sur une partie du globe. La politique ferme et résolue des pays du camp socialiste, l'action d'autres pays ayant aussi intérêt à la paix, la lutte des peuples qui se sont libérés ou se libèrent du joug colonial, le combat pour la paix des masses populaires dans les pays du capital peuvent imposer la paix et la coexistence pacifique à l'impérialisme.

La responsabilité des peuples des pays capitalistes comme la France est très grande. De leur résolution, de leur action permanente, de leur organisation dans un puissant Mouvement de la paix, dépend pour une large part que l'humanité soit précipitée ou non par l'impérialisme dans la catastrophe d'une nouvelle guerre mondiale.

L'édification du communisme est le plus grand défi pacifique de l'Histoire. C'est un défi lancé par l'Union soviétique au monde capitaliste. Il faut que, dans la paix, les peuples jugent quel système est le meilleur. C'est en offrant l'exemple d'une organisation plus parfaite de la société pour le bien de l'homme, que le communisme entend gagner le coeur et l'esprit des plus larges masses.

— III —

LE XXIIe Congrès du P.C.U.S., poursuivant l'oeuvre du XXe Congrès, a pris toute une série de mesures pour renforcer et perfectionner la démocratie soviétique. Plus que jamais, les larges masses de travailleurs sont associées au règlement des problèmes vitaux pour le pays. Les pouvoirs des Soviets sont accrus. Les organisations syndicales, de jeunesse, les coopératives se voient graduellement confier des tâches qui étaient jusque-là assumées par l'État, dans les domaines de l'économie, de la culture, de la justice, de l'ordre public. L'appareil d'État sera lui-même sans cesse réduit et placé sous un contrôle populaire permanent. Ainsi tons les citoyens seront préparés progressivement aux tâches de l'auto- administration sociale. Telle est la mission que s’assigne le P.C.U.S. dont le rôle de guide de tout le peuple soviétique ne cesse de se renforcer.

Le développement de la démocratie socialiste fait contraste avec la dictature du capital sous ses différentes formes, et notamment avec les attaques contre les droits et les libertés populaires, le recours au pouvoir personnel, la montée de nouveaux périls réactionnaires et fascistes, qui caractérisent la situation politique en France et dans les autres pays capitalistes.

La conclusion du XXIIe Congrès, selon laquelle l'État de la dictature du prolétariat a accompli sa mission en U.R.S.S. et a laissé la place à un État socialiste de tout le peuple, reflète l'unité morale et politique de la société soviétique, la disparition des classes exploiteuses, la victoire sans retour du socialisme.

Elle a une immense portée théorique et pratique car elle illustre la vérité tant de fois rappelée par Marx et Lénine que la dictature du prolétariat, indispensable pour vaincre définitivement la vieille société, et représentant la démocratie la plus large pour les travailleurs, ne constitue qu'un instrument temporaire.

Comme l'histoire l'a montré, l'avènement de la classe ouvrière en tant que classe dominante, qui résulte nécessairement d'un changement révolutionnaire, revêt des formes diverses : pouvoir soviétique en Russie, pouvoir de démocratie populaire en d'autres pays. D'autres formes encore surgissent et surgiront ailleurs, étant donné que le socialisme est désormais le facteur essentiel de l'évolution humaine.

Les communistes français n'ont cessé de montrer depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qu'à certaines conditions, dont la première est l'existence d'une puissante poussée révolutionnaire du peuple, il est possible d'envisager le passage pacifique au socialisme et l'utilisation des traditions démocratiques de notre peuple, y compris d'un authentique Parlement.

Notre Parti a précisé encore à son XVIe Congrès qu'il était prêt à agir d'un commun accord avec les autres partis démocratiques pour organiser l'union et l'action des masses afin de faire face au péril fasciste, de lutter contre le pouvoir personnel et d'aller plus loin vers les grandes transformations sociales qui sont inéluctables dans notre pays également.

— IV —

LE XXIIe Congrès a approfondi l'oeuvre du XXe Congrès qui avait rétabli les règles léninistes de la vie du Parti et les principes de direction collective dans le P.C.U.S. et dans l'État soviétique.

Le Parti communiste français a approuvé toutes les mesures prises en ce sens par le XXe Congrès et il a condamné, en juillet 1957, les tentatives du groupe antiparti, dirigé par Molotov, pour ramener le Parti en arrière vers les vieilles méthodes de direction qui avaient fait tant de mal.

Le Comité central, au nom de tous les communistes français, salue les décisions du XXIIe Congrès visant à extirper toutes les conséquences du culte de la personnalité de Staline qui conduisait à placer celui-ci au-dessus du Parti et du peuple et à lui attribuer tous les succès du socialisme.

La théorie fausse de Staline sur l'aiguisement de la lutte des classes au fur et à mesure de la progression du socialisme aboutit à des répressions arbitraires et massives, à des fautes graves dans la conduite des affaires du pays.

Bien qu'il ne fût pas au pouvoir d'un homme, quel qu'il fût, d'empêcher le régime socialiste de progresser en U.R.S.S. et le mouvement ouvrier d'avancer dans le monde, les fautes et les crimes qui découlèrent du culte de la personnalité ont porté un grave préjudice à la cause du communisme.

Le culte de la personnalité ne résultait ni de la nature du système socialiste ni du rôle dirigeant tenu par le Parti léniniste. Une preuve supplémentaire en est apportée par le fait que l’un et l'autre ont trouvé en leur propre sein les forces nécessaires pour extirper un phénomène qui leur était étranger.

Le culte de la personnalité et ses conséquences sont, en effet, en contradiction avec les principes mêmes du marxisme-léninisme qui montre que ce sont les masses qui font l'histoire. Le culte de la personnalité et ses conséquences sont des tares héritées du régime capitaliste et de l'individualisme bourgeois. La dénonciation publique des conséquences du culte de la personnalité a permis un nouveau déploiement des initiatives créatrices des masses soviétiques, leur participation encore plus active à la vie du pays.

La défaite totale du groupe antiparti qui voulait ramener l'U.R.S.S. en arrière, les mesures prises pour rendre impossible le retour de semblables erreurs mettent en lumière la supériorité du régime socialiste, seul capable de trouver la force de les dénoncer et de les éliminer, alors que les plus monstrueuses violences, celles de l'exploitation de l'homme par l'homme, de l'oppression coloniale, des répressions massives et de la guerre, ne sont pas, pour le capitalisme, des erreurs, mais la loi même et la logique interne de son développement.

En engageant courageusement cette lutte de principe, le P.C.U.S., son Comité central et le camarade Khrouchtchev ont rendu un grand service au mouvement ouvrier et communiste mondial. Cette lutte témoigne que le P.C.U.S. est bien l'avant-garde universellement reconnue du mouvement communiste mondial.

— V —

LA force du mouvement communiste international, comme celle du camp socialiste résident avant tout dans leur unité.

La conférence des 81. Partis communistes et ouvriers de Moscou, en novembre 1960, a adopté une déclaration, véritable charte de notre mouvement qui, en unissant près de 40 millions de communistes, représente la plus grande force politique de notre époque.

La déclaration des Partis recommande tout particulièrement aux communistes de veiller comme sur la prunelle de leurs yeux à l'unité de chaque Parti sur la base des principes du centralisme démocratique, et à celle du mouvement communiste international grâce à l'observation solidaire des conclusions élaborées en commun. Elle les invite à n'admettre aucune action susceptible de saper cette unité.

Le Parti communiste français reste entièrement fidèle à ces principes. À son XVIe Congrès, il a condamné et mis en déroute les tentatives de créer des groupes et des fractions en son sein.

Il approuve le P.C.U.S. d'avoir rendu publics au XXIIe Congrès les actes sectaires et aventuristes des dirigeants du Parti du Travail albanais, après avoir épuisé auparavant tous les autres moyens de régler les questions avec ces dirigeants. Ces derniers se sont opposés à l'orientation du XXe Congrès, approuvée en 1957 et en 1960 par l'ensemble du mouvement communiste international, y compris par le Parti du Travail albanais lui-même, tant en ce qui concerne la lutte contre le culte de la personnalité que la possibilité de conjurer la guerre à notre époque ou de frayer de nouveaux chemins au socialisme. Ils ont perpétué dans leur pays les méthodes inadmissibles en vigueur dans la période du culte de la personnalité.

Le devoir de chaque Parti communiste est de condamner une telle ligne et de tels actes préjudiciables au peuple albanais, contraires à la cause du socialisme et en rupture avec les décisions collectives des partis frères. C'est seulement ainsi que l'on peut aider, par la critique ouverte, le Parti frère albanais, le peuple albanais.

Il faut veiller plus que jamais à l'unité du mouvement communiste international qui pourrait aussi être compromise par l'idée du « polycentrisme ».

Chaque Parti marxiste-léniniste détermine librement sa politique et ses objectifs. Il n'existe aucun centre de direction du mouvement communiste mondial. La thèse qu'il serait utile de créer plusieurs centres du communisme dans diverses parties du monde ne peut que conduire à mettre en cause l'unité de pensée et d'action du mouvement fondée sur la solidarité de classe et l'internationalisme prolétarien, sur les principes scientifiques communs à tous les Partis marxistes-léninistes tels qu'ils sont définis dans la Déclaration des 91 Partis.

Le Parti communiste français, fidèle à l'attitude qui fut toujours la sienne et dont il a fait encore preuve à son dernier Congrès, poursuivra une lutte résolue sur les deux fronts.

Il luttera contre le danger principal dans le mouvement ouvrier, l'opportunisme et le révisionnisme, qui prennent prétexte de la dénonciation des erreurs du passé pour exiger l'abandon des principes fondamentaux de la Révolution socialiste, de la conception léniniste du Parti et de l'unité fondamentale du mouvement ouvrier international.

Il luttera aussi avec vigueur contre le dogmatisme et le sectarisme qui, en stérilisant la pensée révolutionnaire créatrice et en isolant les communistes des larges masses, peuvent devenir le danger principal à tel ou tel moment du développement des différents Partis s'ils ne sont pas combattus de façon conséquente.

LE Comité central invite tous les communistes à étudier attentivement les documents du XXIIe Congrès du P.C.U.S. et ceux de notre Parti. Il leur demande d'en assurer une large diffusion dans les masses pour lutter contre les mensonges et les falsifications des adversaires.

Le XXIIe Congrès a été le congrès des bâtisseurs du communisme. Nous vivons à l'époque où l'idéal pour lequel les communards de Paris luttèrent et donnèrent leur vie est en train de s'incarner sous nos yeux. Le communisme devient réalité. Il éclaire la voie pour les travailleurs du monde entier. Dans les décisions historiques du XXIIe Congrès les communistes français puisent de nouvelles raisons, de nouvelles forces pour la lutte contre le danger fasciste et le pouvoir personnel, pour la paix en Algérie, pour le rétablissement et la rénovation de la démocratie, pour le règlement pacifique de la question allemande, pour la coexistence pacifique et le désarmement général, pour le socialisme.

Ivry, le 26 novembre 1961


Staline — de Gaulle

Entretien du 2 décembre 1944 entre J. Staline, président du Conseil des commissaires du peuple de l'U.R.S.S., et Ch. de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française

Assistent à l'entretien: V. Molotov, A. Bogomolov, ambassadeur de l'U.R.S.S en France,

Roger Garreau, représentant de la France en U.R.S.S.., B. Podtserob [...]

[...] DE GAULLE dit que la France a subi l'invasion allemande en 1870-71, en 1914-1918 et en 1940. De là découlent presque toutes les difficultés de la France en politique extérieure et même en politique intérieure. Les Français ont bien compris maintenant que le seul moyen qu'ils aient de s'ouvrir une route vers un avenir meilleur est une coopération étroite avec d'autres puissances.

Staline demande qui empêche la France de redevenir un grand pays.

DE GAULLE répond que c'est avant tout les Allemands, qu'il faut encore vaincre. Les Français savent ce qu'a fait pour eux la Russie soviétique et ils savent que c'est elle qui a joué le rôle principal dans leur libération. Cependant, cela ne signifie pas que les Français ne veulent pas compter sur leurs propres forces et préfèrent compter sur les forces des autres, sur les forces de leurs amis.

DE GAULLE dit qu'au fond, la cause des malheurs qui ont frappé la France a été le fait qu'elle n'était pas avec la Russie, n'avait pas d'accord avec elle, n'avait pas de traité efficace. Deuxièmement, la France n'était pas dans une situation géographique qui lui assurait une bonne position contre l'Allemagne. Bref, les Français avaient été rejetés sur de mauvaises frontières.

STALINE dit que le fait que la Russie et la France n'aient pas été ensemble a été un malheur également pour nous. Nous l'avons fort bien senti.

DE GAULLE dit que en dehors de l'Allemagne, seules la Russie et la France occupent en Europe une situation géographique continentale. Ces deux pays sont voisins de l'Allemagne et par conséquent se trouvent sous sa menace. 1l en a été ainsi dans le passé et il en sera ainsi dans l'avenir. De Gaulle dit qu'il ne sait pas ce que pense le maréchal Staline de l'avenir, mais, quoi qu'on fasse pour affaiblir l'Allemagne, ce sera insuffisant, car le peuple allemand restera.

STALINE dit qu'il ne s'agit pas du peuple allemand, mais de ses cadres. Les Allemands ont beaucoup de cadres cachés et ils savent les cacher.

DE GAULLE dit qu'après la guerre de 1914-1918, qui s'est terminée par la victoire de la France, les Français pensaient que la paix fondée sur la Société des Nations serait suffisante pour maintenir la paix et 1a sécurité. Ils n'ont pas pris les décisions nécessaires. La Russie soviétique était loin de la France et les Français n'ont pas pu organiser leur sécurité. Ensuite, de grands événements se sont produits et les Français ont beaucoup appris. Il ont compris ce que signifie l'absence de la Russie soviétique et ce que c'est que l'existence d'une certaine idéologie qui était plus pacifique que réaliste. De Gaulle ne suppose pas que le maréchal Staline pense que la France croie pouvoir rétablir sa puissance, conserver sa place et garantir sa sécurité sans de grands efforts de sa part, de la part de son peuple. De Gaulle dit qu'il sait que la première condition du relèvement de la France est sa propre activité, celle du peuple français, dont la jeunesse veut tout faire pour redresser son pays; cet élan des sentiments patriotiques est quelque chose de nouveau pour le peuple français au cours des dernières années.

STALINE dit que les Allemands nous ont aidés à cet égard. Par leur régime d'occupation ils ont rendu aux peuples le sens du patriotisme {...]

DE GAULLE dit ensuite qu'il importe pour la France de se trouver à l'avenir à l'égard de l'Allemagne dans une situation territoriale qui la couvre et la renforce, dans une situation telle que ses forces soient toujours sur leurs gardes. Pour les Français la ligne qui assurerait la possibilité géographique et historique d'une couverture de la France est le fleuve nommé le Rhin. Les Français pensent que, de tous les points de vue, le Rhin doit être la barrière définitive a l'Est contre l'Allemagne et la menace allemande. Il y a d'autres barrières, mais il faut une barrière réelle, géographique. Telle est l'opinion des Français.

STALINE dit que dans ce cas les Français se proposent sans doute d'inclure dans le territoire de la France le Palatinat et la Rhénanie.

DE GAULLE dit que ce serait une bonne décision de détacher la Rhénanie de l'Allemagne et de la réunir à la France. Peut-être pour sa partie nord, le bassin de la Ruhr, faut-il établir un autre régime qui ne soit pas le régime français, mais un régime international. Mais en ce qui concerne la Rhénanie en général, elle doit être détachée de l'Allemagne et réunie au territoire fiançais, car c'est une nécessité politique, économique et militaire.

STALINE demande comment les alliés voient ce problème.

DE GAULLE dit que la même question s'est posée en 1918. Clemenceau proposa alors de remettre la Rhénanie à la France. Les alliés n'acceptèrent pas cette proposition. Ils trouvèrent alors une solution provisoire qui, comme l'ont montré les événements ultérieurs, ne fut pas heureuse. Les Allemands ont attaqué. De Gaulle dit qu'il pense que les alliés ont fait des progrès vers la compréhension de la réalité, mais qu'ils n'ont peut-être pas encore fait tout le progrès nécessaire.

STALINE dit que, pour autant qu'il sache, dans les milieux anglais, on envisage une autre combinaison, consistant à mettre la Rhénanie et la Westphalie sous contrôle international. Ce qu'a dit de Gaulle est nouveau et Staline en entend parler pour la première fois. Staline dit qu'il faudrait connaître l'opinion des alliés sur cette question.

DE GAULLE dit qu'il espère que cette question peut être examinée à la Commission consultative européenne.

STALINE dit qu'il est difficile à la Russie de faire des objections à cela.

DE GAULLE dit que si les Anglais et les Américains s'étaient trouvés historiquement et géographiquement comme les Français sur le Rhin, la question pourrait être résolue autrement. Mais ils ne s'y trouvent ni historiquement ni géographiquement. Ils ont d'autres soucis. Les Français ont pu s'en convaincre; et eux et les Russes ont payé cela plus cher que quiconque. C'est là une leçon pour l'avenir.

STALINE dit que les armées anglo-américaines mènent des opérations dans cette région contre l'Allemagne. Il estime qu'il faut écouter l'opinion de l'Angleterre et de l'Amérique et qu'on ne peut pas résoudre une telle question sans elles.

DE GAULLE répond qu'il est d'accord, qu'il faut agir de concert avec l'Angleterre et les États-Unis. Mais il faut résoudre la question, car la nouvelle paix doit être une paix de longue durée et pas seulement pour l'année 1945. Les Américains et les Anglais ne seront pas toujours sur le Rhin, mais la France et la Russie resteront toujours là où elles sont.

STALINE dit que les deux dernières guerres ont montré que la force des puissances continentales était insuffisante pour maîtriser l'Allemagne. Sans l'aide des forces anglaises et américaines il est difficile de vaincre l'Allemagne. Il faut tenir compte de l'expérience des deux guerres. Bien que l'Angleterre et l'Amérique soient situées loin du Rhin, elles en sont assez proches pour jouer un rôle important dans la victoire. C'est là la leçon des deux guerres. DE GAULLE répond que c'est vrai, mais que l'intervention des Anglais et des Américains a lieu dans des conditions que chacun connaît. De Gaulle dît qu'il songe à la France qui a failli périr. Si l'on trouvait une solution qui donne à la France et à la Russie de bonnes conditions au début d'une guerre contre l'Allemagne, cela serait dans l'intérêt de tous, y compris des Anglais et des Américains. De Gaulle dit qu'il n'est pas sûr que les Anglais et les Américains ne le comprennent pas.

STALINE dit que c'est tant mieux.

Staline dit ensuite que par elle-même la frontière ne sauve pas la situation, bien qu'elle favorise le succès d'une guerre avec l'Allemagne. Staline dit qu'il y a chez nous des gens qui estiment que les Carpates et la Transylvanie sont les frontières naturelles de la Russie. Pourtant il est très difficile de transférer la frontière en Transylvanie ou sur les Carpates. Nous n'insistons pas là-dessus, car ce ne sont pas les frontières qui résolvent le problème, mais une bonne armée et un bon commandement.

Staline dit qu'il demande à de Gaulle de bien le comprendre. Nous, les Russes, ne pouvons pas résoudre seuls cette question, sans en avoir parlé avec les Anglais et les Américains. Il n'y a pas que cette question; il y en a beaucoup d'autres que nous ne pouvons résoudre sans nos alliés et sans tenter de parvenir à une solution commune.

DE GAULLE dit qu'il estime aussi que cette question et toutes les autres questions qui concernent l'Allemagne doivent être résolues par les Alliés ensemble. Ensuite, de Gaulle dit que l'établissement d'un système international en Rhénanie présente un inconvénient pour la France. Si un tel système était adopté, la sécurité immédiate de la France dépendrait de la bonne volonté des autres puissances et de leur état de préparation.

STALINE dit que tous les États dépendent les uns des autres et que pour lutter contre l'Allemagne il faut une alliance des puissances anti-allemandes. Outre la question des frontières, il faut tenir compte de l'entraide, car il ne suffit pas des seules forces de deux puissances pour écarter le danger allemand. Staline dit qu'il ne faut pas exagérer l'importance des frontières pour la défense des États. Penser que les Carpates ou le Rhin peuvent sauver la situation et que l'armée peut dormir, cela peut engendrer des illusions comme celles qu'a fait naître la confiance dans la ligne Maginot, la ligne Hitler ou le mur de l'Est de Hitler. C'est bien d'avoir de hautes montagnes à la frontière, mais cela ne résout pas tout. Il ne faut pas exagérer l'importance de la question des frontières.

DE GAULLE dit qu'il ne pense pas que le Rhin puisse assurer à lui seul la sécurité de la France. De Gaulle est d'accord avec ce qu'a dit le maréchal Staline sur la nécessité impérieuse de créer une union des États anti-allemands. Après la dernière guerre, la France a tout sacrifié à cette possibilité et la France comprend qu'il ne suffit pas de résoudre correctement le problème des frontières pour que le danger allemand soit écarté. Il faut une alliance des puissances anti- allemandes pour empêcher l'Allemagne d'attaquer à nouveau. Telle est l'opinion du gouvernement français.

STALINE dit que c'est bien.

MOLOTOV dit qu'en 1935 un pacte a été signé avec la France, mais qu'il n'a pas été appliqué.

DE GAULLE dit que Molotov ne veut sans doute pas voir la différence entre Laval et de Gaulle.

MOLOTOV dit qu'il voit la différence, mais qu'il a seulement donné l'exemple d'un accord qui avait été signé, mais qui est demeuré sur le papier et n'a pas été observé.

DE GAULLE dit que le traité de 1935 n'a pas été ratifié, mais que tout n'en était pas mauvais. Il contenait des points qui maintenant ne sont pas à l'ordre du jour. Par exemple, une série de dispositions de ce pacte sont subordonnées aux clauses de la Charte de la Société des Nations. Cela ne convient pas à notre époque. Cependant le pacte par lui-même n'est pas mauvais. Telle est l'opinion du gouvernement français. De Gaulle demande ce qu'en pense le gouvernement soviétique.

STALINE fait remarquer que le pacte de 1935 n'était pas mauvais mais qu'il n'a pas été appliqué.

MOLOTOV dit que l'histoire de ce pacte nous a donné une leçon pour l'avenir.

STALINE dit que cette guerre, très dure pour l'Union soviétique et pour la France, nous a beaucoup appris.

DE GAULLE demande si Molotov ne pense pas que, précisé et complété, le pacte de 1935 serait acceptable.

MOLOTOV répond qu'il a lu il y a quelques jours une déclaration faite à une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères par M. Offroy, qui a déclaré que ce pacte n'existait plus.

DE GAULLE répond que le pacte n'existe plus, puisqu'il n'a pas été appliqué et qu'il s'agit maintenant d'élaborer un nouveau pacte. Il demande si Molotov ne pense pas que le pacte de 1935 peut servir de point de départ pour l'élaboration du nouveau pacte.

MOLOTOV répond qu'il se fonde sur les paroles du maréchal Staline sur la nécessité pour les puissances anti-allemandes de se mettre d'accord.

DE GAULLE dit que l'Union soviétique a signé un traité avec l'Angleterre en 1942 et avec la Tchécoslovaquie en 1943. C'est un bon traité.

STALINE dit que lorsque le traité franco-soviétique de 1935 a été conclu, tout n'était pas clair. Ensuite nous avons compris que Laval et ses collègues n'avaient pas confiance en nous comme alliés. En signant un traité avec nous ils voulaient nous lier et nous empêcher de nous entendre avec l'Allemagne. Nous, les Russes, nous n'avions pas non plus tout à fait confiance dans les Français et cette méfiance réciproque a été fatale au pacte. La guerre actuelle a éliminé cette méfiance ou l'a réduite au minimum. C'est ce qui distingue la situation de 1944 de celle de 1935. Les Français ont maintenant la conviction que les Russes se battront contre les Allemands et les Russes ont confiance dans les Français. Cela crée des conditions favorables à un pacte. Il faut bien méditer cette question.

DE GAULLE acquiesce et dit qu'il faut réfléchir à cela.

Ensuite, de Gaulle dit qu'il ne voudrait pas que l'on comprenne que la France a quelque défiance à l'égard de l'Angleterre ou de l'Amérique. Il n'existe rien de tel, mais de Gaulle sait que les clauses de la nouvelle paix doivent être plus sûres et plus réalistes. Ce réalisme, dans les conditions de la paix, les Français et les Russes peuvent l'apporter. De Gaulle ajoute qu'il a dit la même chose à Churchill au cours du séjour de ce dernier à Paris.

Ensuite, de Gaulle dit que jusqu'à' maintenant il n'a été question que de l'occident, mais qu'il y a aussi l'orient. Le maréchal Staline a dit qu'il ne pensait pas que les frontières résolvent tout à elles seules. Il a raison. Mais pourtant il y a un problème des frontières. L'important n'est pas seulement la question des frontières occidentales de l'Allemagne, mais aussi celle de ses frontières orientales, car il existe une seule Allemagne et il faut penser à toutes ses frontières

STALINE dit qu'il pense que les antiques terres polonaises doivent être rendues aux Polonais. La Silésie, la Poméranie, la Prusse orientale doivent faire retour à la Pologne.

DE GAULLE dit que, pour lui, l'Oder doit être la frontière de l'Allemagne et que plus loin vers le sud, la frontière doit suivre la Neisse c'est-à-dire passer à l'ouest de l'Oder.

STALINE approuve et dit que, à son avis, ce sera justice. Ensuite Staline dit que l'Autriche doit exister en tant qu'État indépendant. Quant à la Tchécoslovaquie, en tout cas sa frontière orientale dans la région des Sudètes doit être rétablie. Ensuite Staline dit que dans ses conversations avec Churchill et Roosevelt, la question du démembrement de l'Allemagne a été abordée, mais sans déterminations concrètes.

DE GAULLE dit qu'il ne pense pas que la France ait des objections sérieuses contre la remise aux Polonais de la Prusse orientale, qui a toujours été un élément pernicieux dans la politique germanique. De Gaulle dit qu'en l'occurrence il considère le problème de la frontière orientale indépendamment des autres problèmes qui concernent l'Allemagne.

L'entretien s'achève là-dessus.

(Document d'archives.)

Recherches Internationales

No. 12, Mars – Avril, 1959